01/25/2026 | Press release | Distributed by Public on 01/23/2026 18:10
Ambatoboeny - À Madagascar, la lèpre demeure une préoccupation majeure de santé publique. Chaque année, entre 1500 et 2000 nouveaux cas sont enregistrés, plaçant le pays parmi les 23 nations prioritaires pour l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans la lutte contre la lèpre. La maladie reste endémique dans 37 districts enclavés répartis dans 16 des 24 régions du pays. En 2024, 1713 nouveaux cas ont été enregistrés, dont 346 personnes présentaient des infirmités permanentes dues à la lèpre, soit plus de 20 % des cas, indiquant un diagnostic tardif.
Grâce au renforcement de la détection, notamment à travers des campagnes annuelles de dépistage organisées dans les régions les plus touchées par cette maladie tropicale négligée, le pays intensifie la prise en charge précoce, pour limiter les infirmités, et le traitement post-exposition pour rompre la chaîne de transmission.
Dans le district d'Ambatoboeny, l'un des plus endémiques de Madagascar, le taux de détection de 40,43 cas pour 100 000 habitants, contre 5,36 cas pour 100 000 habitants à l'échelle nationale, illustre la gravité de la situation au niveau du district. Entre 2024 et 2025, le nombre de personne détectées de la lèpre dans le district est passé de 95 nouveaux cas à 132. L'augmentation du nombre de cas de lèpre diagnostiqués à Ambatoboeny, révèle l'efficacité des stratégies de recherche actives des cas et de diagnostic précoce mises en œuvre sur le terrain.
L'isolement géographique, aggravé par des crues des fleuves Kamoro et Betsiboka qui rendent certaines communes inaccessibles pendant plusieurs mois, prive de nombreuses personnes de dépistage précoce et d'un accès régulier au traitement.
À ces contraintes physiques s'ajoutent des croyances profondément ancrées qui alimentent la stigmatisation, retardent le diagnostic et exposent les malades à des formes sévères et invalidantes. Pour beaucoup, la lèpre est encore perçue comme une maladie héréditaire, un tabou social ou une conséquence de la sorcellerie.
Pour répondre à ces défis, le ministère de la Santé, avec l'appui de ses partenaires dont l'OMS et la Fondation Raoul Follereau, organise chaque année des campagnes actives de dépistage dans les districts endémiques. Les actions d'intensification de la lutte contre la lèpre dans le district d'Ambatoboeny ont débuté en 2023. Elles visent à renforcer la détection des cas, réduire les infirmités par un dépistage précoce et interrompre la chaîne de transmission par la mise en œuvre de la chimioprophylaxie post-exposition.
En novembre 2025, c'est lors d'une de ces campagnes que Freddy, 24 ans, tireur de charrette, a été diagnostiqué. « Depuis plusieurs mois, je souffrais d'engourdissements, de sensations de brûlure et d'une perte de sensibilité de ma jambe gauche. Parfois j'ai l'impression qu'elle était paralysée, ce qui empiétait sur mes capacités à travailler », témoigne le père de famille.
Les taches qui apparaissaient sur sa peau l'exposaient à des moqueries et à la stigmatisation, le poussant à profiter de l'arrivée des équipes médicales pour se faire soigner. Freddy était loin d'imaginer qu'il souffrait de la lèpre. « J'ai été surpris quand le médecin m'a dit que c'était la lèpre. Maintenant que je sais de quoi je souffre, j'espère obtenir les traitements nécessaires et retrouver mes capacités pour offrir une vie décente à ma famille », confie-t-il.
Lors des campagnes de dépistage, les agents de santé communautaire s'assurent de la mobilisation sociale. Des messages sont diffusés sur les radios dans les langues locales et des affiches sont distribuées afin de toucher un maximum de personnes.
Les données mettent en évidence l'efficacité de cette approche proactive. En 2023, le district d'Ambatoboeny a enregistré 110 nouveaux cas de lèpre, dont 64 identifiés par dépistage actif. En 2024, sur 95 cas diagnostiqués, 62 provenaient de cette approche. En 2025, les actions se sont renforcées avec l'appui du bureau de l'OMS à Madagascar. Lors de la campagne organisée en novembre 2025, sur les 91 personnes dépistées, 16 nouveaux cas ont été détectés. Grâce aux stratégies actives, huit patients précédemment perdus de vue ont également été retrouvés et réintégrés dans le circuit de soins, soulignant l'importance d'un suivi rigoureux et continu. Aucun nouveau cas n'a été enregistré chez les enfants de moins de 14 ans.
« L'absence de cas chez les enfants est un signal encourageant qui devra être confirmé par un suivi approfondi des contacts », indique la Dre Cécile Lusta Rasoamanana, responsable de l'unité de lutte contre la lèpre au Service de la Santé publique du district d'Ambatoboeny. « La recherche active nous permet d'identifier, d'examiner et de traiter immédiatement les malades. Elle brise la chaîne de transmission et évite des infirmités graves et irréversibles. Elle nous permet également de retrouver des personnes qui avaient interrompu leur traitement et de les réintégrer dans le système de soins. Au-delà de l'aspect médical, cette initiative rappelle que la lèpre se traite et qu'on en guérit. »
Ces campagnes sont également une occasion de renforcer l'équité et la lutte contre la stigmatisation. « Les populations les plus isolées ont enfin accès au dépistage, au traitement et à l'information. C'est une étape essentielle pour réduire les infirmités, rétablir la dignité des personnes affectées et réfuter les fausses idées reçues », souligne le Dr Lovasosa Mbolamanana Andrianiriana, Chef du programme de lutte contre la lèpre au sein du ministère de la Santé publique.
Cette approche intégrée, qui combine engagement communautaire, stratégie opérationnelle, dépistage et gratuité des soins, s'inscrit dans la stratégie de l'OMS visant à éliminer la lèpre d'ici à 2030. L'OMS soutient la formation des cliniciens pour la détection des formes atypiques de la maladie et celle des agents de santé communautaires pour la sensibilisation et la lutte contre la stigmatisation.
Aussi, l'Organisation met à la disposition du pays des outils spécialisés comme la PCR sur biopsie nerveuse ou l'échographie des nerfs renforçant le dépistage précoce. Elle contribue également à garantir l'accès gratuit et continu à la Polychimiothérapie (PCT), un traitement indispensable pour prévenir les infirmités et réduire la transmission. « Aller vers les communautés est essentiel pour rompre la chaîne de transmission et protéger les populations les plus vulnérables », insiste le Dr Laurent Musango, Représentant de l'OMS à Madagascar. « Notre objectif est clair : réduire les infirmités liées à la lèpre, briser la stigmatisation et protéger chaque communauté. Ensemble, nous avançons sur la voie de l'élimination de la lèpre à Madagascar. »
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