RSF - Reporters sans frontières

08/25/2026 | Press release | Distributed by Public on 08/26/2026 12:46

Colombie : la musique a remplacé l’information sur la Radio nationale, quel avenir pour le média public

Depuis le 18 août, la radio nationale de Colombie a suspendu ses journaux, bulletins d'information, émissions d'actualité et contenus produits dans les différentes régions du pays, les remplaçant par une programmation essentiellement musicale et centralisée à Bogota, la capitale. Reporters sans frontières (RSF) demande au gouvernement colombien de rétablir immédiatement l'information produite depuis l'ensemble du territoire. Les autorités doivent également garantir que les changements structurels et éditoriaux annoncés préservent la mission de service public, le pluralisme et l'indépendance éditoriale.

Le 17 août, l'entité chargée de gérer les services publics de radio et de télévision en Colombie (Inravision), a envoyé par WhatsApp une instruction aux responsables de la radio publique, Radio Nacional de Colombia, suspendant, "jusqu'à nouvel ordre", les informations, bulletins, programmes d'information et décrochages régionaux.

Cette suspension intervient, quelques semaines après l'élection du nouveau président d'extrême droite Abelardo de la Espriella, dans le cadre de la réorganisation annoncée le 16 août par la ministre des Technologies de l'information et des Communications (MinTIC), Alexandra Falla, et la directrice générale d'Inravision, Angela Mora, qui ont affirmé vouloir démanteler ce qu'elles ont qualifié d'"appareil de propagande" et procéder à un examen des contenus et des contrats.

Le 22 août, les deux entités qui supervisent la radio nationale (le MinTIC et Inravision), ont présenté les résultats d'une enquête en cours sur des contrats conclus chez Inravision sous l'administration précédente, dédiés au paiement de publicités et de contenus numériques pendant la campagne électorale. Elles ont également indiqué qu'Inravision avait demandé l'accompagnement du ministère public colombien (Procuraduria General de la Nacion) et de la Cour des comptes (Contraloria General de la Republica). S'il appartient à ces organismes de déterminer s'il existe des irrégularités et d'éventuelles responsabilités, cela ne justifie pas le maintien de la suspension des programmes d'information. Le lendemain, le 23 août, le Défenseur du peuple, l'institution chargée de la défense des droits humains, a demandé au MinTIC et à Inravisión de réévaluer en priorité la suspension et de prendre les mesures nécessaires pour garantir la continuité des 20 Emisoras de Paz.

"Les médias publics ne sont pas les médias du gouvernement en place : ils doivent être au service des citoyens, au-delà des changements politiques. Leur caractère public exige la continuité du service d'information, le pluralisme, une présence territoriale et l'indépendance éditoriale. Une réorganisation ne peut pas interrompre la circulation des informations produites dans les régions, ni remplacer de manière générale le journalisme par de la musique. Radio Nacional doit reprendre son devoir d'informer depuis tous les territoires et toute transformation doit renforcer, et non interrompre, sa mission de service public. RSF appelle le gouvernement colombien à rétablir sans délai la diffusion des informations produites depuis les régions, à garantir la continuité des 'radios de la paix' (Emisoras de Paz) et à préserver l'indépendance éditoriale du des médias de service public.

Artur Romeu
Directeur du bureau Amérique latine de RSF

Radio Nacional est diffusée sur 74 fréquences, dont 20 Emisoras de Paz, stations de radio de la paix créées conformément au point 6.5 de l'Accord de paix de 2016 entre l'État colombien et les "Forces armées révolutionnaires de Colombie - Armée du peuple" (FARC-EP) de l'époque. Ces radios publiques ont été installées dans certaines des régions les plus touchées par le conflit afin d'expliquer aux populations les principaux éléments de l'accord et de les tenir informées de l'avancement de sa mise en œuvre. Selon une déclaration conjointe de la Fondation pour la liberté de la presse (FLIP), de la Mission d'observation électorale (MOE) et de l'Association mondiale des radiodiffuseurs communautaires (AMARC), ces programmes d'information touchent plus de 463 000 personnes.

Le 21 août, la journaliste responsable de l'Emisora de Paz d'El Tambo, dans le département du Cauca, Jessica Molano Vivas, a déclaré dans un entretien accordé à Caracol Radio, qu'elle avait transmis des informations concernant la situation de plus de 1 000 habitants qui ne pouvaient pas quitter leurs communautés à Cajibio (Cauca), en raison des tensions sécuritaires entre des dissidents des FARC et les forces publiques. Selon elle, ces informations n'ont pas été diffusées. Consultés par RSF le 24 août, des journalistes d'autres Emisoras de Paz du pays, ont eux aussi confirmé que la mesure était toujours en vigueur et que leurs rédactions ne diffusaient toujours pas de programmes d'information, ni de décrochages régionaux.

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Publié le 25.08.2026
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