UNOG - United Nations Office at Geneva

06/11/2026 | News release | Distributed by Public on 06/11/2026 22:16

Face à la montée des discours de haine, l’ONU mise sur les chefs traditionnels

Les génocides ne commencent pas par des massacres. Ils commencent par des mots. Des mots qui divisent, qui désignent des ennemis, qui déshumanisent. Des mots qui circulent d'abord dans les conversations, puis sur les réseaux sociaux, avant parfois de dégénérer en violences bien réelles.

C'est à cette mécanique que les Nations Unies ont décidé de s'attaquer jeudi, à New York, en lançant le Plan d'action de Mascate, un cadre international destiné à renforcer le rôle des dirigeants traditionnels et des peuples autochtones dans la lutte contre les discours de haine, la prévention des crimes de masse et la médiation des conflits.

Le projet part d'un constat simple. Lorsque les tensions s'installent au sein d'une communauté, les premiers à les percevoir ne sont pas toujours les diplomates, les gouvernements ou les organisations internationales. Ce sont souvent les autorités locales, les chefs coutumiers, les responsables communautaires, dont l'influence continue de structurer la vie quotidienne de millions de personnes à travers le monde.

« Les discours de haine constituent une menace grave et croissante pour la paix et la sécurité », a averti le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, lors du lancement du plan. Ils « divisent les communautés, déshumanisent des groupes entiers et préparent le terrain à l'effusion de sang ».

Pour le chef de l'ONU, le danger est d'autant plus grand que ces messages circulent aujourd'hui à une vitesse sans précédent. « Les discours de haine se propagent plus rapidement que jamais », a-t-il estimé, pointant le rôle des plateformes numériques insuffisamment régulées et les risques liés à l'intelligence artificielle.

UN-GLOBE Des dizaines de pays continuent de criminaliser les relations entre personnes de même sexe, certains d'entre eux imposant la peine de mort.

Détecter les signaux avant l'explosion

Le plan d'action présenté jeudi est l'aboutissement d'un processus de consultation engagé en 2022 à Abuja, au Nigeria, puis poursuivi l'année suivante à Mascate, capitale d'Oman, qui a donné son nom à l'initiative. Cette dernière a réuni des représentants autochtones, des autorités traditionnelles, des experts, des gouvernements et plusieurs organisations internationales.

L'objectif n'est pas de créer une nouvelle structure onusienne, mais de bâtir un réseau de prévention plus proche du terrain.

Le plan repose sur l'idée largement admise dans le domaine de la prévention des atrocités, selon laquelle les violences de masse ne surgissent jamais spontanément. Elles sont précédées de signaux d'alerte, parmi lesquels figurent la polarisation des sociétés, la diffusion de rumeurs, la stigmatisation de certaines communautés et l'incitation à la haine.

« Le discours de haine est à la fois un signal d'alarme annonçant l'arrivée de la violence et un catalyseur qui accélère son apparition », a résumé António Guterres.

Dans cette perspective, les chefs communautaires sont présentés comme des acteurs capables d'intervenir avant que les institutions nationales ou internationales ne prennent pleinement la mesure d'une crise naissante. Le document souligne leur connaissance des réalités locales, leur légitimité sociale et leur expérience de la médiation des différends.

L'ONU voit également dans ces responsables des relais potentiels pour déconstruire les rumeurs, combattre les récits de haine et favoriser le dialogue entre groupes rivaux.

© Adobe Stock/Mateusz Les Nations Unies s'inquiètent de plus en plus du rôle des espaces numériques dans la circulation et l'exacerbation des discours de haine.

La bataille des écrans

Le lancement du plan intervient alors que les Nations Unies s'inquiètent de plus en plus du rôle des espaces numériques dans l'exacerbation des tensions.

Sans mentionner de sites particuliers, António Guterres a appelé les États à « demander des comptes aux plateformes numériques » et à imposer davantage de garanties de sécurité aux entreprises technologiques.

Les réseaux sociaux, tels que YouTube, TikTok et Instagram, et les applications de messagerie de type WhatsApp permettent aujourd'hui aux discours haineux et aux appels à la violence de franchir instantanément les frontières, tandis que les outils d'intelligence artificielle offrent de nouveaux moyens de produire et diffuser des contenus trompeurs à grande échelle.

Le Secrétaire général a notamment mis en garde contre les risques pesant sur les enfants et plaidé pour que la sécurité des utilisateurs soit intégrée dès la conception des produits numériques.

Cette préoccupation s'inscrit dans une réflexion plus large menée par l'ONU sur la gouvernance de l'intelligence artificielle (IA) et l'intégrité de l'information, devenue l'un des nouveaux champs de bataille de la prévention des conflits.

ONU Un memorial en l'hommage des victimes du génocide rwandais de 1994, durant lequel près d'un million de Tutsis ont été massacrés en l'espace de 100 jours.

Un pari sur les médiateurs locaux

Au-delà du numérique, le Plan d'action de Mascate mise sur trois leviers : le renforcement des capacités de médiation locale, le développement du dialogue au sein des communautés et la création de partenariats plus étroits entre autorités traditionnelles, gouvernements et organisations internationales.

L'approche traduit une évolution progressive des stratégies de prévention de l'ONU. Longtemps centrées sur les États, elles accordent désormais davantage d'attention aux acteurs locaux capables d'identifier les tensions avant qu'elles ne dégénèrent.

« Votre autorité et votre influence peuvent contribuer à apaiser les tensions avant qu'elles ne s'aggravent », a déclaré António Guterres aux représentants traditionnels et autochtones réunis pour l'occasion au siège de l'organisation.

L'enjeu est considérable. Alors que les conflits se multiplient, que les inégalités se creusent et que la désinformation circule à une vitesse inédite, l'ONU cherche de nouveaux points d'appui pour empêcher que les fractures identitaires ne se transforment en violences.

Le pari du plan est que la prévention ne se joue pas seulement dans les capitales ou les salles du Conseil de sécurité, mais aussi dans les villages, les communautés et les territoires où naissent les tensions. Bien avant que les diplomates, les gouvernements ou l'ONU elle-même ne s'en aperçoivent.

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