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10/05/2026 | Press release | Distributed by Public on 10/05/2026 15:22

À quatre ans de l’échéance de 2030, la Deuxième Commission cherche des leviers efficaces pour financer le développement

Sur fond de recul historique de l'aide publique au développement et de conflits qui perturbent les approvisionnements mondiaux, la Deuxième Commission (questions économiques et financières) a ouvert aujourd'hui son débat général sur le thème « Financer le développement durable dans une économie mondiale en mutation pour accélérer la réalisation des objectifs de développement durable ».

« La ligne d'arrivée du Programme 2030 est en vue, mais des obstacles se dressent sur notre route. » C'est par ce constat que le Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, M. Li Junhua, a ouvert les travaux. Le Département des affaires économiques et sociales (DESA) ne prévoit qu'une croissance mondiale de 2,6% en 2026, tandis que le déficit annuel de financement des objectifs de développement durable (ODD) dépasse 4 000 milliards de dollars, a rappelé la Présidente de la Commission, l'Albanaise Suela Janina.

« L'ère des engagements sans mise en œuvre doit être laissée derrière nous », a jugé M. Li. Le Groupe des 77 et la Chine, par la voix de l'Uruguay, ont fait le même constat: « la communauté internationale ne manque pas d'engagements convenus », mais « ce qu'il faut désormais, c'est une volonté politique renforcée, une coopération internationale et une mise en œuvre concrète ». Le Groupe a ainsi fait sa priorité de l'Engagement de Séville, adopté en 2025 lors de la quatrième Conférence internationale sur le financement du développement.

« Un levier assez long et un point d'appui »

Le retard accumulé est considérable. Selon les chiffres cités par la Communauté des Caraïbes (CARICOM), seules 36% des cibles des ODD sont en bonne voie ou progressent modérément, et 15% sont repassées sous leur niveau de 2015. « La communauté internationale se trouve face à une pente raide », a reconnu l'Union européenne (UE). Dans le même temps, l'aide publique au développement (APD) a chuté de 23% en 2025 -un record- et même de 25,8% pour les pays les moins avancés (PMA), a souligné la Gambie au nom de ce groupe.

Pour sortir de l'impasse, M. Parfait Eloundou-Enyegue, professeur à Cornell University, a convoqué Archimède: « Donnez-moi un levier assez long et un point d'appui, et je soulèverai le monde. » Mais là où le fameux savant grec n'avait qu'un objectif, un point d'appui et un levier, les États doivent poursuivre 17 objectifs et combiner de multiples sources de financement, a relevé le professeur. Et financer la croissance ne suffira pas, a-t-il averti, car celle-ci ne se traduit pas automatiquement par davantage d'égalité.

Encore faut-il que les leviers financiers profitent à ceux qui en ont le plus besoin. « Nous ne faisons pas seulement face à une pénurie de financements », a prévenu l'Alliance des petits États insulaires (AOSIS), par la voix des Palaos. Le problème est de savoir « où va l'argent, à quelles conditions, et selon quelle mesure des besoins ». Car l'accès aux financements concessionnels dépend du revenu des pays, alors que « le revenu national brut (RNB), à lui seul, ne peut pas nous dire ce que coûte un ouragan, ce que coûte l'isolement géographique, ni ce que coûte l'exposition répétée aux chocs extérieurs ». L'AOSIS a donc demandé que l'indice de vulnérabilité multidimensionnelle passe « de la reconnaissance à une utilisation réelle » - un appel relayé par la CARICOM.

« Le financement du développement ne peut pas consister à endetter les vulnérables simplement pour qu'ils résistent au prochain choc », a insisté l'AOSIS. Les agences de notation, qui fixent le prix de cet endettement, doivent aussi tenir compte des « réalités économiques africaines », a renchéri le Groupe des États d'Afrique, par la voix de la Namibie, en saluant le lancement d'une agence africaine de notation de crédit. Les économies du continent doivent aussi « conserver une plus grande part de la valeur de leurs ressources », a ajouté le Groupe, rejoignant le professeur Eloundou-Enyegue, pour qui les inégalités internationales actuelles sont « l'héritage de l'extraction et de l'exploitation ».

L'onde de choc des conflits

À ces fragilités structurelles s'ajoutent les chocs venus de l'extérieur. « La fragmentation du commerce, le conflit au Moyen-Orient et les perturbations climatiques pèsent lourdement sur les pays en développement », a rappelé M. Li. L'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), représentée par les Philippines, a ainsi demandé que soit préservée « la libre circulation de l'énergie et des biens essentiels, notamment les denrées alimentaires, les intrants agricoles, les produits pharmaceutiques et les carburants ».

« Alors que les dépenses militaires augmentent, le financement du développement reste bien en deçà des besoins », a déploré pour sa part l'État de Palestine, qui dénonce une « occupation coloniale de peuplement impitoyable qui a déchaîné un génocide contre notre peuple ». Il en a détaillé le coût pour le développement: « l'effondrement économique le plus rapide et le plus dévastateur jamais enregistré », 22 années de progrès économique effacées en 15 mois, et 68 millions de tonnes de débris dangereux, « l'équivalent en volume de 15 grandes pyramides de Gizeh ou de 25 tours Eiffel ». Israël a, de son côté, estimé que le cessez-le-feu conclu il y a près d'un an, sans être idéal, tenait bon et apportait un soulagement aux Palestiniens comme aux Israéliens.

« Le plus petit dénominateur commun »

Face à ces crises, la Commission est-elle seulement outillée pour répondre? Plusieurs délégations en ont douté. Réagissant à l'exposé du professeur Eloundou-Enyegue, le Mexique a mis en cause l'efficacité même de la Commission, dont les négociations n'aboutissent selon lui qu'au « plus petit dénominateur commun », chaque pays étant ensuite livré à lui-même pour en tirer quelque chose. Les États-Unis ont été plus sévères: la Commission est devenue selon eux une « usine à résolutions zombies », reflet de « paradigmes économiques obsolètes » qui risquent d'empiéter sur la souveraineté nationale. Ils ont plaidé pour « le commerce plutôt que l'aide », car « ce sont les entreprises qui créent l'économie, pas les décrets de l'ONU ». Au-delà des textes, « il s'agit de vies humaines », a rappelé le Costa Rica, au nom du Groupe des Amis de la sécurité humaine.

La Deuxième Commission a pourtant montré « que la réforme était possible », ont reconnu les États-Unis, invitant les autres grandes commissions à s'inspirer de sa revitalisation. Celle-ci a « sensiblement amélioré ses méthodes de travail », a abondé la Suisse, tandis que le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande (groupe CANZ) l'auraient souhaitée plus « ambitieuse ».

Reste à penser l'après-2030. Le professeur Eloundou-Enyegue a suggéré de tirer les leçons des 15 dernières années et de s'appuyer sur la démographie pour anticiper le monde du milieu du siècle, en donnant la priorité aux objectifs les plus en retard, comme l'égalité et l'emploi des jeunes. Dès l'ouverture des travaux, M. Li avait voulu y croire: « Le chemin vers 2030 se rétrécit, mais il reste ouvert. »

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