RSF - Reporters sans frontières

02/26/2026 | Press release | Archived content

​​Équateur : l’escalade des menaces de mort contre des journalistes révèle la volonté des autorités de restreindre, et non de protéger, la presse

Reporters sans frontières (RSF) a documenté quatre cas de menaces de mort contre des journalistes en Équateur entre janvier et février 2026, une hausse alarmante alors qu'un partenaire de RSF en avait recensé trois pour toute l'année 2025. Les menaces - appels téléphoniques et messages directs - surviennent souvent après des reportages sur des réseaux criminels, des irrégularités présumées dans la gestion foncière municipale et d'autres sujets locaux sensibles. Certaines menaces visent même des membres de la famille des journalistes. Cette recrudescence intervient dans un contexte de nouvelles règles restreignant l'accès des médias pour la couverture des événements officiels, suscitant de nouvelles inquiétudes quant à la protection des journalistes et à l'état de la liberté de la presse.

Le 7 février 2026, dans la région andine de l'Équateur, le journaliste indépendant Jonathan David Quezada Castilloa reçu des menaces de mort liées à des publications sur les réseaux sociaux qui lui étaient attribuées. Elles concernaient des plaintes d'habitants de Guaranda, une ville de la province de Bolivar, sur une page Facebook pour laquelle il affirme n'avoir jamais produit de contenu ni assuré l'administration. Ce cas illustre la manière dont la désinformation est souvent utilisée pour alimenter de graves menaces contre les journalistes. Dans ses plaintes déposées auprès du parquet, le journaliste a déclaré avoir reçu un message audio WhatsApp contenant des menaces provenant d'un numéro avec un indicatif colombien et qu'après avoir déposé une première plainte, il a reçu une nouvelle menace de mort visant à la fois lui-même et sa famille. Selon les informations de RSF, le parquet a récemment ouvert une enquête dans cette affaire. En 2024, RSF avait déjà documenté des menacesantérieures contre Jonathan David Quezada Castillo.

À la frontière nord, le 23 janvier 2026, le directeur du média en ligne Llamingo EC, Jonathan Bonifaz, a reçu une menace de mort viaWhatsApp, après avoir publié des informations sur des groupes criminels opérant dans la région. Selon les informations fournies par le journaliste à RSF, des sources proches lui ont indiqué que deux individus avaient été envoyés à Quito, la capitale de l'Équateur, pour le tuer en représailles à son travail. Le journaliste a été contraint de se relocaliser et de garder son lieu de résidence confidentiel, rendant extrêmement difficile la poursuite des enquêtes, dans un territoire marqué par la présence de groupes criminels et la violence transfrontalière. Selon les informations de RSF, une plainte a été déposée auprès du parquet et l'organisation locale Periodistas Sin Cadenas, partenaire de RSF, a fourni un soutien psychologique au journaliste. Toutefois, le mécanisme de protection de l'État reposant fortement sur des critères liés à la localisation, il est difficile de mettre en œuvre des mesures de protection lorsque la personne doit dissimuler son emplacement.

Le 6 janvier 2026, le journaliste Joffre Paredes Ronquillo, présentateur de l'émission "Sin Anestesia" sur la chaîne en ligne KLN, a reçu un message texte sur son téléphone portable l'informant qu'il était surveillé et le menaçant, lui et sa famille. Ce message faisait suite à ses reportages sur des irrégularités présumées dans la gestion foncière dans la ville de La Libertad, sur la côte équatorienne. Selon les informations de RSF, l'affaire a été signalée au parquet et le journaliste a été placé sous un dispositif de protection comprenant un bouton d'alerte, une escorte policière lors de ses déplacements hors de son domicile et des patrouilles quotidiennes de police devant son habitation. Malgré ces mesures de sécurité, son travail a été immédiatement affecté, car il a réduit sa présence dans les espaces publics et limité ses reportages.

De même, le 15 janvier 2026, un journaliste de Radio Salinas, Fernando Muñoz, a été menacé de mort en personne et viaWhatsApp, afin qu'il ne diffuse pas une interview avec un militant portant sur de la corruption présumée dans la vente de terrains dans la ville de Salinas, dans la région de Santa Elena. Les messages ont atteint leur objectif : l'interview a été annulée. Cet épisode d'autocensure a restreint le droit du public à être informé sur une question locale qui le concernait directement. Selon les informations de RSF, l'affaire a été signalée au mécanisme de protection, mais le journaliste a choisi de ne pas déposer plainte et de faire profil bas. Un choix fréquent : les journalistes menacés ne font souvent pas confiance aux institutions étatiques pour les protéger efficacement et craignent qu'un dépôt de plainte formel n'accroisse leur exposition au danger.

"Ces menaces de mort ne sont pas des incidents isolés en Équateur : elles constituent un outil utilisé pour faire taire les enquêtes sur la corruption locale, les économies illégales et le crime organisé. L'impact est immédiat : le traitement médiatique diminue à mesure que les journalistes s'autocensurent et fuient même les zones où ils travaillent pour des raisons de sécurité. La réponse de l'État demeure insuffisante, et sa capacité à enquêter et à prévenir ces attaques est encore affaiblie par des décisions officielles qui restreignent l'accès de la presse à l'information publique. RSF appelle les autorités équatoriennes à renforcer d'urgence les systèmes de protection des journalistes menacés et à enquêter sur ces affaires - notamment par des analyses techniques des messages, des enregistrements audio et des numéros de téléphone - afin de garantir que les responsables soient identifiés et sanctionnés. L'organisation avertit également que l'adoption de mesures restrictives contre la presse fait peser un risque grave sur l'accès du public à l'information, dans un pays déjà confronté à une augmentation préoccupante des menaces contre les journalistes.

Artur Romeu
Directeur du bureau Amérique latine de RSF

Menacés et restreints

Cet environnement de travail hostile pour les journalistes est aggravé par les restrictions croissantes imposées à la presse par l'État. Le 28 janvier 2026, les forces armées ont émis un document interne, consulté par RSF, établissant des règles pour déterminer quels journalistes et quels médias sont autorisés à couvrir leurs événements officiels, en filtrant les médias selon leur ligne éditoriale et leurs publications antérieures, et en permettant l'exclusion de ceux qui, selon les militaires, "portent atteinte"à l'image de l'institution. Bien que la mesure ne soit pas actuellement en vigueur, comme l'ont indiqué publiquementles forces armées, son adoption et son annonce mettent en lumière l'apathie du gouvernement face à l'affaiblissement de la liberté de la presse dans le pays.

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Publié le26.02.2026
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