01/14/2026 | Press release | Distributed by Public on 01/14/2026 12:49
Après sa réélection en 2024, Donald Trump avait promis d'être un dictateur "dès le premier jour". En matière de liberté de la presse, il a tenu parole, poursuivant et aggravant la guerre contre les médias qu'il avait engagée lors de sa première campagne présidentielle, au moyen de graves attaques contre l'accès à une information fiable à travers le monde. Reporters sans frontières (RSF), qui recense les "prédateurs de la liberté de la presse" à l'échelle mondiale, a établi une chronologie des assauts menés par son administration contre les médias au cours de l'année écoulée et alerte sur le risque de voir Donald Trump sombrer au niveau des régimes autoritaires.
L'hostilitédu président Trump envers les médias est antérieure à son retour à la Maison-Blanche en 2025. Depuis dix ans, il qualifie les journalistes et les médias avec lesquels il est en désaccord d'"ennemis du peuple"et de "fake news". Ses attaques s'inscrivent dans un contexte plus large de dégradation de l'image des médias auprès du public : selon l'institut Gallup, seuls 28 % des Américainsdisent avoir "beaucoup" ou "assez" confiance dans les médias. Toutefois, au cours de cette première année de second mandat, Donald Trump a associé son historique de rhétorique violente à une série d'actions concrètes qui ont gravement porté atteinte à la liberté de la presse aux États-Unis et dans le monde. Au cours des douze derniers mois, il a censuré des données gouvernementales, démantelé les médias publics américains, instrumentalisé des agences fédérales indépendantes pour punir les médias qui critiquent ses actions, interrompu les financements internationaux en faveur de la liberté de la presse, intenté des poursuites contre des médias qu'il juge défavorables, fait pression pour imposer ses proches à la tête d'autres rédactions, et a pris bien d'autres mesures encore.
Ces actions font écho aux mesures anti-médias prises par des dictateurs impitoyables figurant dans la catégorie "politique" de la liste 2025 des prédateurs de la liberté de la presse, tels que le président Daniel Ortega au Nicaragua ou le président russe Vladimir Poutine. RSF s'inquiète de voir les méthodes de plus en plus autoritaires de Donald Trump atteindre, à terme, des niveaux tout aussi alarmants. La liste des prédateurs de la liberté de la presse met en lumière des tentatives systématiques visant à réduire la presse libre au silence, en désignant les acteurs qui exercent une influence disproportionnée et néfaste sur la liberté de la presse dans cinq catégories : politique, sécuritaire, juridique, économique et sociale. Le président de la Federal Communications Commission (FCC), Brendan Carr, figure déjà sur la liste 2025 dans la catégorie "juridique", tandis que le magnat de la tech Elon Musk, allié de Donald Trump, y apparaît dans la catégorie "économique".
"Les attaques individuelles de Donald Trump contre notre liberté de la presse peuvent facilement se dissoudre dans le flux ininterrompu de l'actualité. Mais lorsqu'on les rassemble, une conclusion s'impose : le président des États-Unis mène une guerre totale contre la liberté de la presse et le journalisme. Donald Trump est un prédateur de la liberté de la presse. Tout article, tout journaliste ou tout média qui lui déplaît devient une cible - et pas seulement à travers des menaces creuses. Lui et son administration se sont employés à punir, enquêter, nuire, priver de financements et vilipender les médias indépendants. La guerre de Donald Trump contre la liberté de la presse a des conséquences dramatiques pour la démocratie américaine et pour l'accès à une information fiable dans le monde entier. Elle doit être stoppée.
Janvier : début explosif du second mandat de Donald Trump
7 janvier- Dans un exemple précoce d'une entreprise qui cède par avance aux menaces de Donald Trump, Meta démantèle son programme de fact-checking. Son PDG Mark Zuckerberg ainsi que plusieurs autres dirigeants de la Big Tech assistent peu après à l'investiture de Donald Trump.
20 janvier- Donald Trump signe un décret "mettant fin à la censure fédérale", supprimant de fait le suivi gouvernemental de la mésinformation et de la désinformation.
22 janvier- Le président de la FCC, Brendan Carr, rétablit des plaintes pour licences précédemment rejetées contre trois grands diffuseurs américains - ABC, CBSet NBC- concernant leur couverture de l'élection de 2024, mais refuse de rétablir une plainte similaire visant la chaîne Fox News, favorable à Donald Trump.
24 janvier- Donald Trump gèle la quasi-totalité de l'aide étrangère, démantelant l'Agence américaine pour le développement international (USAID) et supprimant plus de 268 millions de dollars alloués par le Congrès pour soutenir la liberté de la presse dans le monde. Des médias indépendants à travers la planète sont plongés dans le chaos.
29 janvier- Brendan Carr lance une enquête complète sur les réseaux de médias publics PBSet NPR, venant compléter les efforts politiques visant à réduire leurs financements fédéraux.
Février : sanctions et censure
3 février- L'administration Trump supprime des milliers de pages gouvernementales américaines contenant des informations allant des vaccins au changement climatique.
6 février- Donald Trump impose des sanctions à des responsables de la Cour pénale internationale (CPI) en représailles à leur enquête sur des crimes de guerre commis par les forces israéliennes à Gaza, y compris des attaques visant des centaines de journalistes.
8 février- Donald Trump exige un accord à l'amiable de 20 milliards de dollars de la part de CBSau sujet du montage par la chaîne d'une interview de son adversaire électorale, l'ancienne vice-présidente Kamala Harris.
11 février- La Maison-Blanche interdit à des journalistes d'Associated Press(AP) de couvrir des événements présidentiels en représailles à leur refus d'adopter le nom préféré de Donald Trump pour le golfe du Mexique.
21 février- L'administration Trump licencie des employés chargés de traiter les demandes d'accès à l'information (FOIA), créant des obstacles à l'accès des journalistes à des données essentielles.
25 février- La Maison-Blanche annonce des changements majeurs au sein du pool de presse et déclare qu'elle choisira désormais qui est autorisé à assister aux points presse.
Mars : démantèlement des médias publics américains
14 mars- Donald Trump signe un décret démantelant l'US Agency for Global Media (USAGM), qui supervise l'attribution des financements à plusieurs médias publics américains : Voice of America (VOA), Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL), Middle East Broadcast Networks (MBN), Radio and Television Marti,et Radio Free Asia (RFA). RSF engage rapidement une action en justice pour sauver VOA.
14 mars- Donald Trump accuse sans fondement les médias de "comportement illégal"dans un discours largement perçu comme une incitation au ministère de la Justice à cibler les ennemis présumés de Donald Trump dans la presse.
15 mars- L'administration Trump place l'ensemble du personnel de Voice of America (VOA) en congé administratif, interrompant quasiment toute production d'information.
Avril : nouvelles coupes dans les médias publics
13 avril- Donald Trump commence à sanctionner les cabinets d'avocats qui assurent des missions pro bono qu'il désapprouve, y compris la défense des journalistes.
15 avril- L'administration Trump annonce qu'elle prévoit de réduire les financements de NPRet PBS.
25 avril- Le ministère de la Justice abroge une politique qui empêchait la consultation des relevés téléphoniques des journalistes.
Mai : accès au Pentagone restreint
13 mai- Tous les journalistes des agences de presse se voient interdire l'accès à bord d'Air Force One lors du voyage de Donald Trump au Moyen-Orient.
15 mai- Plus de 500 employés de VOAreçoivent des notifications de licenciement, malgré une injonction judiciaire obtenue par RSF et les co-plaignants, dont des journalistes de VOAet leurs syndicats.
24 mai- Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth limite l'accès des journalistes accrédités au sein du Pentagone, entravant des reportages essentiels sur le siège du ministère de la Défense.
Juin : violences policières contre des journalistes
3 juin- La conseillère principale de l'USAGM, Kari Lake, présente un plan visant à supprimer plus de 900 postes au sein de l'agence.
8 juin- Donald Trump déploie la Garde nationale à Los Angeles à la suite de manifestations contre des raids liés à l'immigration.
14 juin- Le journaliste Mario Guevara est arrêté alors qu'il couvre des opérations anti-immigration à Atlanta, en Géorgie. Bien que les charges contre lui soient abandonnées et qu'il soit ordonné de le libérer, la police locale le transfère au Service de contrôle de l'immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement ou ICE), qui entame une procédure d'expulsion contre lui, malgré son statut légal de travail.
Juillet : un critique de Donald Trump écarté de l'antenne
11 juillet- Un juge délivre une ordonnance restrictive temporaire contre la police de Los Angeles (LAPD) pour usage excessif de la force. Depuis le 6 juin, au moins 70 attaques contre des journalistes ont été signalées.
18 juillet- "The Late Show with Stephen Colbert" n'est pas reconduit après que l'animateur a critiqué l'accord entre la maison mère de CBS, Paramount, et le président Trump, jetant une ombre sur l'indépendance politique de la chaîne.
19 juillet- Donald Trump poursuit le Wall Street Journalà la suite de son article sur ses liens avec le financier déchu et délinquant sexuel Jeffrey Epstein.
Août : restrictions pour les journalistes étrangers
8 août- Le département de Sécurité intérieure propose des restrictions sévères sur les visas des journalistes étrangers aux États-Unis.
26 août- L'ambassadeur nommé par Donald Trump en Turquie, Tom Barrack, demande à des journalistes libanais de "se comporter de façon civilisée"et les accuse d'être "bestiaux" lorsqu'ils posent des questions.
Septembre : une répression alimentée par la mort de Charlie Kirk
17 septembre- Dans un nouveau précédent dangereux en matière de censure, ABCretire de l'antenne l'animateur de talk-show nocturne Jimmy Kimmel après des pressions exercées par le président de la FCC, Brendan Carr, à la suite de propos du présentateur sur la réaction de responsables républicains à la mort de Charlie Kirk.
19 septembre- Le département de la Défense exige que les journalistes signent un serment anticonstitutionnel les engageant à ne publier que des informations "autorisées à être rendues publiques", poussant la grande majorité du pool de presse du Pentagone à quitter les lieux collectivement.
28 septembre- La journaliste Asal Rezaeireçoit une balle au poivre tirée à travers la fenêtre de sa voiture à l'extérieur d'un centre ICE à Broadview, dans l'Illinois. Des agents de l'ICE ont également pointé leurs armes sur des journalistes, et plusieurs autres reporters ont été touchés par des balles au poivre dans les jours suivants.
29 septembre- YouTube, l'une des principales sources d'information pour les Américains, accepte de verser 24,5 millions de dollars pour régler un procès intenté par Donald Trump après la suspension de ses comptes sur les réseaux sociaux à la suite de l'insurrection du 6 janvier 2021.
30 septembre- Un agent de l'ICE agresse deux journalistes à l'extérieur d'un tribunal de l'immigration à New York. L'un d'eux, L. Vural Elibodu média turc Anadolu, est hospitalisé.
Octobre : un journaliste expulsé après des mois derrière les barreaux
3 octobre- Mario Guevara est expulsé vers le Salvador après plus de 100 jours de détention sous la garde de l'ICE.
17 octobre- Donald Trump dépose à nouveau une plainte en diffamation contre le New York Timesà propos de sa couverture de l'élection de 2024.
18 octobre- Des policiers du LAPD attaquent des journalistes lors de la manifestation "No Kings", en violation directe de l'injonction émise en juillet.
28 octobre- Des journalistes sont empêchés de couvrir une audience d'immigration dans le Maryland. L'accès des journalistes aux procédures d'immigration est entravé en raison d'une paralysie de l'administration fédérale.
31 octobre- L'administration Trump restreint l'accès des médias dans l'aile ouest de la Maison-Blanche, interdisant aux journalistes l'accès à une zone du deuxième étage connue sous le nom d'"Upper Press", traditionnellement ouverte aux reporters et aux équipes de communication de la Maison-Blanche.
Novembre : un nouveau site gouvernemental créé pour discréditer des médias
10 novembre- Donald Trump menace de poursuivre la BBCau sujet du montage d'images de l'insurrection menée par des partisans pro-Trump le 6 janvier 2021.
17 novembre- Le département d'État annonce de nouvelles restrictions et règles d'accréditation pour les journalistes tentant d'entrer dans le bâtiment Harry S. Truman.
18 novembre- Donald Trump minimise l'assassinat en 2018 du journaliste Jamal Khashoggi et défend le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane.
18 novembre- Donald Trump crie "Tais-toi, petit cochon !"à la journaliste de BloombergCatherine Lucey. Elle est l'une de ses nombreuses attaques personnelles lancées à plusieurs femmes journalistes tout au long du mois de novembre jusqu'aux premiers jours de décembre.
28 novembre- L'administration Trump lance une page "Hall of Shame"("Mur de la honte") visant divers médias et encourage les citoyens à soumettre des plaintes viaune ligne de signalement administrée par la Maison-Blanche et ciblant les journalistes.
Décembre : un tribunal défié
2 décembre- Donald Trump annonce qu'il fermera des bureaux de VOAà l'étranger, contredisant une ordonnance de retour au travail prononcée par un juge en avril.
10 décembre- Donald Trump s'immisce dans le projet de fusion entre Warner Bros. Discovery, Paramount et Netflix, faisant pression en faveur de la vente de la chaîne d'information CNN.
20 décembre- La rédactrice en chef de CBS, Bari Weiss, retire un sujet sur les expulsions du programme "60 Minutes", suscitant une vive polémique sur la politisation de l'émission.