03/05/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/06/2026 10:27
« L'énergie est trop centrale pour la vie pour que l'on se permette de se tromper », a déclaré, cet après-midi devant le Conseil de sécurité, le Secrétaire à l'énergie des États-Unis.
Venu présider un débat sur le thème « énergie, minéraux critiques et sécurité », l'un des événements phares de la présidence américaine de l'organe, M. Chris Wright a plaidé pour des énergies abordables, fiables et durables, rappelant opportunément que « l'énergie, c'est la vie ». Les autres membres du Conseil ont pour la plupart appelé à une meilleure gouvernance des ressources énergétiques et minérales, afin d'éviter des conflits ou d'y mettre fin.
La déléguée de la Colombie a notamment souligné que la meilleure façon d'empêcher que la demande croissante en minéraux critiques ne devienne une nouvelle source de tensions est de placer leur gouvernance au cœur du débat: « la réponse doit être un multilatéralisme accru, des règles partagées et une coopération internationale renforcée », a-t-elle souligné.
À l'entame du débat, la Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix a expliqué que les minéraux critiques, qui sont essentiels à la fabrication de smartphones, de véhicules électriques et de technologies médicales de pointe comptent parmi les principaux moteurs de l'économie du vingt-et-unième siècle. Rien qu'en 2023, a-t-elle dit, le commerce des minéraux bruts et semi-transformés a atteint environ 2 500 milliards de dollars, soit plus de 10% du commerce mondial. Et la demande pourrait tripler d'ici à 2030 et quadrupler d'ici à 2040.
Mais ces minéraux alimentent également la concurrence géopolitique et affecte les chaînes d'approvisionnement mondiales. Et dans les contextes de conflit, l'exploitation minière, lorsqu'elle n'est pas gérée de manière responsable, peut avoir des conséquences dévastatrices: affaiblissement de la gouvernance, alimentation des économies illicites et financement des groupes criminels et armés.
Mme DiCarlo a indiqué en outre que plusieurs pays et régions touchés par un conflit sont d'importants producteurs de minéraux critiques, dont le Myanmar, l'une des plus grandes sources mondiales de terres rares essentielles à la fabrication d'aimants haute performance utilisés en électronique de pointe, ainsi que l'Ukraine qui possède d'importantes réserves de titane et de lithium, indispensables aux technologies aérospatiales.
De même, plus de 70% de l'extraction mondiale de cobalt, minerai indispensable à la fabrication des batteries qui alimentent les appareils intelligents, a lieu en République démocratique du Congo (RDC). Depuis le début de la crise actuelle dans la région, la coalition AFC/M23 aurait engrangé plus d'un million de dollars par mois grâce à l'exploitation minière illicite et à la contrebande, a rendu compte Mme DiCarlo.
Le délégué de la RDC a d'ailleurs rappelé que malgré la présence de nombreux minéraux critiques, la partie orientale de la RDC demeure le théâtre de violences persistantes largement alimentées par l'exploitation et le commerce illicites des ressources naturelles, et ce depuis près de trois décennies. Les conséquences? Des millions de civils plongés dans l'insécurité chronique, des déplacements massifs de populations et des structures économiques et sociales fragilisées.
Un constat qui a fait dire au représentant congolais que la transition énergétique ne pourra être véritablement durable que si elle est également juste, responsable et bénéfique pour les peuples des pays producteurs de ces ressources.
Pour sa part, le Libéria a rappelé que, pendant le conflit qu'il a connu, les revenus tirés du bois et des diamants ont contribué à l'érosion de la gouvernance et nourri la violence. « Le Libéria est aujourd'hui déterminé à faire en sorte que ses ressources naturelles soient au service de la paix et du développement », a promis son représentant qui a appelé les groupes d'experts du Conseil à continuer d'examiner le rôle de ces minéraux dans le financement des groupes armés.
En plus de lois plus strictes sur le plan national, plusieurs délégations ont appelé à une action multilatérale et régionale pour renforcer la gouvernance, améliorer la traçabilité des minéraux et freiner les flux illicites pour mettre en place des chaînes d'approvisionnement plus résilientes et mieux sécurisées. Plusieurs appels ont également été lancés en faveur de la création de partenariats public-privé éthiques.
L'importance d'une bonne gouvernance dans le secteur des minéraux critiques a notamment été soulignée par le représentant britannique qui a appelé à des contrats transparents, à une fiscalité équitable ainsi qu'au respect de normes environnementales et sociales élevées. Pour la France, cela passe par la responsabilisation du secteur privé qui doit veiller à la traçabilité des minéraux critiques et ne pas inclure des minéraux pillés dans la fabrication des produits dérivés. Le Panama a d'ailleurs préconisé de sanctionner les acteurs impliqués dans les flux illicites ou dans l'entrave aux échanges.
De son côté, la RDC a fait savoir qu'elle participe déjà au Processus de Kimberley pour la traçabilité des diamants, ainsi qu'au mécanisme régional de certification mis en place par la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), qui applique les principes de diligence raisonnable de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour les chaînes d'approvisionnement en minerais.
Opposée à l'utilisation des minéraux critiques comme instruments de coercition économique, la représentante du Danemark a elle aussi souligné qu'une action collective, par le biais de partenariats internationaux et d'accords commerciaux, est indispensable pour garantir des chaînes d'approvisionnement fiables et stables.
De son côté, la Fédération de Russie a mis en garde contre de nouvelles formes de « colonialisme » autour des minéraux critiques, accusant « certains pays occidentaux » de chercher à contrôler les chaînes d'approvisionnement afin de verrouiller les marchés au profit de leurs propres consommateurs. Selon la délégation russe, ces politiques risqueraient de reproduire des schémas de type colonial, en cantonnant les pays producteurs au rôle de simples fournisseurs de matières premières.
Abondant dans ce sens, la Chine, qui a exhorté à ne pas politiser la question des minéraux critiques, a appelé au respect de la souveraineté des États sur leurs ressources naturelles.
« Nous ne pouvons permettre que se reproduisent les modèles extractifs du passé, axés sur l'extraction et l'exportation de matières premières avec une faible valeur ajoutée locale », a renchéri le représentant de la Somalie. L'Afrique détient environ 30% des réserves mondiales de minéraux critiques, mais cette richesse ne s'est pas traduite par des améliorations concrètes dans la vie des populations, a-t-il déploré.
Plaidant de son côté pour des énergies abordables, fiables et durables, le Secrétaire à l'énergie des États-Unis a insisté sur l'importance de sécuriser les chaînes d'approvisionnement et d'accroître l'accès à l'énergie, critiquant dans la foulée « les mesures climatiques agressives irréalistes et mal préparées » de la communauté internationale.
Selon M. Wright, ceux qui limitent l'approvisionnement en énergie ne font qu'accroître leur dépendance vis-à-vis de sources inamicales, à l'instar des Européens avec le gaz et le pétrole russes. « L'énergie est trop centrale pour se tromper et il en va de même pour les minéraux critiques », a-t-il souligné.
M. Wright s'est dit convaincu que l'innovation énergétique est essentielle mais qu'il faut aussi « faire les bons calculs ». Notant que « près de 80% de l'énergie utilisée provient des énergies fossiles et ensuite il y a le bois », il a appelé à « ne plus parler de transition énergétique mais d'addition énergétique ».
Un avis partagé par la Russie qui a défendu une approche « technologiquement neutre » de la transition énergétique, rejetant les tentatives de marginaliser les hydrocarbures et plaidant pour un accès à des sources d'énergie abordables, fiables et durables, incluant notamment le gaz naturel et l'énergie nucléaire.
Pourtant, le Danemark a dit œuvrer à garantir des sources durables d'énergie renouvelable et de technologies propres à long terme, afin d'honorer ses engagements au titre de l'Accord de Paris. Il en va de même du Royaume-Uni qui a réaffirmé son engagement en faveur de la transition énergétique et de la réduction de la dépendance aux combustibles fossiles.
Préoccupé par les répercussions du conflit qui a court entre l'Iran et les États-Unis et Israël, Bahreïn a appelé pour sa part à garantir la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz, sous peine d'une flambée du prix du baril.