08/20/2026 | News release | Archived content
20 août, 2026Les syndicats d'Afrique du Sud, de Zambie et du Zimbabwe utilisent la diligence raisonnable en matière de droits humains (DRDH) comme un outil de négociation pour défendre les droits des travailleurs, lutter contre les conditions de travail dangereuses et tenir les entreprises minières responsables de leurs actes. Plutôt que de considérer la diligence DRDH comme une simple obligation de conformité pour les entreprises, ils en font un levier de négociation.
Lors d'un atelier organisé à Harare, au Zimbabwe, ce 18 août, trois syndicats affiliés à IndustriALL ont présenté des dossiers pilotes illustrant comment la DRDH peut être transformée en une stratégie syndicale concrète dans le secteur minier. Le NUM (Syndicat national des mineurs d'Afrique du Sud), le MUZ (Syndicat des mineurs de Zambie) et le ZDAMWU (Syndicat des travailleurs du diamant et des minerais connexes du Zimbabwe) ont partagé des exemples issus des secteurs de l'exploitation de l'or, du cuivre, du platine et du diamant.
L'atelier a réuni quarante-et-un délégués issus de ces trois pays, aux côtés d'UNI, du Ministère zimbabwéen de la Fonction publique, du Travail et de la Protection sociale, du Conseil national de l'emploi pour les industries minières, du Centre de compétence pour la DRDH et d'IndustriALL.
La DRDH trouve son origine dans les Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme. Elle s'inscrit de plus en plus dans la législation européenne relative aux chaînes d'approvisionnement, notamment la directive sur la diligence raisonnable en matière de durabilité des entreprises et la loi allemande sur les chaînes d'approvisionnement. Elle impose aux entreprises d'identifier, de prévenir et de rendre compte des violations des droits humains liées à leurs activités.
Pour les syndicats, la valeur stratégique évoquée lors de l'atelier est évidente. La DRDH peut passer d'un simple processus de conformité d'entreprise à un outil de syndicalisation, de négociation et de responsabilisation. Cela permet aux travailleurs de dénoncer les violations commises dans les exploitations minières et tout au long des chaînes d'approvisionnement.
Le travail du NUM en matière de DRDH s'appuie sur le projet pilote mené à la mine d'or Sibanye Stillwater. Celui-ci met en évidence la violence de genre et le harcèlement sexuel, particulièrement répandus dans les mines souterraines isolées. Les conclusions du syndicat décrivent une culture d'entreprise toujours marquée par la domination masculine, les stéréotypes et l'exclusion des femmes. Cette situation persiste alors même que la représentation féminine a augmenté.
Selon le rapport 2025 de Sibanye, les femmes représentent environ 18,8 % des effectifs et occupent 29,4 % des postes de direction au sein de l'entreprise. Mais le secteur minier n'a pas suivi cette évolution. Les équipements de protection individuelle et les installations souterraines ont toujours été conçus en fonction du corps masculin, laissant les travailleuses insuffisamment protégées et prises en compte.
L'analyse du NUM met d'autres problèmes en exergue: les exigences physiques du travail posté et de nuit, les préjugés en matière de recrutement et de promotion ainsi que des préoccupations non intégrées en matière de sécurité psychologique.
L'entreprise a réagi en mettant en place plusieurs mesures, notamment le réseau «Women of Sibanye-Stillwater» (Femmes de Sibanye-Stillwater), des ateliers «Women's Voice» (Paroles de Femmes), des centres d'aide aux victimes de violences sexistes, des audits sur l'égalité salariale, des programmes de développement du leadership ainsi que la modernisation des EPI et des installations. Le travail du NUM en matière de DRDH permettra d'évaluer dans quelle mesure ces initiatives se traduisent par un environnement de travail manifestement plus sûr et plus égalitaire.
Les dossiers pilotes du ZDAMWU concernant Bikita Minerals et Prospect Minerals Zimbabwe sont axés sur la défense des droits des travailleurs, la protection de la liberté syndicale et la lutte contre la violence et le harcèlement fondés sur le genre. Ils remettent également en cause les contrats à court terme, en réclamant leur extension de trois à douze mois.
Ces dossiers soulèvent des préoccupations concrètes : précarité de l'emploi, faiblesse du pouvoir de négociation collective et conditions de signalement peu sûres. Les pratiques sur les lieux de travail limitent également la capacité des travailleuses et travailleurs et des communautés à se faire entendre lorsque des violations se produisent. L'approche du syndicat s'étend également au-delà des portes de la mine, grâce à une collaboration avec les communautés concernées.
En Zambie, le MUZ milite en faveur de mécanismes de traitement des plaintes conformes aux normes de la DRDH au sein des mines de cuivre CNMC Luanshya et de Sino Metals Leach Zambia. Le syndicat exige des canaux sûrs, accessibles et correctement structurés. Ceux-ci permettraient aux mineurs de signaler les violations des droits du travail, les risques liés à la santé et à la sécurité au travail ainsi que la discrimination et le harcèlement. Ils pourraient le faire sans crainte de représailles. Le syndicat considère que des mécanismes de plaintes efficaces constituent une condition préalable à la liberté syndicale dans la « Copperbelt ». Dans cette région, le fait de signaler des problèmes sur le lieu de travail comporte souvent un risque réel pour le salarié qui prend la parole. Le MUZ réclame également des mesures de remédiation pour la main d'œuvre et les communautés touchées par la rupture du barrage de résidus miniers chez Sino Metals.
Binta Mutale, Responsable de programme au Centre de compétence pour la DRDH, a déclaré :
« Les participants ont découvert des outils concrets pour intégrer la défense des droits humains et de la démocratie dans leurs stratégies de syndicalisation et se sont vu rappeler que la force des cadres juridiques dépend de celle des travailleuses et travailleurs syndiqués qui les soutiennent.
La défense des droits humains dans le domaine du travail constitue un cadre général dont les syndicats peuvent se servir pour défendre les droits et les conditions de travail et pour demander des comptes aux acteurs économiques locaux et internationaux. Les premières réussites des syndicats montrent l'énorme potentiel des outils de la DRDH au niveau de la syndicalisation et du renforcement du pouvoir syndical.»
a souligné Paule-France Ndessomin, Secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne.