01/20/2026 | Press release | Distributed by Public on 01/20/2026 05:26
Yeumbeul - En moins d'une décennie, Le Sénégal a réduit de plus de 50 % le taux de mortalité maternelle, passant de 392 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2015 à 153 en 2023. Derrière ces avancées persistait une réalité plus complexe : dans de nombreuses structures de santé, les femmes continuaient de vivre des accouchements marqués par la peur, le manque d'information et une prise en charge impersonnelle.
Tina, 32 ans, mère de trois enfants, se souvient de ses deux premiers accouchements comme des moments d'angoisse : peu d'explications, une communication limitée avec le personnel de santé et ce sentiment d'être seule face à la douleur. « C'étaient des accouchements pénibles pour moi. Après la première expérience, à chaque grossesse, j'avais cette peur en moi », confie-t-elle.
L'expérience de Tina n'est pas isolée. Son témoignage illustre une situation vécue par de nombreuses femmes au Sénégal, malgré les progrès notables enregistrés en matière de santé maternelle.
Pour y remédier et faire de chaque accouchement une expérience positive, le ministère de la Santé et de l'Hygiène publique (MSHP) avec l'appui de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et d'un grand partenaire financier, a introduit l'initiative des Soins maternels respectueux (SMR). Cette approche vise à placer la dignité, le bien-être émotionnel et les choix des femmes au cœur des pratiques de soins, au-delà du seul enjeu de survie.
Les Soins maternels respectueux reposent sur trois piliers essentiels notamment la préparation à l'accouchement pour les femmes enceintes, l'utilisation du Guide de gestion du travail d'accouchement par le personnel de santé et l'accompagnement psychologique des femmes tout au long de la grossesse et pendant l'accouchement.
« L'objectif va bien au-delà de la survie », explique le Dr Ousmane Dieng, expert en santé maternelle et néonatale au bureau de l'OMS au Sénégal. « Il s'agit d'offrir à chaque femme une expérience positive où elle se sent écoutée, informée et pleinement actrice de son accouchement. »
Au centre de santé de référence de Yeumbeul, dans la banlieue de Dakar, l'approche SMR est mise en œuvre depuis deux ans. Un mercredi sur deux, les femmes enceintes dès le sixième mois de grossesse se retrouvent autour des sage-femmes pour des séances de préparation à l'accouchement. Il s'agit d'un curriculum complet couvrant les aspects biologiques de la grossesse, les signes d'alerte, les simulations des positions d'accouchement, les techniques de respiration, les exercices de mobilité et les soins au nouveau-né.
Après une phase pilote menée entre 2019 et 2023 à l'hôpital de référence de Yeumbeul, l'initiative a été étendue depuis novembre 2023 à l'ensemble des structures de santé du district sanitaire des communes de Yeumbeul Nord et Sud. Pour assurer sa mise en œuvre effective, 45 sage-femmes ont été formées à cette approche dans le district et plus de 430 femmes accompagnées.
Pour sa troisième grossesse, Tina a bénéficié de ce programme. Conscientes de ses expériences précédentes, les sage-femmes l'ont rassurée et lui ont appris des techniques pour mieux gérer la douleur, comprendre les différentes étapes du travail et se préparer mentalement à l'accouchement. Assise dans la salle de suite de couches de l'hôpital de Yeumbeul, Tina berce tendrement son nouveau-né en racontant son histoire avec des étoiles dans les yeux. « Pendant l'accouchement, j'étais avec la même sage-femme qui m'avait initiée lors des séances de préparation. Ensemble, nous avons refait les exercices et cela m'a permis de vivre différemment la naissance de mon fils, avec plus de confiance et de sérénité », témoigne-t-elle.
Cette démarche de préparation à la naissance associée à l'utilisation du nouveau guide de gestion du travail d'accouchement permet de réduire les décès maternels et néonatals évitables. Le guide simplifie la surveillance du travail et permet de détecter précocement les complications tout en favorisant une prise en charge plus humanisée. L'OMS a soutenu la formation de 2 700 sage-femmes à son utilisation dans tout le pays.
« Avant, les sage-femmes étaient très focalisées sur des graphiques complexes au détriment de l'accompagnement continu », reconnait le Dr Alassane Tall, chef de l'unité de gynécologie à l'hôpital de Yeumbeul. « Aujourd'hui, l'outil est plus intuitif et permet de consacrer davantage de temps à l'écoute des femmes et à l'adaptation des soins. »
Pour accompagner cette évolution, l'OMS a également soutenu l'adaptation et la dissémination d'un module complémentaire intégrant la gestion du stress chez les sage-femmes, avec 235 professionnels de santé formés. Au-delà des procédures techniques, l'accent est mis sur la communication, l'adaptation à chaque femme et le bien-être des sage-femmes, renforçant la qualité des soins.
« Les séances de préparation avec les femmes enceintes nous permettent de mieux anticiper leurs besoins et de construire une relation de confiance, en intégrant l'écoute et le soutien émotionnel dans la prise en charge, au-delà des seuls gestes techniques », témoigne Gnima Sonko, maîtresse sage-femme au centre de santé de Yeumbeul, formée avec l'appui de l'OMS. « Les modules dédiés au renforcement de notre propre santé mentale nous aident à travailler avec plus de sérénité, ce qui améliore directement la qualité de l'accompagnement offert aux femmes enceintes. »
Cette approche intégrée transforme durablement l'expérience de l'accouchement. « Chaque femme mérite de vivre son accouchement dans la dignité et la sécurité. C'est un droit fondamental, pas un privilège », souligne le Dr Michel Yao, Représentant résident de l'OMS au Sénégal. « La collaboration entre le ministère de la Santé, les districts sanitaires et l'OMS est essentielle pour porter à l'échelle ces bonnes pratiques. »
Pour Tina le changement a été concret : « Mon bébé est né dans la joie, pas dans la peur. Je repars le cœur léger. » Un témoignage qui illustre que des soins humanisés transforment des vies : une grossesse, un accouchement, une famille à la fois.
Chargée de Communication
OMS Sénégal
Email : sallai[at] who.int(sallai[at]who[dot]int)
Chargée de communication
Bureau régional pour l'Afrique
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