09/30/2026 | Press release | Distributed by Public on 10/01/2026 08:29
La campagne de haine contre les réalisateurs du film documentaire "Naza", le journaliste du média israélien "+ 972" Yuval Abraham, et la journaliste indépendante Rachel Szor continue. Mais outre les menaces de mort et les intimidations par des manifestants, le gouvernement lui-même les menace de leur retirer la nationalité israélienne. Reporters sans frontières (RSF) exprime sa solidarité avec les journalistes, dont le film dévoile des témoignages de soldats israéliens sur les crimes commis par l'armée à Gaza, et alerte contre l'intensification de la répression envers la presse israélienne à l'approche des prochaines élections législatives.
À quelques semaines des élections législatives, prévues le 29 octobre, Benyamin Netanyahou a réitéré sa menace de retirer la nationalité aux journalistes Yuval Abraham et Rachel Szor, réalisateurs du documentaire Naza, déjà émise mi-septembre à l'issue de sa diffusion au Festival du film de Venise. Lors d'une interview accordée au site d'information nationaliste israelien Makor Rishon le 25 septembre, le Premier ministre israélien a alors déclaré : "Le fait de présenter les officiers et le commandement de l'armée israélienne comme des criminels de guerre nous cause un préjudice indicible [...] Lorsque ça vient de l'intérieur, c'est simplement insupportable", a estimé le dirigeant, visé par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et responsable, selon RSF, du massacre de plus de 200 journalistes par son armée, dont au moins 63 dans l'exercice de leurs fonctions, ce qui est constitutif d'un crime de guerre. "C'est comme si des dizaines de missiles balistiques avaient été tirés sur nous. Si on ne retire pas la nationalité pour cela, pourquoi la retire-t-on ?" Ajoute-t-il, répétant ainsi son amalgame dangereux, selon lequel les journalistes - israéliens cette fois - seraient des combattants.
Depuis sa sortie en septembre, ce film, qui révèle des témoignages de soldats israéliens sur des crimes de guerre à Gaza, a provoqué un tollé dans l'opinion publique israélienne. Les réalisateurs sont devenus les cibles d'attaques et de menaces inédites, venant de toutes les couches de la société. Le Premier minsitre israelien avait alors qualifié le film d'"incitation mondiale à l'antisémitisme", et avait promis l'adoption de deux projets de loi ubuesques : un premier qui priverait de leur nationalité les Israéliens à l'étranger qui "diffament" l'armée, et un second qui multiplierait les amendes auxquelles ils sont condamnés.
"Alors que plus de 200 journalistes ont été tués à Gaza par l'armée israélienne, dont au moins 63 ciblés dans le cadre de leur travail, alors que 16 journalistes de Cisjordanie occupée sont actuellement détenus dans des prisons israélienne, alors que la presse internationale est interdite d'accès à Gaza et que la presse israélienne est toujours plus censurée, le gouvernement israélien lance une énième offensive avant les élections, menaçant de législations réprimant le droit à l'information. La cible, cette fois, ces deux reporters israéliens qui révèlent à leur tour les crimes de l'armée dans l'enclave assiégée. RSF exprime sa solidarité avec Yuval Abraham, Rachel Szor et +972. Nous dénonçons les attaques dont ils ont été victimes et condamnons les atteintes incessantes du gouvernement à la liberté de la presse."
Une campagne de violence inédite
La menace du retrait de nationalité aux journalistes avait déjà été prononcée par le ministre de la Culture, Miki Zohar, aux côtés d'autres menaces proférées par des personnalités politiques de tous bords. L'armée, qui a rejeté les allégations révélées dans la film, a quant à elle menacé les réalisateurs de poursuites judiciaires. Pendant ce temps, libre cours fut laissé à ceux qui souhaitaient s'en prendre aux réalisateurs. Des foules devant la maison familiale de Rachel Szor, le 17 septembre, ont réclamé "l'exécution de la traîtresse," par exemple, tandis que des manifestants pro-Netanyahou ont ciblé, eux, la rédaction de +972, employeur Yuval Abraham, harcelant notamment ses collègues. Des graffitis les ont qualifiés de "traîtres", et des tags les calomnient les ont traités de "faux juifs". À la télé, un présentateur de Channel 14, chaine pro-Netanyahou, a encouragé ses téléspectateurs à "persécuter [Yuval et Rachel], les traquer, ne leur laisser aucun répit".
Les élections attisent les tensions
Les attaques contre Yuval Abraham et Rachel Szor sont la plus récente illustration de la pression gouvernementale sur les médias à l'approche des élections législatives du 29 octobre. "Les menaces violentes et la campagne de dénigrement terrifiante sont alimentées par des décennies de campagnes menées par Netanyahou contre les médias," estime la chercheuse Ayala Panievsky, autrice du livre The New Censorship ("La Nouvelle censure"). "Les prochaines élections en Israël ne font qu'attiser davantage les tensions." Quelques jours avant la sortie de Naza, le quotidien Haaretz avait lui aussi provoqué l'ire du Premier ministre. Le journal avait révélé que ce dernier aurait reçu des alertes de la part des Émirats arabes unis, avant les attaques du 7 octobre. Le lendemain, le bureau de Benyamin Netanyahou a démenti et a menacé le média de poursuites en diffamation. Haaretz, l'un des rares journaux israéliens à dénoncer les crimes commis par l'armée à Gaza, a souvent été la cible des partisans du gouvernement : ses locaux ont notamment été vandalisés à deux reprises, et son chroniqueur, Gideon Levy, est fréquemment la cible d'intimidations.
Face aux exactions, une résistance timide
"Autrefois, critiquer l'armée israélienne était acceptable en Israël, estime Ayala Panievsky. Mais c'est devenu le plus grand tabou de la société. Ils ne veulent pas en entendre parler." En effet, face à cette violence, une tribune des journalistes israéliens en soutien à Yuval Abraham et Rachel Szor a recueilli quelques dizaines de signatures, principalement de la part des journalistes indépendants ou les salariés de Haaretz et +972. "Très peu de journalistes qui travaillent pour les grandes chaînes de télévision ont signé", regrette Ayala Panievsky. Elle souligne pourtant une lueur d'espoir : "Quelqu'un a barré le mot "traîtres" sur le graffiti où figuraient les visages de Yuval et Rachel dans la rue. À la place, cette personne a écrit "héros".