10/22/2026 | Press release | Distributed by Public on 10/23/2026 07:53
Deux ans après le début du mandat de Claudia Sheinbaum, le 1er octobre, seuls 27 % des 22 engagements pris par la présidente auprès de Reporters sans frontières (RSF) pour renforcer la liberté de la presse au Mexique ont enregistré une forme de progrès, aucun n'étant significatif. Par ailleurs, encore 18 journalistes ont été tués depuis le début de la mandature actuelle, au rythme d'un par mois depuis début 2026. Lors d'une réunion avec RSF, le 21 octobre, la secrétaire à l'Intérieur, Rosa Icela Rodríguez, a reconnu les retards dans la mise en œuvre de ces engagements et réaffirmé la volonté du gouvernement d'accélérer leur application.
Dans le cadre d'une mission au Mexique, une délégation de RSF menée par son le directeur général, Thibaut Bruttin, a rencontré, le 21 octobre, la secrétaire à l'Intérieur, Rosa Icela Rodríguez, afin de lui présenter le bilan des deux premières années du mandat de Claudia Sheinbaum, au regard des 22 engagements pris par la présidente auprès de RSF en 2024.
L'analyse souligne la persistance des violences contre la presse, avec 18 journalistes tués au cours des deux premières années du mandat, ainsi que l'absence de politiques préventives dont la mise en œuvre puisse être vérifiée dans les zones à haut risque et le manque d'avancées substantielles en matière de protection et de lutte contre l'impunité. Parmi les progrès constatés figurent la formation de fonctionnaires aux mesures de protection et l'abrogation du délit de calomnie dans l'État de Zacatecas.
Face à ce constat, la secrétaire à l'Intérieur a reconnu les retards dans la mise en œuvre des engagements pris auprès de RSF et réaffirmé la volonté du gouvernement d'accélérer leur application. En présence de Ruth Zenteno López, responsable du Parquet fédéral spécialisé dans les atteintes à la liberté d'expression (FEADLE), et de Tobyanne Ledesma Rivera, directrice générale du Mécanisme fédéral de protection des journalistes et des défenseurs des droits humains, la ministre a appelé à avancer sur deux priorités. D'une part, elle a demandé au FEADLE un examen individualisé des affaires de journalistes assassinés, afin d'identifier les obstacles à leur élucidation et de faire avancer la lutte contre l'impunité. D'autre part, elle a appelé à accélérer la décentralisation des politiques de protection des journalistes, en renforçant les capacités des États fédérés à répondre aux menaces.
La lutte contre l'impunité a également été au cœur d'une rencontre avec la procureure générale de la République, Ernestina Godoy, qui a pris deux engagements concrets auprès de RSF : renforcer la formation des membres du ministère public aux enjeux de la liberté de la presse, notamment dans les parquets des États fédérés, et inscrire cette question à l'ordre du jour d'une prochaine session, en 2027, de la conférence des procureurs généraux, qui réunit les responsables des parquets des 32 entités fédérées.
"L'assassinat répété de journalistes locaux au Mexique est une des tragédies du journalisme en ce début de 21e siècle, au même titre que le ciblage de journalistes à Gaza par les forces armées israéliennes. Cette violence intolérable doit déclencher une action politique déterminée et des politiques publiques efficaces. Le fait que le gouvernement mexicain reconnaisse les retards et réaffirme sa volonté d'agir est un signal important. Mais après deux ans de mandat, les engagements doivent désormais se traduire par des résultats concrets. La persistance des meurtres de journalistes et de l'impunité montre le besoin de renforcer les politiques de prévention, de protection et de justice. Les échanges avec les autorités ouvrent des perspectives de travail que RSF entend suivre de près, avec une exigence claire : des avancées vérifiables pour garantir aux journalistes la possibilité d'exercer leur métier en sécurité.
L'analyse de RSF révèle que les progrès enregistrés au cours des deux premières années du gouvernement de Claudia Sheinbaum n'ont pas suffi à transformer les conditions d'exercice du journalisme au Mexique qui est le pays qui connaît la plus longue série de meurtres de journalistes dans un pays en paix depuis 20 ans. Sur les 22 engagements évalués, un seul a connu une évolution positive, cinq ont enregistré des avancées insuffisantes, dix n'ont présenté aucune avancée substantielle vérifiable, deux ont subi un recul institutionnel et quatre n'ont pas pu être évalués faute d'informations suffisantes.
Parmi les engagements phares :
Les rencontres nationales des autorités chargées de la protection, organisées en août 2025 et en septembre 2026, ont constitué des initiatives positives pour renforcer la coordination entre les institutions fédérales et étatiques, sans toutefois se traduire par des changements structurels. La persistance des agressions et les assassinats de journalistes survenus après que les victimes avaient signalé des menaces montrent que la coordination institutionnelle ne se traduit toujours pas par une réponse préventive efficace. Bien que le budget du Mécanisme ait augmenté nominalement d'environ 6,7 % entre 2025 et 2026, la principale avancée identifiée concerne la formation de fonctionnaires des entités fédérées : 386 agents publics ont bénéficié d'une formation sur les mesures préventives de protection.
Aucune stratégie durable visant à promouvoir une culture de respect du journalisme n'a été identifiée. Parallèlement, la fermeture de l'Institut national de la transparence, de l'accès à l'information et de la protection des données personnelles (INAI), en décembre 2024, et le transfert de ses fonctions vers une nouvelle institution liée au pouvoir exécutif ont affaibli les garanties d'indépendance en matière d'accès à l'information publique.
Entre juillet 2010 et juin 2026, le FEADLE a ouvert 1 909 enquêtes sur des infractions visant des journalistes, mais seules 53 ont abouti à des condamnations. Parmi celles-ci, 11 seulement concernent des meurtres de journalistes. Selon les donnés de RSF, 99 % des meurtres de journalistes n'ont pas été entièrement élucidés : 168 sur 169 n'ont pas abouti à l'identification du commanditaire ou du mobile, soit moins de 1 % de résolution des crimes. Dans son rapport remis au gouvernement Sheinbaum, RSF a également alerté sur la baisse du nombre de procureurs et de fonctionnaires spécialisés dans les questions de liberté de la presse, ainsi que sur le démantèlement de la structure organisationnelle qui existait jusqu'au début de l'année 2026.
L'une des rares avancées concrètes a été l'abrogation du délit de calomnie dans l'État de Zacatecas, approuvée le 16 septembre 2026.
Pour évaluer la mise en œuvre des 22 engagements pris par la présidente Claudia Sheinbaum en 2024, RSF a élaboré une échelle distinguant six catégories : avancées significatives ; mise en œuvre partielle avec évolution positive ; mise en œuvre partielle avec des avancées insuffisantes ; absence d'avancées substantielles vérifiables ; recul institutionnel ; et informations insuffisantes.
L'analyse distingue les annonces, les initiatives, les mesures effectivement mises en œuvre et les résultats vérifiables. Elle différencie également les problèmes structurels préexistants des actions ou omissions imputables au gouvernement au cours de la période évaluée, et examine les engagements principalement au regard des compétences et des responsabilités de l'exécutif fédéral. Lorsque les documents disponibles ne permettent pas d'établir de manière étayée le niveau de mise en œuvre, l'évaluation signale explicitement l'insuffisance des informations, sans attribuer de résultats qui ne peuvent être vérifiés.