08/28/2026 | Press release | Distributed by Public on 08/28/2026 16:30
Le Conseil de sécurité a tenu, cet après-midi, une réunion d'urgence sur Haïti, cinq jours après une attaque perpétrée par des gangs à Kenscoff, une commune située à la périphérie de Port-au-Prince, qui aurait fait au moins 47 morts dans la nuit du 23 août.
« Nous ne pouvons tolérer un massacre hebdomadaire en Haïti; c'est pourquoi nous estimons que cette réunion ne pouvait attendre jusqu'en octobre », a justifié le représentant de la Colombie, dont la délégation a demandé cette réunion, avec celles du Panama et des États-Unis.
« Ce massacre est profondément choquant, mais il ne s'agit pas d'une tragédie isolée », a rappelé le Représentant spécial du Secrétaire général pour Haïti, M. Carlos Ruiz Massieu, tandis que le délégué haïtien appelait à accélérer le déploiement de la Force de répression des gangs (FRG) et à faire respecter l'embargo sur les armes.
Selon le Représentant spécial, sur les 47 morts qu'a fait l'attaque de Kenscoff, il y avait 3 garçons et 2 filles, tandis que des dizaines de personnes ont été enlevées et que de nombreux blessés ont été dénombrés. L'attaque a en outre provoqué de nouveaux déplacements de population. Des habitations ont été incendiées et la population locale, cherchant à échapper à la violence, a été prise pour cible, notamment dans la cour d'une église où des membres de gangs ont exécuté 22 personnes et tué 12 autres qui tentaient de fuir.
M. Ruiz Massieu a appelé à la libération immédiate et inconditionnelle de toutes les personnes enlevées, y compris les femmes et les enfants, notant que Kenscoff est « une nouvelle atrocité effroyable contre la population haïtienne ». Cette localité a été victime d'une série d'attaques depuis le début de l'année 2025, s'est-il indigné.
Les Haïtiens continuent de payer un tribut humain inacceptable et dévastateur, a souligné le Représentant spécial en informant que le BINUH (Bureau intégré des Nations Unies en Haiti) a recensé 1 408 personnes tuées et 656 blessées rien qu'entre avril et juin 2026. Comme lui, nombreux sont les orateurs qui ont appelé à la reddition des comptes pour les auteurs de cette atrocité et des autres.
L'activation et l'opérationnalisation des unités judiciaires spécialisées chargées d'enquêter sur les crimes de masse, les violences sexuelles et les crimes financiers -y compris l'ouverture rapide d'enquêtes sur l'attaque de Kenscoff- seront primordiales pour renforcer l'état de droit et rétablir la confiance de la population envers les institutions de l'État, a assuré M. Ruiz Massieu. « Ce nouvel épisode déchirant nous rappelle brutalement l'urgence de renforcer encore davantage le soutien international en matière de sécurité pour Haïti. » De nombreuses voix ont ainsi appelé à accélérer le déploiement de la Force de répression des gangs.
Haïti elle-même a appelé à accélérer le déploiement de la Force et à faire respecter l'embargo sur les armes. Son représentant a souligné « l'impérieuse nécessité » pour la communauté internationale d'accélérer le déploiement de la Force pour atteindre l'effectif prévu de 5 500 membres dans les meilleurs délais et lui donner les moyens nécessaires à l'accomplissement de sa mission.
Il a précisé à cet égard que des pays tels que la Côte d'Ivoire, la Mongolie et le Tchad ont déjà signé avec Haïti des accords pour rejoindre la Force. Des démarches sont en cours pour signer dans les jours qui viennent des accords avec le Bangladesh, la Jamaïque et Sri Lanka, a-t-il ajouté.
« Cette Force n'a pas été créée pour lire des déclarations dans un bunker, mais pour mettre fin au bain de sang en Haïti », a tonné la déléguée américaine. Les États-Unis sont plus déterminés que jamais à aider Haïti à éradiquer les gangs, a-t-elle promis. Conscient de la place de la Force, le Royaume-Uni, comme d'autres délégations, a plaidé pour le renouvellement de son mandat le mois prochain. Plusieurs ont également rappelé l'impérieuse nécessité de sanctionner les parrains et soutiens des gangs. La France a ainsi demandé d'étendre les sanctions aux individus apportant un soutien politique ou financier aux gangs criminels.
Toutefois, les efforts entrepris en matière de sécurité ne suffiront pas, à eux seuls, à résoudre la crise haïtienne, a prévenu la République démocratique du Congo (RDC), qui parlait au nom des A3 (Libéria, RDC, Somalie). Des progrès durables dépendront du rétablissement de l'autorité de l'État, du renforcement des institutions nationales, du rétablissement des services essentiels et d'une action décisive contre les flux illicites d'armes et les réseaux de financement de la criminalité.
Lutter contre la violence par la violence risque de créer un cercle vicieux pour la population civile haïtienne, a averti à son tour la Chine. De même que la violence des gangs fait des victimes, les opérations de maintien de l'ordre en font également, a déploré le délégué qui a souhaité que la Force présente des rapports directement au Conseil de sécurité.
Le représentant russe a également mis en garde contre tout recours incontrôlé à la force. Pour lui, il faut en même temps s'attaquer aux problèmes de long terme qui sont à l'origine de la crise sécuritaire en Haïti: l'incapacité managériale persistante des autorités locales, ainsi que les ingérences extérieures néfastes visant à façonner un paysage politique favorable à des forces étrangères. La délégation a également dénoncé le problème, toujours non résolu, du trafic illégal d'armes en provenance des États-Unis, qui alimente les activités criminelles des gangs.
Pour le Brésil, « les efforts en matière de sécurité doivent aller de pair avec des initiatives visant à renforcer les institutions et à élargir les opportunités économiques ». Le déploiement de la Force n'est pas une fin en soi, mais une étape essentielle vers le rétablissement des conditions de sécurité minimale qui permettront de progresser dans la reconstruction institutionnelle, économique, politique et sociale d'Haïti, a également argué le Panama.
M. Indrika Ratwatte, Sous-Secrétaire général par intérim aux affaires humanitaires et Coordonnateur adjoint des secours d'urgence, a indiqué que près de 1,5 million de personnes -soit 12% de la population haïtienne- sont des personnes déplacées, dont une moitié d'enfants.
Dans ce contexte de violence généralisée, les femmes et les filles subissent des violences sexuelles atroces en toute impunité, a-t-il dénoncé. Selon l'UNICEF, le nombre d'enfants recrutés et utilisés par des groupes armés a connu une augmentation spectaculaire, estimée à 200%, en 2025. Plus de 1 600 écoles restent fermées, affectant 7 500 enseignants et privant plus de 240 000 élèves d'éducation. Il a précisé qu'à Port-au-Prince, seuls 10% des établissements de santé disposant d'une capacité d'hospitalisation restent opérationnels, dont un seul hôpital public.
Il faut s'attaquer aux causes de cette crise, a-t-il lui aussi recommandé en soulignant que « des progrès durables nécessitent des efforts plus larges, notamment en matière de sécurité, de stabilité politique et d'investissements soutenus dans les services essentiels ».
Le recours systématique au viol et à la violence sexuelle pour punir et terroriser la population, en particulier dans les zones contestées par des gangs rivaux, est odieux, a dénoncé le Danemark. Selon sa déléguée, le recrutement massif d'enfants par des gangs, les forçant en première ligne à subir ou à être témoins de niveaux extrêmes de violence, est également répréhensible.
Cet état de fait a fait dire à plusieurs délégations que le besoin d'établir et respecter l'état de droit est crucial, ainsi que de favoriser un système judiciaire solide.
Cette dernière attaque survient à un moment critique de la transition politique en Haïti, a relevé le Représentant spécial. De son avis, « sans une amélioration des conditions de sécurité, les efforts visant à renforcer la gouvernance, à accélérer le processus politique et à faire avancer les préparatifs électoraux resteront fortement limités et vulnérables aux revers ».
C'est pourquoi, les efforts en matière de sécurité doivent s'accompagner de mesures visant à rétablir l'autorité de l'État, les services de base ainsi que l'activité économique et sociale dans les communautés touchées. Pour M. Ruiz Massieu, la crise en Haïti exige plus que de la détermination; elle exige des résultats.
Cette tragédie exige une réponse coordonnée de la communauté internationale, a renchéri le Mexique qui a précisé qu'« il n'existe pas de raccourcis face aux défis structurels accumulés en Haïti ». Le représentant a exhorté le Conseil à promouvoir un programme de désarmement, de démantèlement et de réintégration dirigé par Haïti, qui tienne compte des réalités sur le terrain, intègre les enseignements tirés de l'expérience et associe les communautés touchées.
Autre représentant de l'hémisphère occidental, l'Argentine a estimé que la dimension économique est tout aussi préoccupante. L'économie haïtienne s'est contractée pour la septième année consécutive en 2025, a souligné la délégation. En plus, la situation s'est encore aggravée par la vulnérabilité d'Haïti face aux catastrophes naturelles.