07/24/2026 | Press release | Archived content
Alors que le royaume se trouve au cœur d'un conflit régional, seules les déclarations officielles du gouvernement peuvent être relayées par la presse dans le pays. Que ce soient les rares correspondants des médias étrangers, confrontés à des difficultés d'installation, ou les journalistes des médias locaux, tous sont soumis à une censure renforcée. Ils risquent l'emprisonnement, à l'instar du journaliste indépendant Sayed Baqer al-Kamel, qui purge une peine de dix ans de prison pour avoir pris une photo, et de ses sept confrères détenus. Reporters sans frontières (RSF) appelle le régime bahreïni à les libérer et à mettre fin à cette répression.
C'est la même brève quasiment mot pour mot qui a été publiée dans les deux principaux journaux du Bahreïn ce 22 juillet, le lendemain de frappes iraniennes sur le pays. "Les Forces de défense : interception et destruction de nombreuses d'attaques aériennes iraniennes perfides", peut-on lire en bas de la une du quotidien pro-gouvernemental Akhbar al-Khaleej. Titre quasi identique dans Al-Bilad, dont le propriétaire est membre de la famille royale : "Les Forces de défense : interception et destruction des offensives iraniennes perfides." Silence radio dans les trois autres quotidiens principaux.
En effet, pour la population bahreïnienne, qui, la veille, avait reçu des alertes du gouvernement par téléphone et s'était rassemblée sur les toits pour observer les missiles s'abattre sur le pays, les seules sources d'information disponibles sont la presse locale soumise à une censure encore renforcée dans le contexte de guerre,citant uniquement des sources officielles, et la presse internationale, elle aussi muselée.
"Si je veux couvrir une frappe qui aurait, par hypothèse, touché mon quartier, je n'en ai pas le droit", témoigne auprès de RSF un journaliste d'un média international qui réclame l'anonymat pour des raisons de sécurité. "Je dois appeler le ministère de l'Intérieur ou la Commission nationale de la communication, demander la permission et attendre." Arrive-t-il à prendre une photo avec son téléphone en secret ? Oui, mais son média ne la publiera pas. "Ça ne vaut pas la peine de nous mettre en danger", explique le journaliste. En effet, le 28 avril dernier, le photojournaliste indépendant Sayed Baqer al-Kamel a été condamné à dix ans de prison pour des charges liées à l'espionnage, selon les informations de RSF. Le journaliste avait été arrêté le 1er mars, à son domicile, pour avoir photographié et publié sur ses réseaux sociaux une photo - désormais retirée - d'un immeuble ayant pris feu à la suite d'une frappe iranienne.
"Au Bahreïn - qui a perdu 13 places dans le Classement mondial de la liberté de la presse de RSF en 2026 -, les journalistes ne peuvent pas couvrir librement ce que tout le monde voit, sous peine de subir le même sort que le journaliste Sayed Baqer al-Kamel : l'emprisonnement. Alors que le pays se trouve pris dans un conflit régional, les reporters et les médias devraient pouvoir couvrir les événements librement, en toute indépendance et en proposant une diversité de points de vue, au lieu de voir se resserrer l'étau de la censure. Nous appelons les autorités à libérer immédiatement Sayed Baqer al-Kamel et les sept autres journalistes détenus et à mettre un terme à cette escalade répressive pour redonner à la population accès au droit à l'information."
Une vague d'arrestations : la guerre interdite
Les autorités du Bahreïn exercent une répression violente dans le cadre de l'offensive États-unienne en Iran et la riposte de celui-ci sur les bases militaires du pays dans le Golfe. Depuis, les consignes liberticides émises par le gouvernement pour interdire les photos de l'offensive iranienne, sous prétexte de sécurité nationale - une mesure également adoptée par d'autres pays du Golfe - et au moins 500 personnes ont été arrêtées. "Avant la guerre, les autorités se contentaient de nous menacer, nous rendre la vie difficile, nous compliquer le boulot", estime un journaliste contacté par RSF. "Aujourd'hui, ils arrêtent les gens pour un simple post sur X ou sur Instagram."
Huit journalistes détenus
Dans ce pays de 760 kilomètres carrés, huit journalistes sont actuellement derrière les barreaux pour avoir exercé leur métier. Al-Wasat, seul média indépendant du pays, a été fermé par le gouvernement en 2017, accusé de semer la division au sein de la société bahreïnienne. Descendu à la 170e place sur 180 dans le Classement de la liberté de la presse établi en 2026 par RSF, le Bahreïn figure donc parmi les dix pays et territoires où la liberté de la presse est la plus menacée au monde.