UNOG - United Nations Office at Geneva

06/17/2026 | News release | Distributed by Public on 06/17/2026 11:40

Trente ans après le traité d'Ottawa, l’ONU met en garde contre un retour des mines antipersonnel

Près de trente ans après l'adoption de la Convention d'Ottawa sur l'interdiction des mines antipersonnel, l'ONU s'inquiète d'un affaiblissement de l'engagement international contre ces engins qui continuent de tuer et de mutiler des civils bien après la fin des conflits.

Dans un rapport publié mardi, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) appelle les États à respecter leurs obligations et à mettre fin à la production, au transfert et à l'utilisation de ces armes.

Au moins 58 États et territoires demeurent contaminés par ces mines conçues pour exploser lorsqu'une personne entre en contact avec elles.

Certaines mines datent même des deux guerres mondiales, aux côtés d'autres munitions non explosées, tandis que des millions d'autres restent stockées dans des arsenaux nationaux.

« Il est profondément préoccupant de constater que, près de 30 ans après l'adoption du Traité d'interdiction des mines antipersonnel, ces armes explosives continuent de tuer et de blesser des personnes, souvent des décennies après leur mise en place », a déclaré le Haut-Commissaire aux droits de l'homme, Volker Türk.

Il a insisté sur la nécessité pour les États de « renouveler leur engagement à mettre fin à la production, à l'utilisation et au transfert de ces armes, et à redoubler d'efforts pour coopérer au déminage des zones déjà contaminées ».

ONU Info Un membre de l'équipe de l'UNMAS identifie des restes explosifs de guerre situés entre des bâtiments détruits et près de tentes de personnes déplacées dans la bande de Gaza.

Des milliers de morts et de blessés

Selon le rapport, les mines antipersonnel portent atteinte à l'ensemble des droits humains - civils, politiques, économiques, sociaux et culturels - et continuent d'être utilisées aujourd'hui, y compris par des acteurs non étatiques.

Les données les plus récentes indiquent qu'en 2024, au moins 1.945 personnes ont été tuées et 4.325 blessées par des mines terrestres et des restes explosifs de guerre.

Les taux de victimes les plus élevés ont été enregistrés au Myanmar, en Syrie, en Afghanistan, en Ukraine, au Nigéria, au Mali, au Yémen et au Burkina Faso.

Les civils représentent environ 90 % de toutes les victimes recensées, tandis que les enfants constituent plus de 40 % des victimes civiles enregistrées depuis 1999.

Amputations, cécité et zones interdites

Des amputations, aux blessures oculaires pouvant entraîner la cécité ou encore des pertes auditives après avoir marché sur ces engins ou les avoir manipulés, le rapport met en exergue les conséquences humaines des mines antipersonnel pour les civils.

Les enfants sont particulièrement vulnérables : ils subissent généralement des traumatismes physiques plus graves que les adultes et présentent des taux de mortalité plus élevés. Plus ils sont jeunes, plus leurs chances de survie diminuent.

La contamination par les mines transforme également certaines régions en zones interdites d'accès. Elle empêche les populations de bénéficier de services essentiels, entrave l'acheminement de l'aide humanitaire et provoque des déplacements forcés.

Elle contribue aussi à l'insécurité alimentaire et aux difficultés économiques en rendant les terres agricoles dangereuses à exploiter.

Par ailleurs, les mines placées dans ou autour des écoles mettent les enfants en danger et compromettent leur accès à l'éducation.

La présence de restes explosifs de guerre, y compris de mines antipersonnel, peut également freiner le développement économique pendant des décennies et retarder la reconstruction après les conflits.

© UNICEF/ Minzayar Oo Un enfant qui a perdu sa jambe gauche après avoir marché accidentellement sur une mine terrestre dans les rizières de sa famille, dans le centre du Myanmar.

Appel aux États

À ce jour, 162 États sont parties à la Convention d'Ottawa, ouverte à la signature dans la capitale canadienne en décembre 1997.

Le HCDH note toutefois que plusieurs États, dont certains membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, ainsi que d'autres pays possédant d'importants stocks ou ayant utilisé ces armes, n'ont toujours pas adhéré au traité.

Le rapport souligne également que cinq États - Estonie, Finlande, Lettonie, Lituanie et Pologne - se sont récemment retirés du traité. De son côté, l'Ukraine, pourtant État partie, a indiqué suspendre l'application de la convention.

« Les États qui n'ont pas encore ratifié le traité devraient le faire sans délai, et ceux qui s'en sont retirés devraient y réadhérer rapidement. Les États parties doivent en respecter les dispositions de bonne foi », a déclaré M. Türk.

Le Haut-Commissaire a salué la récente décision du Liban d'adhérer au traité malgré les graves menaces sécuritaires auxquelles le pays est confronté.

Il a également appelé les États à accorder des réparations pour les violations résultant de l'utilisation de mines antipersonnel et à garantir aux survivants ainsi qu'aux communautés touchées l'accès aux soins de santé, à la réadaptation, à l'éducation, à l'emploi et à la protection sociale.

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