01/12/2026 | Press release | Distributed by Public on 01/12/2026 07:17
Le Comité des droits de l'enfant a ouvert ce matin les travaux de sa centième session, qui se tient à Genève jusqu'au 30 janvier, en adoptant son ordre du jour provisoire et son programme de travail.
Ouvrant la session au nom du Secrétaire général des Nations Unies, M. Mahamane Cissé-Gouro, Directeur de la Division du Conseil des droits de l'homme et des mécanismes de traités au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, a notamment fait remarquer que la session se déroulait à un moment très difficile pour les droits de l'homme, et en particulier pour les droits des enfants. Partout dans le monde, les enfants sont de plus en plus touchés par les violations du droit international humanitaire et les défis croissants qui pèsent sur leurs droits fondamentaux. Dans le même temps, le soutien mondial diminue: en 2025, de fortes réductions de l'aide mondiale ont ainsi entraîné la fermeture d'hôpitaux, une pénurie de fournitures d'urgence et la suspension des campagnes de vaccination. « Ensemble, nous pouvons - et nous devons - inverser cette tendance et offrir aux enfants l'avenir qu'ils méritent », a insisté M. Cissé-Gouro.
M. Cissé-Gouro a appelé les gouvernements, les donateurs et tous les partenaires à renouveler d'urgence leur engagement à protéger les droits des enfants, à rétablir les services essentiels et à défendre la Charte des Nations Unies et le droit international. Chaque enfant a le droit à la vie, à l'éducation et à grandir en sécurité et dans la dignité, a-t-il rappelé.
Pour sa part, Mme Sophie Kiladze, Présidente du Comité, a fait remarquer que « la crise des droits humains à laquelle l'on assiste aujourd'hui est inévitablement devenue une crise des droits des enfants ». Les progrès réalisés au cours des dernières décennies sont en effet en train d'être réduits à néant dans de nombreux contextes, tandis que les investissements dans la défense et les dépenses militaires continuent d'augmenter, ce qui est un signe alarmant indiquant que davantage d'enfants pourraient souffrir dans les années à venir, a-t-elle mis en garde.
Au cours de cette séance d'ouverture, le Comité a également entendu des déclarations de représentantes du Comité africain d'experts sur les droits et le bien-être de l'enfant, du Haut-Commissariat aux droits de l'homme, du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et de Child Rights Connect.
Le Secrétariat du Comité a précisé que quatre rapports avaient été reçus depuis la précédente session, ce qui porte à 59 le nombre de rapports en attente d'examen. Le nombre total de ratifications de la Convention relative aux droits de l'enfant reste stable à 196. Les chiffres sont également inchangés pour le Protocole facultatif concernant la vente d'enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants (178 ratifications), pour le Protocole facultatif concernant l'implication d'enfants dans les conflits armés (173 ratifications), de même que pour le Protocole facultatif établissant une procédure de présentation de communications (plaintes individuelles) (53 ratifications).
Pendant cette session, le Comité doit notamment examiner les rapports présentés par les Maldives, le Ghana, l'Ouganda, le Pakistan, l'Éthiopie, la Colombie, l'Espagne et la Malaisie concernant l'application de la Convention relative aux droits de l'enfant, de même que le rapport présenté par le Pakistan au titre du Protocole facultatifconcernant la vente d'enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants. Le Comité tiendra, de plus, un dialogue informel avec les États parties le jeudi 29 janvier à 15 heures.
La documentation relative à cette session, y compris les rapports soumis par les États, est disponible sur la page dédiéedu site web du Haut-Commissariat.
Cet après-midi, à 15 heures, le Comité entamera l'examen du rapport des Maldives.
Déclarations d'ouverture
La centième session du Comité a été ouverte par M. MAHAMANE CISSÉ-GOURO, Directeur de la Division du Conseil des droits de l'homme et des mécanismes de traités au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, qui s'exprimait au nom du Secrétaire général des Nations Unies.
M. Cissé-Gouro a fait remarquer que la session se déroulait à un moment très difficile pour les droits de l'homme, et en particulier pour les droits des enfants. Partout dans le monde, les enfants sont de plus en plus touchés par les violations du droit international humanitaire et les défis croissants qui pèsent sur leurs droits fondamentaux. Dans le même temps, le soutien mondial diminue : en 2025, de fortes réductions de l'aide mondiale ont ainsi entraîné la fermeture d'hôpitaux, une pénurie de fournitures d'urgence et la suspension des campagnes de vaccination.
Les conséquences sont alarmantes. L'UNICEF estime que 4,5 millions d'enfants de moins de cinq ans pourraient perdre la vie en raison de la réduction des services essentiels. D'ici la fin 2026, six millions d'autres pourraient être contraints de quitter l'école. La malnutrition aggrave cette crise: en 2024, 150 millions de jeunes enfants souffraient d'un retard de croissance et 42,8 millions souffraient de cachexie, ce qui compromettait leur capacité à grandir, à apprendre et à survivre.
Aucun enfant ne devrait mourir de causes évitables, a insisté M. Cissé-Gouro. Pourtant, aujourd'hui, des millions d'enfants sont confrontés à des risques croissants liés aux conflits, aux changements climatiques, à la pauvreté, aux inégalités et à la faim. Sans une action urgente, les décès évitables et les séquelles à vie continueront, a-t-il alerté.
M. Cissé-Gouro a appelé les gouvernements, les donateurs et tous les partenaires à renouveler d'urgence leur engagement à protéger les droits des enfants, à rétablir les services essentiels et à défendre la Charte des Nations Unies et le droit international. Chaque enfant a le droit à la vie, à l'éducation et à grandir en sécurité et dans la dignité. « Ensemble, nous pouvons - et nous devons - inverser cette tendance et offrir aux enfants l'avenir qu'ils méritent», a demandé M. Cissé-Gouro.
M. Cissé-Gouro a indiqué que le Haut-Commissariat lancerait, ces prochains mois, une Alliance mondiale pour les droits humains - une initiative de grande envergure et à long terme visant à replacer les droits humains au cœur du leadership politique, du débat public et de la vie quotidienne. L'Alliance mondiale réunira les gouvernements, la société civile, les jeunes, les artistes, les scientifiques, les entreprises, les organisations philanthropiques et l'ensemble du système des Nations Unies afin de défendre les droits humains, d'inspirer une action collective et de renforcer l'écosystème mondial des droits humains. Son objectif est de renouveler la promesse de la Déclaration universelle des droits de l'homme et de construire un monde dans lequel la responsabilité, la dignité et la justice définissent les relations entre les personnes et les institutions.
M. Cissé-Gouro a insisté sur le fait que si le travail du Comité n'a jamais été aussi important, les organes conventionnels étaient cependant confrontés à des contraintes sans précédent. En 2025, plus de 30% du temps de réunion a été perdu, ce qui a entraîné des retards importants et l'annulation d'examens d'États parties. En 2026, on s'attend à ce que la situation en matière de ressources reste extrêmement difficile, avec de nouvelles réductions des ressources liées aux postes et des ressources non liées aux postes: «cela signifie moins de temps de réunion, moins de résultats et, malheureusement, moins d'impact », s'est inquiété M. Cissé-Gouro.
MME SOPHIE KILADZE, Présidente du Comité des droits de l'enfant, a relevé qu'au cours de ses quelque trente-cinq années d'existence et cent sessions, le Comité avait examiné plusieurs centaines de rapports soumis par les États parties à la Convention et à ses protocoles facultatifs; émis des milliers de recommandations; préparé vingt-six observations générales; publié de nombreuses déclarations; mené des enquêtes; adopté des décisions individuelles; et convoqué un grand nombre d'événements publics et privés visant à promouvoir l'enfant en tant que titulaire de droits.
Le succès, a fait remarquer Mme Kiladze, doit toutefois être évalué à l'aune d'une question essentielle : «Que signifie ce travail pour les enfants du monde entier?» En effet, malgré les efforts collectifs et les engagements fermes, les souffrances de millions d'enfants restent inimaginables. Dans toutes les régions, sans exception, on assiste à de graves violations des droits consacrés par la Convention et ses Protocoles facultatifs. Des enfants sont tués et mutilés dans des conflits armés; soumis aux pires formes d'abus, d'exploitation et de discrimination; exposés à des dangers nouveaux et en constante évolution dans l'environnement numérique, notamment ceux liés à l'intelligence artificielle; et touchés de manière disproportionnée par la dégradation de l'environnement et les changements climatiques.
« La crise plus générale des droits humains à laquelle l'on assiste aujourd'hui est inévitablement devenue une crise des droits des enfants », a fait remarquer la Présidente. Les progrès réalisés au cours des dernières décennies sont en train d'être réduits à néant dans de nombreux contextes, tandis que les investissements dans la défense et les dépenses militaires continuent d'augmenter, ce qui est un signe alarmant indiquant que davantage d'enfants pourraient souffrir dans les années à venir, a-t-elle mis en garde.
Autres déclarations
MME SABRINA GAHAR, Présidente du Comité africain d'experts sur les droits et le bien-être de l'enfant, a d'abord salué l'ouverture de la centième session du Comité, estimant que «cent sessions d'engagement, de dialogue et de surveillance soutenus témoign[ai]ent du rôle indispensable du Comité dans la promotion et la protection des droits de l'enfant à l'échelle mondiale». Cependant, a relevé Mme Gahar, ce moment de célébration s'inscrit dans un contexte mondial profondément préoccupant, alors que, dans toutes les régions du monde, les enfants continuent de supporter un fardeau disproportionné de crises dont ils ne sont pas responsables.
Les conflits armés persistent et s'intensifient, exposant les enfants à des meurtres, des mutilations, des déplacements, des séparations familiales et la destruction d'écoles, d'établissements de santé et de communautés. Les changements climatiques ne sont plus une menace future, mais une réalité présente qui porte atteinte aux droits des enfants à la santé, à l'alimentation, à l'eau, à l'éducation et à un environnement sûr, en particulier pour les enfants d'Afrique et d'autres régions qui ont le moins contribué à la crise, a souligné Mme Gahar.
Ces défis, a-t-elle ajouté, se posent à un moment où le système multilatéral mondial est soumis à de fortes tensions. L'affaiblissement de la coopération internationale, le rétrécissement de l'espace civique, l'érosion de la confiance dans les institutions multilatérales et la fragmentation géopolitique croissante entraînent des conséquences directes et profondes sur la protection des droits des enfants. Lorsque le multilatéralisme est ébranlé, les enfants sont souvent les premiers à perdre en visibilité, en priorité et en protection, a insisté Mme Gahar.
Dans ce contexte, a-t-elle indiqué, le Comité africain d'experts est fermement convaincu que la solidarité n'est pas facultative, mais essentielle. Il plaide pour une meilleure collaboration entre les organes conventionnels, les États, les agences des Nations Unies, les mécanismes régionaux, les organisations de la société civile, les institutions nationales des droits de l'homme, les universitaires, les praticiens et, surtout, les enfants eux-mêmes.
Mme Gahar a mis en avant le protocole d'accord récemment signé entre le Comité des droits de l'enfant des Nations Unies et le Comité africain d'experts sur les droits et le bien-être de l'enfant, en vue de formaliser et d'approfondir la coopération entre les deux organes.
MME IMMA GUERRAS, représentante du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme a indiqué que le Conseil des droits de l'homme tiendrait, en mars prochain, une réunion annuelle d'une journée sur les droits de l'enfant qui s'appuiera sur un rapport du Haut-Commissaire concernant les violations des droits de l'enfant dans les conflits armés. La réunion traitera des thèmes suivants: la prévention et la protection contre les violations des droits des enfants dans les conflits armés; et le rétablissement et la réintégration des enfants touchés par les conflits. Une nouvelle résolution du Conseil des droits de l'homme sur les droits de l'enfant dans les conflits armés devrait être adoptée à la même session en mars, a ajouté Mme Guerras.
La représentante a également fait savoir que la première session du groupe de travail intergouvernemental à composition non limitée chargé d'étudier la possibilité d'un protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant concernant l'éducation s'était tenue en septembre 2025. Quelque 8000 enfants et jeunes âgés de 3 ans et plus, provenant de 40 pays de cinq régions et d'horizons divers, ont contribué à la préparation de la première session par le biais de consultations, de soumissions individuelles et de lettres. Un rapport d'étape sera présenté à la soixante-deuxième session du Conseil des droits de l'homme.
Mme Guerras a par ailleurs salué le rôle joué par le Comité dans l'élaboration de la Déclaration commune sur les droits de l'enfant et l'intelligence artificielle, qui sera présentée officiellement le 19 janvier au siège de l'Union internationale des télécommunications à Genève. Elle a en outre fait savoir que le Haut-Commissariat préparait une étude sur l'impact des problèmes de santé mentale sur la jouissance des droits humains par les jeunes, qui sera présentée au Conseil des droits de l'homme en septembre 2026.
MME ANNE GRANDJEAN, représentante du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), a relevé que 2025 avait été une année exceptionnellement difficile pour les enfants du monde entier, avec notamment la convergence sans précédent de crises et d'une réaction contre les droits de l'enfant menaçant des décennies de progrès durement acquis. Les réductions de l'aide étrangère, à un moment où les besoins sont sans précédent, mettent en danger des millions de vies et compromettent les protections inscrites dans les normes internationales relatives aux droits de l'homme, et notamment la Convention relative aux droits de l'enfant, a-t-elle souligné.
Dans ce contexte, a poursuivi la représentante, l'UNICEF a entrepris d'importantes réformes internes, notamment une réduction de 25% des ressources affectées aux autres dépenses au siège et dans les bureaux régionaux, le transfert de services depuis New York et Genève vers des lieux moins coûteux, et la consolidation de certains bureaux régionaux. Ces changements aideront l'UNICEF à atteindre les objectifs ambitieux de son Plan stratégique 2026-2029.
Afin de renforcer ses capacités internes, a poursuivi la représentante, l'Unité des droits de l'homme de l'UNICEF a élaboré un nouveau cours: «Ce que nous défendons: les principes essentiels des droits de l'enfant». Le cours analyse les droits des enfants, l'impact transformateur de la Convention, les défis à relever pour réaliser ces droits et les principes à appliquer pour promouvoir et défendre les droits des enfants.
Au cours des derniers mois, a fait savoir la représentante, l'UNICEF a continué à soutenir l'élaboration de l'observation générale n°27 du Comité sur «le droit des enfants à accéder à la justice et à un recours effectif», notamment en fournissant des ressources pour la rédaction par des experts et l'élaboration d'une version du projet adaptée aux enfants. Le Fonds a par ailleurs achevé la mise à jour du Manuel de mise en œuvre de la Convention relative aux droits de l'enfant, sa présentation étant prévue en fin d'année.
La représentante a souligné l'importance, dans le contexte actuel, des mécanismes des droits de l'homme, y compris le Comité, pour guider les États et les tenir responsables. Elle a fait part de sa préoccupation devant l'annulation probable de la troisième session du Comité en 2026.
Enfin, MME ROSSELLA URRU, Directrice par intérim de Child Rights Connect, a elle aussi fait part de sa préoccupation devant l'annulation répétée de réunions du Comité et d'autres organes conventionnels. Elle a indiqué que, face à cette situation préoccupante, son organisation avait mobilisé la société civile, notamment par le biais d'une lettre commune publiée en août dernier, signée par près de 150 organisations de la société civile et adressée au Secrétaire général des Nations Unies et aux États Membres.
Mme Urru a insisté sur le fait qu'en période de crise, la coopération entre les organes conventionnels et la société civile était cruciale. À cet égard, en collaboration avec TB-Net, le réseau d'ONG qui soutient l'engagement de la société civile auprès des organes conventionnels, Child Rights Connect a demandé que soient prises plusieurs mesures, notamment garantir un minimum de prévisibilité dans la programmation des sessions du Comité, malgré l'incertitude financière actuelle; réintroduire les modalités de participation hybrides; et maintenir les réunions entre la société civile et le Comité, sous la forme, par exemple, d'une réunion annuelle hybride avec la société civile.
Mme Urru a d'autre part fait savoir que son organisation était prête à commencer à élaborer la version adaptée aux enfants de l'observation générale n°27 du Comité sur le droit des enfants à accéder à la justice et à un recours effectif dès que ce texte aura été adopté. Par ailleurs, a-t-elle ajouté, Child Rights Connect contribuera, en mars 2026, à la journée annuelle de débat au Conseil des droits de l'homme sur les droits de l'enfant, déjà mentionnée.
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