09/01/2026 | Press release | Distributed by Public on 09/02/2026 00:46
Politique étrangère
Interventions médias
Le : 01 septembre 2026
Bonjour à toutes et tous, je suis très heureux de vous retrouver pour cette rentrée et de le faire dans cette nouvelle salle, nouvelle salle de presse qui porte désormais le nom de Marcelle Campana. Résistante, diplomate, elle fut la première Française à devenir consule générale puis ambassadrice. Son nom, Marcelle Campana, retenez-le, c'est celui d'une pionnière de la diplomatie qui ouvrit la voie à des générations de femmes après elle.
Avant d'en venir aux priorités de cette rentrée, permettez-moi d'abord d'avoir un mot pour saluer votre engagement et celui de vos consœurs et de vos confrères. Rarement dans notre histoire, les journalistes auront payé un tribut aussi lourd dans l'exercice de leur mission. Dans certaines régions du monde, sur certaines plateformes, vous êtes tout simplement des cibles.
J'ai naturellement une pensée pour Christophe Gleizes, notre compatriote détenu en Algérie, à qui nos équipes ont pu rendre visite la semaine dernière, et pour qui nous mobilisons avec sa famille et ses proches, que je salue, avec Reporters sans frontières, avec son employeur. Nous continuerons à nous battre pour lui jusqu'à obtenir sa libération.
Dans un contexte très différent, je pense également à nos compatriotes Gaël Mocaër et Sebastian Perez Pezzani, qui se trouvent actuellement au Togo et pour lesquels nous espérons une issue rapide.
J'en viens maintenant à cette rentrée qui n'est pas une rentrée comme les autres. La guerre est installée sur le continent européen. Le Proche et le Moyen-Orient sont traversés par des crises majeures, les rapports de force durcissent, le droit international est contesté, ouvertement bafoué, et pendant ce temps-là, la compétition économique et technologique s'intensifie. Une internationale réactionnaire, pour reprendre l'expression du président de la République, s'est constituée depuis les couloirs du Kremlin jusqu'aux cercles les plus radicaux du mouvement MAGA aux États-Unis. Elle conteste ce que nous pensions pourtant acquis, la démocratie libérale, l'État de droit, le multilatéralisme. Face à tous ces bouleversements, il serait facile de céder au fatalisme, à l'esprit de défaite, de baisser les bras et d'abandonner. Je ne m'y résous pas, la France ne peut pas s'y résoudre. Les Français non plus, qui nous demandent de tenir bon, d'être fermes et de hausser le ton.
Alors, devant la multiplication de ces crises, notre action suivra en cette rentrée trois priorités.
Cette rentrée sera d'abord une rentrée européenne, parce que face à ces bouleversements que je viens de décrire, l'Europe doit faire des choix qui l'engagent pour les 50 ans à venir. L'Europe doit choisir si elle veut être une puissance diplomatique et militaire, si elle veut renforcer sa souveraineté et développer son industrie, si elle veut faire appliquer ses règles en matière numérique, si elle veut mieux défendre ses intérêts commerciaux et obtenir de nouveaux approvisionnements, ou alors si elle veut devenir un continent musée, vieillissant et vassalisé. L'Europe doit aussi choisir les moyens budgétaires qu'elle se donne pour réaliser ses ambitions : c'est le sens des débats en cours sur le prochain budget de l'Union européenne, le cadre financier pluriannuel. L'agenda du président de la République dans les prochains jours donne la mesure de ces enjeux.
Il est arrivé hier à Stockholm pour prendre part à la signature du contrat historique d'acquisition par la Suède de quatre frégates produites par Naval Group : c'est l'Europe de la défense en acte, c'est la garantie de l'emploi et de l'activité pour nos chantiers navals.
Il se rendra ensuite aux Pays-Bas pour aborder les questions d'intelligence artificielle et de semi-conducteurs. Il se rendra sur le site d'ASML, leader mondial des machines de fabrication des microprocesseurs, qui démontre par son existence que l'Europe n'a pas dit son dernier mot.
Et puis il se rendra au Royaume-Uni, mercredi et jeudi, où il inaugurera l'exposition inédite de la tapisserie de Bayeux au British Museum de Londres, symbole à la fois de notre histoire et de notre destin commun avec le peuple britannique.
Quant à moi, je retrouverai dès ce soir mes homologues européens en Irlande pour la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères. Nous évoquerons notamment les menaces hybrides et notre soutien indéfectible à l'Ukraine.
Dans la foulée, je me rendrai à Weimar avec mes homologues allemands et polonais. Nous célébrerons ensemble les 35 ans du triangle de Weimar, ce format de coopération qui est devenu l'un des piliers de l'architecture politique européenne avec des résultats concrets. Je citerai par exemple le déploiement en Pologne de la brigade franco-allemande, nos actions communes contre la flotte fantôme ou encore notre lutte en commun contre la désinformation et pour la protection de nos élections.
Et puis, un peu plus tard, au mois de septembre, j'irai plus loin encore, aux frontières de l'Europe, là où elle est directement confrontée aux menaces, notamment la menace russe, et dans des pays européens où nous devons continuer à consolider nos partenariats et nos relations. Pourquoi ? Parce que les choix que j'ai évoqués impliquent l'ensemble des pays européens, comme ceux de notre voisinage. Voilà, l'Europe sera le premier horizon de cette rentrée qui s'ouvre.
Deuxième priorité, la coopération internationale. À compter d'aujourd'hui, la France assure la présidence du Conseil de sécurité des Nations unies. C'est un moment important car à partir du 22 septembre se tiendra à New York la semaine de haut niveau de l'Assemblée générale des Nations Unies qui rassemblera l'ensemble des dirigeants des pays du monde.
Quant à nous, dans le cadre de cette présidence, nous porterons plusieurs de nos priorités en matière de paix et de sécurité internationale. L'Ukraine, bien sûr, le Proche et le Moyen-Orient, l'Afghanistan, le Soudan, la République démocratique du Congo, la lutte contre le terrorisme, le maintien de la paix.
La présidence française du Conseil de sécurité sera aussi l'occasion de réaffirmer notre attachement au multilatéralisme à l'heure où souffrent des vents mauvais. Nous voulons faire de ce mois de septembre un moment utile pour faire progresser le dialogue et la coopération.
Je vous donne un exemple. Vous savez que j'ai relancé notre initiative visant à encadrer l'usage du droit de veto au Conseil de sécurité en cas d'atrocités de masse, crimes contre l'humanité, crimes de guerre les plus graves, crimes de génocide. Depuis plus de dix ans, la France, avec le Mexique, défend cette idée parce qu'il est tout simplement inacceptable que le Conseil soit condamné à l'impuissance lorsque de tels crimes sont commis. L'année dernière, 107 pays soutenaient cette initiative. Aujourd'hui, c'est 122 qui nous ont fait part de leur soutien. Nous chercherons à rallier de nouveaux appuis pour porter ce texte le plus loin possible.
J'en viens au troisième temps fort de cette rentrée auquel vous êtes toutes et tous bien évidemment conviés. Dès vendredi, nous donnons rendez-vous à tous les Français pour participer à la Fabrique de la Diplomatie, un événement conçu par le Quai d'Orsay pour permettre au grand public de mieux comprendre l'action internationale de la France.
Il s'agira de la deuxième édition de la Fabrique de la Diplomatie qui se tiendra à la Sorbonne Nouvelle. Vous vous souvenez que l'année dernière, 20.000 personnes y avaient participé. Cette année, nous voulons aller plus loin encore, et nous voulons cette année montrer comment se fabrique la paix. Car la paix, ça se prépare, ça ne tombe pas du ciel, ça se construit progressivement, laborieusement, et d'abord et avant tout dans les esprits, par l'éducation, par la culture, par le dialogue, par le travail des associations, par la voix des femmes et des hommes qui, sur le terrain, maintiennent le lien du dialogue alors même que tout les pousse à le rompre.
Dans tous les conflits du monde aujourd'hui, j'observe que la radicalisation des esprits, que les discours de haine qui prolifèrent sur les réseaux sociaux entravent littéralement les processus de médiation et de réconciliation. C'est cet esprit que nous voulons faire vivre à la Fabrique de la Diplomatie, en donnant la parole à celles et ceux qui œuvrent ou ont œuvré pour la paix en Colombie, en Bosnie, au Cambodge, en Palestine, en République centrafricaine, au Soudan, en Liban, en Ukraine et ailleurs.
C'est ainsi que vous retrouverez sur scène des grandes figures de la diplomatie française et internationale, des activistes des sociétés civiles qui parfois ont été jusqu'à faire de brillantes carrières politiques et obtenir le prix Nobel de la paix. Mais aussi des femmes et des hommes engagés venus de pays meurtris par les conflits qui témoigneront de ce travail patient de réconciliation des mémoires et des sociétés.
Et c'est dans ce même esprit que nous donnerons une place particulière à la jeunesse avec l'UNESCO, puisque nous célébrons les 80 ans de cette institution dont le siège est à Paris cette année. 145 jeunes venus du monde entier ont travaillé tout l'été pour réfléchir à la manière dont leur génération pouvait contribuer à construire une nouvelle culture de la paix. À l'heure des réseaux sociaux, à l'heure de l'intelligence artificielle, ils restitueront cette semaine lors de la Fabrique de la Diplomatie, le fruit de leurs travaux, avec une résolution que la France portera jusqu'à l'UNESCO, puis le plus loin possible.
Cette rentrée, vous l'aurez compris, et ce mois de septembre seront résolument tournés vers l'action. Mais soyons lucides, un pays qui ne pas parvient pas à se doter d'un budget est un pays qui s'affaiblit. Nous ne parviendrons pas à faire entendre la voix de la France en Europe et dans le monde si nous ne sommes pas capables, chez nous, de nous donner les moyens de notre action. Autrement dit, notre force à l'extérieur dépend directement de notre force à l'intérieur.
Le Premier ministre l'a dit, le débat budgétaire qui va s'ouvrir dans quelques jours sera une épreuve de vérité. Chaque formation politique aura à démontrer sa capacité à négocier, décider, gouverner. Le gouvernement prendra le temps qu'il faudra pour discuter et débattre. La loi spéciale, sur laquelle certains parient, dans le cas d'un échec des discussions budgétaires, la loi spéciale est une impasse. Elle désarmerait la France et elle mettrait son action extérieure en péril.
Pas de financement pour les associations de solidarité internationale, pas de soutien humanitaire, pas de levier pour intervenir lorsque survient une catastrophe ou une pandémie comme celle qui ravage l'Est de la République démocratique du Congo : je pense à la résurgence d'Ebola.
Mais au-delà de tout ça, c'est aussi et surtout notre crédibilité internationale qui serait alors atteinte. Dans toutes les enceintes où nous négocions, nos partenaires douteraient de la solidité de nos engagements et de la pérennité de nos contributions. Sans budget, c'est la parole de la France qui perdrait de sa force, de son poids. Et je l'ai dit, l'Europe est à l'heure des choix et nous devons peser sur son avenir, et c'est pourquoi nous avons besoin d'être forts à l'intérieur.
Voilà pourquoi cet automne, le Parlement devra prendre ses responsabilités. Dans un contexte où il est bon de le rappeler, la France n'est pas une île, et dans un contexte où les désordres du monde resserrent chaque jour nos marges de manœuvre : jamais un budget n'aura été aussi contraint par notre environnement international. Jamais un budget n'aura été aussi contraint par notre environnement international. La pression frappe tous les secteurs et pèsera lourdement sur l'exercice budgétaire 2027.
Pression énergétique d'abord. L'année dernière, le baril était à 70$. Il est aux environs de 90$ aujourd'hui. C'est moins de croissance, moins de recettes fiscales, moins de marge de manœuvre.
Pression financière ensuite. L'année dernière, les taux sur la dette française étaient à 3,5%, ils sont aujourd'hui à 4,2%, leur plus haut niveau depuis 2008. Tous les États empruntent plus cher. Et pour la France, ce sont des milliards d'euros de remboursements en plus, c'est le premier poste dépenses du budget, et ce sont autant de marge de manœuvre en moins. S'ajoute à cela le risque ou la menace de crise financière alors que s'accumulent les risques liés à l'énergie ou à l'intelligence artificielle, menace qui peut se manifester à tout instant.
Pression industrielle, avec des droits de douane américains plus élevés qu'auparavant, avec la déferlante des importations chinoises. Songez que désormais l'Union européenne creuse chaque jour d'un milliard d'euros son déficit commercial vis-à-vis de la Chine. C'est moins de croissance, moins de recettes fiscales, moins de marge de manœuvre budgétaire.
Pression climatique, enfin, il est évident que les épisodes de canicules extrêmes et que les incendies qui ont dévasté la Gironde, les Landes et le Var occasionneront des dépenses contraintes qui pèseront elles aussi, et lourdement, sur nos marges de manœuvre.
Oui, nous avons changé de monde, désormais les crises se multiplient, elles s'additionnent et tout choc produit à l'étranger peut dégrader notre croissance, dégrader nos recettes fiscales, dégrader nos marges de manœuvre. Et c'est dans ce monde-là pourtant que la France doit et devra se doter d'un budget. Nous ne pouvons pas nous offrir le luxe d'ajouter au désordre extérieur des désordres intérieurs.
Le budget de la Nation est une exigence impérieuse pour laquelle la responsabilité de tous doit l'emporter.
À cet automne budgétaire particulièrement complexe s'ajoute un autre rendez-vous majeur pour la vie démocratique de notre pays, les scrutins électoraux de 2027.
Nous le savons, notre démocratie est aujourd'hui attaquée, nous avons longtemps pensé qu'elle constituait l'horizon naturel de notre histoire et nous découvrons qu'il n'en est rien. La démocratie est redevenue un combat. Elle est d'abord fragilisée sur le terrain des perceptions, la polarisation, la défiance et la tentation illibérale progresse. Nos adversaires cherchent à convaincre nos concitoyens que la démocratie serait faible, qu'elle serait lente, qu'elle serait impuissante, que l'État de droit serait un obstacle à l'action, que la force serait finalement plus efficace que le droit.
Elle est aussi attaquée dans le champ informationnel. Les compétiteurs et adversaires cherchent à exploiter nos divisions, à manipuler notre débat public et finalement à peser sur nos choix, à prendre nos décisions à notre place, à écrire notre histoire à notre place. Et nous savons désormais comment ils procèdent : propagande, manipulations de l'information, faux comptes, financements opaques, contenu dopé à l'intelligence artificielle, cyberattaques, intimidations et parfois même sabotages.
À l'approche de l'élection présidentielle, nous devons sortir collectivement d'une forme de naïveté. Nous le savons, notre démocratie est prise pour cible, les tentatives de manipulation et d'ingérence se multiplieront à mesure que l'élection approchera.
Et je le dis à ceux qui veulent s'en prendre à notre débat démocratique et visent la France :
1. On vous voit ;
2. Vous n'y parviendrez pas ;
3. Ce ne sera pas sans conséquences.
Le cas de Xenia Fedorova l'a récemment illustré. Cette professionnelle de la subversion, formée en Russie, a fait l'objet à la fin du mois de juillet d'un arrêté d'expulsion.
À ceux qui, comme elle, chercheraient à saper les fondements de notre démocratie, je dis qu'ils ne sont pas les bienvenus en France. Il s'agit là de combattre des tentatives d'ingérence caractérisées et pas la simple expression d'une opinion politique. Je veux être clair sur ce point, comme je l'ai déjà été cet été. Une opinion cherche à convaincre par des arguments. Elle peut être critique. Elle peut être critique du gouvernement, elle est la bienvenue dans notre pays. L'ingérence n'a rien à voir : elle cherche à peser depuis l'extérieur sur notre liberté de choix. Sachons faire la différence entre la liberté d'expression qui doit être préservée en toutes circonstances et les ingérences qui doivent être combattues sans relâche. C'est une forme d'hygiène démocratique nouvelle qu'il nous faut adopter et le Quai d'Orsay y prendra toute sa part.
Avec French Response, dont la tonalité vous est désormais familière, nous répondons en temps réel aux attaques qui visent la France. Nous travaillons également avec nos partenaires à la construction d'un bouclier européen pour la démocratie, avec des capacités communes pour protéger l'intégrité de nos élections et lutter contre toutes les manipulations de l'information.
L'enjeu est clair, préserver la sincérité du scrutin. Nous voulons que notre débat démocratique reste le nôtre, qu'il nous appartienne, que personne depuis l'étranger ne puisse en fausser les règles ou en altérer le résultat.
Voilà, Mesdames et Messieurs, notre diplomatie est sur le pont et elle le restera jusqu'au bout, avec nos partenaires européens et internationaux, avec les institutions des Nations unies et avec tous les Français.
Car dans ce monde en pleine bascule, une chose demeure, la France ne s'est jamais contentée de regarder passer l'histoire. Tout dans son être et dans son âme la pousse à l'action, à ne jamais se résigner, à se lever pour dire non, comme Marcelle Campana et ses compagnons le firent, pour redresser le pays tombé à genoux. Aujourd'hui, c'est à nous, maintenant, de reprendre ce flambeau pour que vive la diplomatie française, que vive la République et que vive la France.
Merci à toutes et tous pour votre attention. Excellente rentrée à vous et à vos rédactions.
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Q - Merci beaucoup, Monsieur le Ministre. Vous avez parlé beaucoup de la menace de la Russie aussi. L'Allemagne s'apprête à désigner les responsables de l'attaque aux drones de Leipzig avec des expulsions et d'autres mesures à la clé. Tout d'abord, est-ce que c'est concerté avec la France et est-ce que l'Europe, vous avez dit « on ne va pas baisser les bras », mais est-ce que l'Europe ne doit pas faire plus, plus que les listes de sanctions, pour vraiment montrer la force de l'Europe vis-à-vis de la Russie ?
R - Merci pour cette question. D'abord, oui, nous sommes en lien permanent avec nos partenaires européens, mais singulièrement avec nos partenaires allemands et polonais, puisque j'évoquais tout à l'heure le triangle de Weimar dont nous célébrons le 35e anniversaire. Il a été réactivé au mois de février 2024, peut-être vous en souvenez-vous, par mon prédécesseur, Stéphane Séjourné, avec Annalena Baerbock, ministre fédérale allemande et Radek Sikorski, ministre polonais, avec comme première décision une attribution de manœuvres, c'est-à-dire la publication ou la révélation de manœuvres de désinformation conduites depuis la Russie. Et depuis lors, nous n'avons cessé d'accroître nos échanges sur ces questions de partager nos bonnes pratiques et vous pouvez vous attendre dans les temps qui viennent à ce qu'à nouveau ce Triangle, ces trois pays procèdent à des attributions de campagnes de désinformation, de manipulation de l'information ou de campagnes cyber.
S'agissant de Leipzig, je ne veux pas préempter les annonces qui seront faites par mon homologue, le ministre fédéral allemand Johann Wadephul, mais il est évident que nous serons en soutien et en solidarité avec l'Allemagne sur ce point et que si la gravité des faits est avérée, telle qu'elle sera présentée par le gouvernement allemand, ça ne pourra pas être sans conséquences et notamment s'agissant des sanctions qui pourraient être prises contre la Russie.
Q - Bonjour, je suis Tiffany Le Liboux pour l'AFP, je change complètement de sujet, mais il y a une polémique en ce moment sur la Maison de l'Argentine à Paris. La mairie de Paris a aussi été destinataire aujourd'hui, je crois, d'une pétition demandant l'interdiction de la venue de Milei qui doit venir fin septembre. Voilà, est-ce que vous êtes au fait de ce dossier ? Quels sont vos commentaires là-dessus ?
R - Nous avons été saisis par la mairie de Paris à ce sujet et nous avons des échanges en cours avec les autorités argentines et leurs représentants à Paris.
Q - Bonjour, Grégory Philipps, LCI TF1. Le président ukrainien Zelensky dit redouter une offensive majeure des Russes, notamment sur les villes de Kyiv et Tchernihiv, avec des bombardements quotidiens sur la capitale. Quelles sont les informations dont vous disposez sur une éventuelle offensive majeure relancée par Moscou ? Et je fais une petite parenthèse, la porte-parole du ministère russe Zakharova a rappelé tout à l'heure que les étrangers, notamment les diplomates, devaient quitter l'Ukraine. Quel est votre commentaire ?
R - Sur ce deuxième point, je ferai le même commentaire que la dernière fois que la Russie de Vladimir Poutine et le Kremlin ont procédé à ce type d'intimidations. Les diplomates ne doivent jamais être menacés ou faire l'objet de chantages, quels qu'ils soient. Et même quand on est la Russie, même quand on est Vladimir Poutine, on se doit de respecter un certain nombre de principes qui me paraissent tout à fait élémentaires dans la vie des nations.
Quant au premier point, ce que je constate surtout en cette rentrée, une nouvelle fois, c'est que la Russie est en échec sur le front où elle ne parvient pas à percer la résistance ukrainienne malgré les pertes extrêmement lourdes qu'elle accuse sur le front, toujours de l'ordre de 35.000 pertes par mois. Je constate que la résistance ukrainienne continue à gagner du terrain dans la guerre des drones, avec des frappes désormais dans toute la profondeur du territoire russe, extrêmement ciblées et extrêmement éloignées de l'Ukraine. Et qu'au fond, la Russie est empêtrée dans cet échec stratégique.
Mais s'ajoute à ça un échec économique, puisque tous les indicateurs démontrent que l'économie russe est au plus bas, ce qui n'a rien de surprenant, puisque la conjugaison des ressources engouffrées par Vladimir Poutine dans cette guerre, les dommages infligés par la résistance ukrainienne au complexe militaro-industriel et à certaines chaînes logistiques, et les sanctions appliquées depuis février ou mars 2022 par les alliés de l'Ukraine, qui représentent une perte de près de 500 milliards d'euros pour Vladimir Poutine, tout ça se conjugue pour précipiter l'économie russe au fond du gouffre.
Puis un échec politique également, puisqu'on l'a vu ces derniers mois, Vladimir Poutine a continué de perdre les uns après les autres certains de ses principaux alliés au Venezuela, en Syrie, en Iran et ailleurs.
Vient s'ajouter à ça l'appel qui lui est adressé, y compris par des dirigeants avec lesquels il a des relations anciennes, je pense au Premier ministre indien qui lui a dit hier qu'il était temps et qu'il était grand temps de mettre fin à cette guerre. De mettre fin à cette guerre dans l'intérêt de la paix et la sécurité du monde, mais dans l'intérêt de la Russie, parce que chaque jour qui passe discrédite un peu plus la Russie, la déshonore et risque de la faire sortir de l'histoire.
Donc les discussions qui seront les nôtres, à la fois celles que nous aurons ce soir, demain, au niveau des ministres des Affaires étrangères, puis celles qu'auront les dirigeants européens lorsqu'ils se rencontreront à la mi-octobre pour le premier Conseil européen de cette rentrée porteront effectivement sur la poursuite de notre agenda, notre triple agenda qui fonctionne, donc nous n'allons pas en dévier, au contraire, nous allons persister de soutien à l'Ukraine sur le plan financier, sur le plan énergétique alors que l'hiver approche, de pression sur la Russie avec ses régimes de sanctions, mais aussi sur la circulation des navires de la flotte fantôme qui font l'objet d'arraisonnements de plus en plus fréquents par la France et ses partenaires, et puis la préparation de la paix avec la Coalition des volontaires qui continue d'affiner sa planification pour être en mesure, la paix une fois conclue, de faire en sorte qu'elle puisse être garantie.
Q - Bonjour, Dalal Mawad Al-Araby TV. Ma question concerne le Liban. Le mandat de la FINUL arrive à son échéance. Est-ce qu'il existe aujourd'hui une possibilité de le prolonger ? C'est une demande libanaise, peut-être sous la forme d'une force plus petite. Il y a eu une réunion à huis clos que la France a demandée au Conseil de sécurité la semaine passée. Est-ce que vous pouvez nous en dire davantage ? Et puis est-ce qu'aujourd'hui, ça, c'est la question clé, les États-Unis sont à bord de cette proposition de former une force internationale dont vous feriez partie avec d'autres pays européens ? Parce qu'on n'a pas encore une position claire là-dessus. Merci.
R - Je ne vais pas beaucoup vous surprendre, puisque vous connaissez la position de la France, elle est inchangée. Ce que nous voulons pour le Liban, pour la région, pour nous-mêmes et pour le monde, c'est la souveraineté pleinement restaurée du Liban avec un État fort disposant du monopole des armes, ce qui suppose le désarmement du Hezbollah, capable d'assurer la sécurité sur l'ensemble du territoire, ce qui suppose le retrait d'Israël, et capable de garantir la prospérité de toutes les communautés et de toutes les confessions, et de vivre en paix et en sécurité avec ses voisins. Voilà l'horizon que nous souhaitons pour le Liban.
Notre posture, telle que le président de la République l'a réaffirmée à de nombreuses reprises, à la fois ici et quand il s'est déplacé dans la région, c'est d'être aux côtés et à l'écoute des autorités libanaises, et en particulier du président Aoun, du premier ministre Salam, qui ont pris des décisions et entrepris des réformes courageuses pour leur pays, et que nous devons accompagner dans cet effort. Accompagner dans l'effort d'instauration d'un dialogue inédit historique au plus haut niveau avec le voisin israélien, de décisions courageuses d'interdiction du Hezbollah et de son désarmement et d'atteinte des objectifs que nous partageons et qui sont fixés dans la résolution 1701 des Nations unies. Donc notre posture, c'est d'être à l'écoute et aux côtés des autorités libanaises. C'est avec ces autorités libanaises que nous discutons de l'avenir de la FINUL dont le mandat expire, vous l'avez rappelé, à la fin de cette année. Si les autorités libanaises estiment que la situation exige qu'une prolongation est nécessaire, dans le dialogue avec elle, nous soutiendrons une telle position. Et quant à la position des autres membres du Conseil de sécurité, je ne veux pas la préempter ni essayer de la deviner par avance.
Q - Bonjour Louise Bodet, Radio France. Est-ce que vous pouvez nous repréciser quelle est la position de la France concernant l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël ? Parce que c'est quand même le levier dont disposent les Européens pour agir et avoir un peu la main dans cette situation terrible que vous avez par ailleurs dénoncée, Ben-Gvir, etc. Mais quelle est précisément la position de la France sur cet accord d'association et sa remise en cause ?
R - Je crois que d'abord il faut décrire, ça peut être un petit peu long, mais décrire la situation telle qu'elle est aujourd'hui en Israël et en Palestine, avec un regret que je veux exprimer du refus du gouvernement israélien de l'accord trouvé au mois d'août par les États-Unis avec le Hamas pour préciser les conditions de son désarmement. Vous savez que le désarmement du Hamas est au cœur de la déclaration de New York adoptée à 142 voix le 12 septembre dernier. Nous allons célébrer son anniversaire dans quelques jours. Je vous invite à faire des papiers ou des éditos sur ce sujet car c'est sans doute le texte le plus important sur Israël et la Palestine depuis les accords d'Oslo. Et le désarmement du Hamas est prescrit par ce texte qui est le premier texte adopté par les Nations unies condamnant le 7 octobre et prescrivant le désarmement de ce groupe terroriste.
Dans le même temps, à Gaza, la situation reste catastrophique sur le plan humanitaire, mais aussi sur le plan sécuritaire. Des frappes ont encore fait des morts et des blessés ces derniers jours dans la bande de Gaza. Et nous sommes enfin très préoccupés, pour ne pas dire consternés et scandalisés par la situation en Cisjordanie où l'explosion des violences commises par les colons extrémistes à l'encontre des Palestiniens, la progression de la colonisation illégale en Cisjordanie, tout cela menace la solution à deux États, menace les intérêts de sécurité d'Israël et porte atteinte à un principe que nous devrions tous avoir en partage, qui est le respect de la dignité humaine.
Je relève les propos particulièrement forts du président israélien, du Premier ministre israélien, du ministre des Affaires étrangères israélien, condamnant la terreur exercée par ces colons en Cisjordanie. Je crois que cette condamnation est bienvenue, même si les mots pourraient être encore plus forts, et surtout être associés à des actes pour mettre fin à ce phénomène qui est non seulement un scandale, mais qui pose à nos yeux une problématique de sécurité majeure pour Israël.
Et dans ce contexte, alors que je me rendrai ces prochains jours en Irlande pour une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne, nous aurons à nouveau une discussion sur la proposition qui a été formulée par la France avec la Suède consistant à mettre fin au commerce avec les colonies illégales en Cisjordanie.
Comme vous le savez, ce sont des décisions qui touchent au commerce, ce sont donc des décisions qui supposent un accord européen. Jusqu'à présent, cet accord n'a pas été trouvé. On ne parle même pas d'un accord politique sur une remise en question de l'accord d'association. Mais si vous m'interrogez sur les initiatives récentes de la France, c'est sur ce point-là que je voudrais vous répondre.
Et puis je voudrais ajouter un dernier point, puisqu'il sera lui aussi au cœur de mes interventions auprès de mes partenaires européens. Je ne vous ai pas décliné l'ensemble de cette déclaration de New York, puisque comme on va en fêter ou en célébrer, si je puis dire, ou en tout cas en marquer l'anniversaire dans quelques jours, je sais que vous retournerez la consulter pour en faire le bilan après un an. Elle aura permis de faire diminuer considérablement l'intensité des combats à Gaza, elle aura permis d'aboutir à la libération des derniers otages, à la restitution des dernières dépouilles, à relever insuffisamment le niveau de l'aide humanitaire à Gaza, mais je le disais, la situation reste catastrophique.
Il y a un point très important qui était au cœur de la manœuvre diplomatique inédite que la France a conduite l'année dernière, qui a conduit à l'adoption de cette fameuse déclaration, mais qui a aussi conduit dix pays du monde à emboîter le pas de la France et à reconnaître l'État de Palestine.
Il y avait un élément très important, c'était le renouvellement de la gouvernance de la Palestine, c'est-à-dire de l'Autorité palestinienne. Le président Mahmoud Abbas s'est engagé, et nous avons salué cet effort, à ce que des élections législatives puissent se tenir en Palestine au mois de novembre prochain. (Inaudible) des épreuves inouïes et de très grandes souffrances, de pouvoir affirmer son droit à l'autodétermination et à l'existence qu'en s'exprimant de manière démocratique et en se choisissant des chefs. Et donc la France se mobilisera, et avec elle l'Union européenne, pour que ces scrutins puissent se tenir dans les meilleures conditions, dans les conditions qui avaient été fixées dans la déclaration de New York et dans les échanges préalables avec l'Autorité palestinienne, car c'est l'une des clés de la résolution de ce conflit.
Q - (Inaudible).
R - L'accord d'association, vous avez raison de le rappeler, est un levier qui a été utilisé par l'Union européenne une fois, à l'été dernier, lorsqu'il s'agissait de mettre fin à la guerre à Gaza, et où nous n'avons pas été, ou en tout cas l'Union européenne n'a pas été jusqu'à remettre en cause cet accord, mais un accord politique se formait pour le faire.
La guerre cessant, cet accord politique n'était plus là. Ce que nous avons toujours dit sur cet accord d'association, c'est qu'il supposait que les différentes clauses qu'il contient soient respectées, et en particulier son article qui porte sur le respect des droits de l'Homme. Mais il faut aussi le dire, puisque j'entends régulièrement dans le débat public français, des responsables nous dire « il n'y a qu'à remettre en cause l'accord d'association ». Non, il n'y a pas « il n'y a qu'à ». Puisque pour remettre en cause l'accord d'association, il faut une majorité, une majorité qualifiée de pays européens. Et j'étais en train de vous dire, je pensais que vous liriez entre les lignes, que ce qui nous a occupés est un autre sujet récemment, c'est-à-dire le commerce avec les colonies, sujet sur lequel il ne devrait pas y avoir de difficulté à rassembler une majorité au niveau européen et pourtant ça n'est pas si évident que cela et donc je pense que plutôt que de nous interroger constamment sur « pourquoi est-ce que cet accord d'association n'est pas remis en question ? », interrogez-vous sur les causes ou sur les raisons pour lesquelles nous avons des pays européens, des partenaires européens qui ont une approche qui n'est pas exactement la même que la nôtre sur ce sujet.
Merci et bonne rentrée.