11/02/2026 | News release | Archived content
Plusieurs éditeurs de presse américains affrontent actuellement OpenAI et Microsoft devant les tribunaux. Ils accusent les deux entreprises technologiques d'avoir enfreint le droit d'auteur en copiant des millions de leurs articles pour entraîner leurs modèles d'intelligence artificielle (IA). Reporters sans frontières (RSF), aux côtés de PEN America, Protect Democracy et de spécialistes du Premier amendement de la Constitution américaine, a déposé un mémoire en soutien à leur action en justice. Les organisations dénoncent une forme de pillage organisé par les entreprises technologiques, qui menace la viabilité économique de la presse libre.
La plainte, initialement déposée par le New York Times, reproche à OpenAI et Microsoft d'avoir utilisé, sans autorisation ni contrepartie financière, les contenus des éditeurs pour entraîner leurs grands modèles de langage (LLM en anglais), tels que ChatGPT, en violation de leurs droits d'auteur. Des procédures judiciaires similaires engagées par le New York Daily News et le Center for Investigative Reporting ont également été regroupées dans cette affaire.
Soutenues par le ministère de la Justice de l'administration Trump, les deux entreprises technologiques soutiennent que l'entraînement des modèles à partir de contenus accessibles en ligne relève du principe de "fair use" (usage loyal), une exception au droit d'auteur prévue par le droit américain. Dans ses observations adressées au tribunal, le ministère de la Justice a estimé que les bénéfices pour le public de l'entraînement des modèles d'IA à partir de contenus journalistiques "l'emportent largement sur tout préjudice concurrentiel", rapporte Associated Press. Le mémoire des organisations signataires conteste cette position et souligne que les réponses générées par les agents conversationnels reposant sur des LLM "produisent des substituts économiquement concurrents de ces articles". Ces outils fournissent aux utilisateurs des informations reformulées des contenus journalistiques et, parfois, en reproduisant des passages mot pour mot, une pratique qui représente une grave menace pour l'économie des médias.
Déposé le 30 octobre, le mémoire met en garde contre le risque que cette affaire "compromette la viabilité économique des médias d'information sous couvert de l'usage loyal". Les organisations signataires fondent leur démarche sur le principe selon lequel la Constitution américaine prévoit une législation sur le droit d'auteur qui "soutient, au lieu de détruire, les fonctions démocratiques de la presse". Le mémoire rappelle également les liens historiques d'interdépendance entre les garanties constitutionnelles protégeant la liberté de la presse et celles protégeant la propriété intellectuelle.
"Les entreprises technologiques ne peuvent pas être autorisées à piller le travail des journalistes et des médias pour entraîner leurs modèles d'IA, puis à engranger des milliards grâce à ces mêmes modèles, qui concurrencent directement les organisations de presse dont elles ont exploité les contenus. Ce n'est pas un 'usage loyal' : c'est du vol. Le tribunal devrait faire respecter les droits d'auteur des éditeurs afin que le progrès technologique ne se fasse pas au détriment d'une presse libre.
En empêchant les entreprises de "profiter gratuitement du travail d'institutions journalistiques de renom", le tribunal a l'occasion de préserver les conditions de rémunération des médias pour leur travail et de garantir qu'ils puissent continuer à jouer leur rôle de relais d'information auprès du public, souligne le mémoire.
Ce document a été déposé en soutien à la demande de référé des éditeurs, une procédure permettant au tribunal de statuer sans tenir d'audience de jugement complète. Les plaignants réclament plusieurs milliards de dollars de dommages et intérêts à Microsoft et OpenAI.