UNOG - United Nations Office at Geneva

06/24/2026 | News release | Distributed by Public on 06/24/2026 07:38

Une athlète, un accident, une voix

Petite fille, elle se dit très timide. On la met souvent à l'écart, les garçons affirmant être « plus forts et plus intelligents ». Personne, sauf sa famille, ne croit en elle. Elle devra se battre pour se faire une place dans le sport comme dans la vie.

A force de travail acharné, elle intègre l'équipe suisse d'équitation. Mais sur les terrains de compétition, pas de rémunération : dans les sports individuels, elle le rappelle, « nous ne sommes presque jamais rémunérés ».

S'exprimant lors d'un panel du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies sur « le renforcement des efforts visant à l'autonomisation des femmes et des filles dans et par le sport », Céline van Till a rappelé ce quotidien fait de doutes, mais aussi le parcours de lutte et de persévérance d'une athlète.

A l'entraînement par exemple, le dialogue avec ses entraîneurs personnels et nationaux fonctionne, mais la confiance reste fragile dans un environnement où le bien-être des athlètes passe après les résultats et les gains financiers.

Le corps fracturé, la lutte continue

« Je n'étais pas rémunérée non plus, et j'ai constaté de nettes disparités salariales liées au genre : les entraîneuses ne percevaient pas un salaire équivalent à celui de leurs homologues masculins, malgré des responsabilités et une contribution similaires », a-t-elle affirmé.

Puis tout bascule. Une lésion cérébrale sévère, conséquence d'un accident de sport. Un mois de coma. Elle en sort partiellement tétraplégique : les mains, les jambes, hors d'usage.

La reconstruction s'engage, lente, incertaine. Aujourd'hui encore, le handicap est là, invisible mais tenace : troubles de l'équilibre, de la coordination, vision réduite - « à moitié aveugle », dit-elle.

Athlète de haut niveau en paracyclisme, en para-athlétisme et en para-équitation, elle doit encore « se faire accepter ». Chaque geste coûte plus que pour les autres. Dans l'handisport, rappelle-t-elle, il faut souvent déployer des efforts démesurés uniquement pour exister dans l'arène sportive.

Du titre au respect

Mais l'épreuve ne s'arrête pas au corps. Les performances des personnes en situation de handicap, estime-t-elle, restent trop souvent non reconnues.

Elle évoque le harcèlement, la nécessité permanente de faire ses preuves pour obtenir un minimum de respect et d'égalité.

Ce n'est qu'après des titres européens et mondiaux qu'elle dit avoir commencé à gagner du respect - une reconnaissance loin d'être acquise pour beaucoup d'autres athlètes en situation de handicap. Son objectif, dit-elle : montrer à d'autres filles que, malgré les obstacles, « c'est possible ».

Puis le combat change d'échelle. De là, elle engage un combat pour l'inclusion des femmes et des filles, en particulier celles en situation de handicap. Elle agit dans le sport, en politique et même au sein de l'armée suisse, où elle devient la première officière en situation de handicap.

Élue au Parlement de Genève en 2023, vice-présidente de Handicap International Suisse, elle défend la même idée : donner visibilité et tribunes, et garantir à chacune les mêmes chances d'accès au sport et à la compétition. « Chacun devrait bénéficier des mêmes chances de pratiquer un sport et de participer à des compétitions », a-t-elle fait valoir.

© Conseil des droits de l'homme de l'ONU/ Giorgi Kivirikashvili Awa Dabo, Haut-Commissaire adjointe des Nations Unies aux droits de l'homme, prend la parole lors de la 62e session du Conseil des droits de l'homme.

Exclusion à plusieurs visages

Un constat qui dépasse largement les parcours individuels. En écho à ce poignant témoignage de Céline van Till, la Haut-Commissaire adjointe des Nations Unies aux droits de l'homme rappelle que les minorités dans le sport restent confrontées à des discriminations multiples et croisées. Les filles et les femmes en situation de handicap, mais aussi celles issues de groupes ethniques ou raciaux spécifiques - en particulier les filles et les femmes noires, autochtones ou issues de l'immigration - cumulent les obstacles.

Dans certains pays, les femmes et les filles musulmanes sont exclues de la pratique sportive à cause d'interdictions liées aux tenues religieuses ; ailleurs, c'est l'inverse, avec des vêtements imposés, trop encombrants, qui entravent leurs mouvements.

Les stéréotypes de genre, eux, s'installent dès l'enfance, et déterminent qui est encouragé à concourir ou à diriger. « Lorsque l'on dit aux filles… que le sport [n'est pas pour elles], que la force et l'ambition ne sont pas féminines, ou que leur corps doit être contrôlé plutôt que célébré, leurs choix sont restreints bien avant qu'elles n'atteignent un terrain de sport », souligne Awa Dabo.

Une économie encore inégalitaire

Selon la cheffe adjointe aux droits de l'homme de l'ONU, ces attitudes sapent ainsi la confiance en soi, limitent l'accès à l'entraînement et au soutien, et contribuent à expliquer pourquoi de nombreuses filles abandonnent le sport, en particulier à l'adolescence.

Même lorsque les filles et les femmes trouvent la détermination nécessaire pour progresser dans le sport de haut niveau, elles restent sous-rémunérées et ont moins de chances d'obtenir des parrainages ou d'accéder à des postes à responsabilité. Ainsi, les stéréotypes ne se contentent pas de refléter les inégalités dans le sport ; ils les reproduisent, insiste Mme Dabo.

Certes, le sport féminin professionnel connaît une « expansion rapide » en tant que secteur économique, générant des revenus grâce aux salaires, aux parrainages, à la diffusion télévisée, au merchandising et aux postes de direction. Le sport féminin de haut niveau représentait au moins 2,35 milliards de dollars en 2025.

Cependant, l'accès à ces gains financiers reste très inégal et l'autonomisation économique des femmes et des filles par le sport est nettement moins forte que celle des hommes, a conclu Mme Dabo.

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