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01/15/2026 | Press release | Archived content

Inondations : faut-il dompter nos rivières

Chaque année, les images de quartiers sous l'eau, de routes fermées et d'habitant·es désemparées refont surface sur nos écrans. Et avec elles, un flot d'idées reçues et de fausses solutions inondent les plateaux télés, les prises de paroles politiques et les conversations à table. Elles freinent la mise en œuvre de véritables solutions pour prévenir les inondations et protéger les populations.

Faut-il vraiment dompter nos rivières en les canalisant pour éviter les catastrophes ? Les digues nous protègent-elle des inondations ? Les inondations sont-elles une fatalité face au changement climatique ? Où ont lieu les inondations ?

FNEdécrypte pour vous 7 idées reçues à démonter une à une pour mieux construire un avenir résilient, fondé sur la science et sur la nature !

7 idées reçues sur les inondations décryptées

Idée reçue n°1 : « Les inondations sont causées par un manque d'entretien de la rivière »

FAUX

Ce n'est pas le manque d'entretien qui provoque les inondations, mais à l'inverse l'intervention humaine peut parfois produire des effets contre-productifs !

Si les inondations peuvent être dramatiques, les crues sont des phénomènes naturels nécessaires au bon fonctionnement des milieux aquatiques (migration des poissons, rechargement des nappes phréatiques etc.). Les dégâts matériels et humains interviennent quand l'inondation rencontre les activités humaines.

Pour s'en prémunir, certaines interventions comme le curage intensif vise à augmenter la capacité d'accueil du lit de la rivière en creusant en profondeur. Mais creuser, fragilise l'écosystème, détruit les habitats aquatiques et déstabilise les berges ce qui conduit souvent à … l'aggravation du risque d'inondation. Ce n'est pas la profondeur du lit mais le débit qui est en cause.

En 2023 dans le Pas-de-Calais, un épisode d'inondations dévastateur a plongé 265 communes dans un état de catastrophe naturelle. Le rapport officiel suite à l'évènement est formel : le manque d'entretien n'est pas en cause, c'est bien l'ampleur des précipitations qui est responsable. À Valence en Espagne, des inondations ont eu des conséquences dramatiques qui ont été très médiatisées en octobre 2024. Pourtant, la municipalité avait aménagé un nouveau lit de 12 kilomètres pour contourner l'agglomération et se prémunir des inondations. Contraindre le fleuve ou la rivière n'a pas pu protéger les populations.

  • La solution : Plutôt que de creuser en profondeur, il faut élargir. En préservant les zones naturelles inondables autours de la rivière, on leur donne plus d'espace ce qui permet de répartir l'eau, de la laisser s'infiltrer et d'éviter les catastrophes.

Idée reçue n°2 : « Les digues protègent durablement contre les inondations »

PAS VRAIMENT

Les digues peuvent contenir l'eau un temps, mais elles déplacent le risque en aval. Quand le débit est trop fort, les digues peuvent céder brutalement créant des dégâts considérables sous la pression libérée. Par ailleurs, les digues donnent souvent un faux sentiment de sécurité, incitant à urbaniser ou construire dans des zones inondables, ce qui accroît la vulnérabilité.

Exemple dans le Morbihan en 2024 où la digue d'un étang privé a cédé entraînant la formation d'un torrent inondant 7 maisons ou encore en Saône et Loire en 2021 où une digue anti-crue a cédé.

  • La solution : Utiliser les digues avec discernement et uniquement en complément de politiques de prévention, de restauration des milieux et de limitation de l'urbanisation en zone inondable.

Idée reçue n°3 : « Canaliser les rivières permet d'évacuer l'eau plus vite et évite les inondations »

TROMPEUR

Canaliser les rivières accélère l'écoulement de l'eau, augmente la hauteur des crues et déplace le problème vers le bas du bassin versant. Cela détruit aussi la biodiversité et réduit la capacité naturelle de régulation.

  • La solution : Ralentir, répartir, infiltrer. Dans la commune de Saint-Rémi les Chevreuse, l'Yvette était canalisée en hauteur par rapport à son lit naturel. À la suite d'une opération de restauration, la rivière a retrouvé le fond de vallée ce qui permet désormais de déborder en période de crue dans un espace naturel limitant les risques pour la ville.

Idée reçue n°4 : « Avec le changement climatique, on ne pourra plus lutter contre les dégâts des inondations »

ON POURRA, MAIS CE SERA PLUS COMPLIQUÉ

Le changement climatique aggrave certains phénomènes (orages plus intenses, augmentation des précipitations maximales journalières, épisodes méditerranéens…). Selon Météo France, le réchauffement climatique s'est déjà traduit par une hausse de 12 % de l'intensité des pluies extrêmes par rapport aux années 1960 et une augmentation de 10 % à 15 % de ces mêmes pluies intenses est prévue à l'horizon 2050.

Toutefois, ce sont surtout nos choix d'aménagement du territoire qui transforment ces épisodes en catastrophes lorsque les inondations touchent des personnes, des biens ou des infrastructures mal protégés.

  • La solution : Adapter nos territoires au changement climatique grâce aux solutions fondées sur la nature. En moyenne, 25% des eaux pluviales sont retenues dans le sol grâce aux arbres et à la désimperméabilisation (Ademe, 2018). Il est urgent de désimperméabiliser et de restaurer les milieux naturels.

Idée reçue n°5 : « Les inondations n'ont lieu qu'à proximité des rivières »

FAUX. ÉTONNANT, NON ?

Il existe plusieurs types d'inondations : le débordement de cours d'eau, les submersions marines, le ruissellement pluvial et la remontée de nappes phréatiques.

En France, 1 personne sur 4 vit en zone inondable par les cours d'eau, la mer, les nappes phréatiques ou les orages. L'Institut national de l'information géographique et forestière a publié en septembre 2025, la première cartographie du risque inondation en France. La carte montre bien que le risque n'est pas l'apanage des vallées ou des bords de rivières, il concerne un large panel de territoires.

  • La solution : Il faut anticiper le risque pour déclencher la gestion de crise suffisamment en amont. Des dispositifs de prévision existent comme le dispositif Vigicrue.

Idée reçue n°6 : « Une crue centennale a lieu tous les cent ans »

PAS VRAIMENT. ON PARLE DE PROBABILITÉ, PAS DE FRÉQUENCE

Une crue centennale n'a pas lieu tous les cent ans mais a une chance sur 100 de se produire chaque année. Il ne s'agit que d'une probabilité !

Les crues sont caractérisées par leur période de récurrence c'est à dire une moyenne du nombre d'années séparant deux évènements de grandeur équivalente. Mais la récurrence de l'évènement n'est pas forcément régulière et l'évènement peut ne pas survenir pendant un délai plus long puis avoir lieu deux fois de façon plus rapprochée.

À Paris par exemple, une crue de grande ampleur a eu lieu en 1910 (8,62 mètres), inondant 20% du territoire parisien. Chaque année elle a une probabilité de 1% de se produire.

La solution : S'appuyer sur des données objectives historiques et scientifiques et non sur la seule mémoire individuelle et se préparer aux risques.

Idée reçue n°7 « Des zones humides pour freiner les inondations ce n'est pas efficace et ça attire les moustiques »

C'EST PLUTÔT L'INVERSE !

Les zones humides sont de véritables tampons, qui permettent de limiter les crues : 1 mètre carré de zones humides peut stocker jusqu'à 1000 litres d'eau. De plus, elles filtrent les polluants, favorisent la biodiversité et stabilisent le climat.

Est-ce qu'elles attirent les moustiques ? C'est plutôt l'inverse. Un milieu humide fonctionnel est équilibré et riche en prédateurs naturels des moustiques (libellules, grenouilles, oiseaux, chauve-souris etc.). Ce sont les eaux stagnantes artificielles (flaques, gouttières bouchées, pot ou bassine au fond fermé) qui engendrent une prolifération.

Aidez-nous à défendre leur protection et à organiser leur restauration !

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À retenir

Les inondations ne sont pas des phénomènes incontrôlables : ce sont nos choix d'aménagement, d'urbanisme et de gestion des milieux naturels qui en déterminent la gravité. Il existe des solutions efficaces, sobres et durables : les solutions fondées sur la nature.

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Pour aller plus loin

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FNE - France Nature Environnement published this content on January 15, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on January 17, 2026 at 23:14 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]