IMF - International Monetary Fund

04/14/2026 | Press release | Distributed by Public on 04/14/2026 08:47

La guerre au Moyen-Orient menace la stabilité financière mondiale

Les marchés financiers mondiaux ont commencé l'année 2026 en position de force. Les prix des actifs ont augmenté sur les principaux marchés, la volatilité est restée modérée et les conditions financières s'avéraient accommodantes au regard des tendances historiques. Ce contexte favorable est aujourd'hui menacé par la guerre au Moyen-Orient.

Jusque-là, les marchés ont absorbé le choc de façon relativement résiliente. Les prix des actifs ont fortement baissé, mais le fonctionnement des marchés est demeuré ordonné. Il ne faut toutefois pas trop se fier à cette résilience apparente. Elle tient plutôt à des cycles d'escalade et de désescalade, à des améliorations structurelles du système financier et à l'absence de net revirement préjudiciable qui aurait entraîné des baisses prolongées sur les marchés.

Correction des prix et fonctionnement ordonné du marché

Les marchés mondiaux ont réagi rapidement au déclenchement des hostilités. Les prix des actions ont baissé, les rendements des obligations souveraines ont augmenté et la volatilité s'est accrue dans toutes les classes d'actifs, sous l'effet du renchérissement de l'énergie et du regain d'incertitude concernant l'inflation.

Il est important de noter que cet ajustement s'est déroulé de manière assez ordonnée, sans signes de tensions aiguës sur la liquidité ni de graves problèmes de financement chez les institutions financières et les investisseurs.

De fait, cette capacité à amortir les chocs grâce aux prix constitue une caractéristique fondamentale des marchés résilients. Elle facilite le partage des risques entre les investisseurs et préserve le processus de détermination des prix, essentiel pour assurer une allocation efficace des capitaux. Jusqu'à présent, les marchés de financement à court terme et les infrastructures de base des marchés ont facilité la réévaluation des actifs.

Les conditions financières se sont durcies depuis le début du conflit, mais elles restent bien loin du niveau de restrictivité atteint lors des précédentes périodes de turbulences mondiales. Par rapport aux crises précédentes, il existe encore une marge de sécurité considérable. Dans le même temps, l'ajustement relativement modeste observé jusqu'à présent montre aussi que les marchés n'ont pas encore pleinement intégré les scénarios défavorables.

Les anticipations d'inflation sont le principal canal de transmission du conflit aux marchés. Le renchérissement de l'énergie a fait grimper les points morts d'inflation et les rendements dans les pays avancés et émergents. Les courbes de rendement se sont aplaties : les taux à court terme ont augmenté davantage que les taux à long terme.

Ce tableau fait clairement apparaître le difficile environnement auquel sont confrontées les banques centrales. Alors que les risques d'inflation à court terme se sont fortement accrus, la politique monétaire doit rester axée sur la stabilité des prix. En même temps, plus la guerre se prolonge, plus elle nuit à la croissance économique et aux marchés du travail ; l'aplatissement de la courbe des rendements, s'il se poursuit, pourrait en être une manifestation. Dans ce contexte, clarté de la communication, crédibilité, indépendance institutionnelle et resserrement en temps voulu, le cas échéant, sont essentiels pour ancrer les anticipations.

Mise en lumière des nouveaux facteurs de vulnérabilité financière

La remontée des rendements a remis l'accent sur les risques liés à la dette publique. De nombreux pays avancés s'engagent dans cet épisode avec un endettement élevé et une marge de manœuvre budgétaire limitée. Compte tenu de la transformation de la composition des investisseurs - la part des banques centrales diminuant au profit de celle des investisseurs non bancaires sensibles aux prix - les rendements obligataires souverains pourraient réagir plus vivement aux chocs inflationnistes que par le passé.

Les pays émergents sont plus exposés à ces évolutions. Les valorisations élevées avant le choc et la prédominance croissante des flux d'investissements de portefeuille en titres de dette et des stratégies de portage ont accru leur sensibilité à l'appétence mondiale pour le risque. La résilience s'est certes renforcée au cours de la dernière décennie dans de nombreux pays, mais les facteurs de vulnérabilité demeurent importants dans ceux qui présentent des besoins de financement extérieur élevés ou dont la base d'investisseurs est instable.

Mécanismes d'amplification

Les principaux risques pour la stabilité financière ne résident pas dans le choc initial lui-même, mais dans les mécanismes d'amplification susceptibles de transformer la volatilité des marchés et les ventes massives en tensions plus fortes. L'endettement élevé dans certains segments du secteur financier non bancaire, la concentration accrue sur les marchés boursiers et les écarts de crédit historiquement faibles concourent tous à augmenter le risque d'apparition soudaine de ventes forcées ou de problèmes de liquidité, sous l'effet d'appels de marge et de garantie.

Le crédit privé est un domaine à surveiller de près. Son poids dans l'ensemble de l'économie et du système financier a augmenté sous l'effet de l'essor rapide du crédit direct, alors que l'opacité, les pratiques de valorisation, les opérations de financement à court terme adossées à des actifs à long terme, ainsi que la hausse des défauts de paiement posent des défis. Ces facteurs de vulnérabilité n'ont pas encore été mis à l'épreuve par un choc défavorable, mais le simple fait qu'ils existent signifie que le système est plus exposé qu'auparavant, même si les marchés ont continué de fonctionner de façon ordonnée jusqu'à présent.

Des marges de manœuvre limitées, mais différenciées

Outre la politique monétaire, d'autres grands domaines de l'action publique disposent aussi d'une marge de manœuvre inégale. Ainsi, la politique budgétaire est restreinte par un endettement élevé et des déficits persistants. En revanche, la politique de stabilité financière s'avère moins contrainte. Les banques centrales ont réduit leurs bilans, se dégageant ainsi une certaine latitude pour acheter des actifs si nécessaire, et les dispositifs de gestion de crise et de soutien à la liquidité sont plus solides que par le passé. Des mesures prudentielles ciblées, une surveillance rigoureuse, des tests de résistance efficaces et des outils de liquidité bien conçus peuvent également être mis en œuvre.

Ne pas faire de prédictions, mais se préparer

L'expérience de ces derniers mois rappelle qu'il ne faut pas confondre résilience et absence de tensions. Le prix élevé des actifs, la persistance des incitations à la prise de risque et le renforcement des canaux d'amplification font que les risques restent orientés à la baisse, même si les corrections ont été ordonnées jusqu'à présent sur les marchés.

La tâche des décideurs politiques n'est donc pas de prédire le prochain choc, mais de s'assurer que les facteurs de vulnérabilité sont atténués et que le système reste capable d'absorber les tensions sans les amplifier. Face aux chocs récurrents sur l'offre et à l'intensification des incertitudes géopolitiques, la stabilité financière ne saurait être considérée comme acquise : elle doit être activement préservée.

- Ce billet s'inspire du chapitre 1 de l'édition d'avril 2026 du Rapport sur la stabilité financière dans le monde, « Les marchés financiers mondiaux face à la guerre au Moyen-Orient et aux risques d'escalade ».

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