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UNOG - United Nations Office at Geneva

01/21/2026 | Press release | Distributed by Public on 01/21/2026 07:03

Examen de la Colombie au CRC : les experts saluent les mesures visant à garantir les droits des mineurs, mais relèvent que des défis persistent s’agissant notamment du[...]

Le Comité des droits de l'enfant (CRC, selon l'acronyme en anglais) a examiné hier après-midi et ce matin le rapport présenté par la Colombie au titre de la Convention relative aux droits de l'enfant.

Au cours du dialogue noué entre les experts membres du Comité et la délégation colombienne venue soutenir ce rapport, une experte a salué les réformes juridiques, l'adoption de politiques publiques, la création d'institutions et l'adoption d'autres mesures visant à garantir les droits des mineurs en Colombie.

L'experte a cependant relevé que des défis importants persistaient, tels que les inégalités, la violence structurelle et la violence sexuelle, la pauvreté infantile ainsi que la mise en œuvre inégale de l'accord de paix de 2016, qui a créé des vides de pouvoir dans les zones rurales où des groupes armés persistent. Elle a relevé la persistance du problème du recrutement d'enfants par des groupes criminels.

L'experte a également fait état d'inégalités dans la manière dont les politiques publiques bénéficient aux enfants en Colombie, dans un contexte où la pauvreté est un « état de fait structurel », a-t-elle fait remarquer. Elle a insisté sur l'importance de donner des pouvoirs aux autorités locales pour trouver des solutions aux problèmes observés, en particulier s'agissant de la violence contre les enfants.

Relevant pour sa part que 20% des enfants issus des communautés autochtones ne sont pas enregistrés à l'état civil, un autre membre du Comité a recommandé que des services mobiles soient déployés pour assurer l'enregistrement de toutes les naissances. Il a aussi constaté que les villes de Medellín et Bogotá étaient très touchées par le problème du travail forcé et de l'exploitation d'enfants immigrés.

Un autre expert a dit avoir été frappé, lors d'une visite en Colombie, par les difficultés que les enfants de certains quartiers éprouvent à accéder à des soins de santé de qualité. Cet expert a d'autre part salué le travail de désinstitutionnalisation des enfants handicapés mené en Colombie, mais il a fait remarquer que les enfants ayant un handicap intellectuel ou psychosocial étaient placés d'office dans des institutions et non dans des familles d'accueil.

Tous les enfants n'accèdent pas au système scolaire colombien dans les mêmes conditions d'égalité: en particulier, les enfants handicapés n'ont pas suffisamment accès à une éducation inclusive, a quant à elle regretté une experte.

Des préoccupations ont aussi été exprimées s'agissant de la vulnérabilité de certains enfants, en particulier les enfants autochtones, face au problème du recrutement forcé.

Présentant le rapport de son pays, M. Gustavo Gallón Giraldo, Représentant permanent de la Colombie auprès des Nations Unies à Genève, a notamment indiqué que la période sous examen avait été marquée par l'adoption de plus de trente lois, dont beaucoup en réponse directe aux recommandations du Comité. La Colombie a ainsi adopté des réformes institutionnelles qui visent à garantir une prise en charge rapide et adaptée sur l'ensemble du territoire national, en intégrant des approches différenciées afin de reconnaître la diversité ethnique, culturelle et territoriale, ainsi que les besoins spécifiques des enfants et des adolescents handicapés, victimes de violence, migrants ou déplacés.

M. Gallón Giraldo a également mentionné les démarches faites pour appliquer le Code de l'enfance et de l'adolescence. Il a indiqué que le Gouvernement avait augmenté les investissements publics dans l'enfance ainsi que dans les systèmes d'information et de statistiques, et pris des mesures pour éradiquer toutes les formes de violence à l'encontre des enfants.

La délégation colombienne était également composée, entre autres, de plusieurs représentants des Ministères des affaires étrangères, de la justice, des arts, cultures et savoirs, et de la santé et de la protection sociale. Étaient aussi représentés le Département national de la planification et l'Institut colombien de protection de la famille.

Au cours du dialogue, la délégation a notamment souligné que la Colombie avait mobilisé des ressources pour mieux protéger les enfants contre la violence, avec notamment la création d'un système de justice familiale. Elle a fait état d'un recul, depuis dix ans, du nombre de cas de violence contre les enfants et adolescents en Colombie.

La délégation a par ailleurs précisé que les autorités défendaient un modèle social et non plus médical du handicap et privilégiaient la prise en charge des enfants handicapés par des familles d'accueil, une minorité de jeunes handicapés étant placée dans des institutions classiques.

Le Comité adoptera ultérieurement, à huis clos, ses observations finales sur le rapport de la Colombie et les rendra publiques à l'issue de sa session, le 30 janvier prochain.

Cet après-midi, à 15 heures, le Comité entamera l'examen du rapport de l'Espagne.

Examen du rapport de la Colombie

Le Comité est saisi du document valant sixième et septième rapports périodiques de la Colombie (CRC/C/COL/6-7) ainsi que des réponses du pays à une liste de points à traiter qui avait été soumise par le Comité.

Présentation

Présentant le rapport de son pays, M. GUSTAVO GALLÓN GIRALDO, Représentant permanent de la Colombie auprès des Nations Unies à Genève, a d'abord assuré que la Colombie appréciait grandement le travail accompli par le Comité, ainsi que les recommandations qu'il formule; en effet, a-t-il souligné, ces recommandations ont orienté les réformes normatives et les politiques publiques essentielles du pays pour combler les lacunes historiques qui ont affecté les enfants et les adolescents en Colombie.

Le Représentant permanent a indiqué que la période sous examen, soit entre 2016 et 2025, avait été marquée par l'adoption de plus de trente lois, dont beaucoup en réponse directe aux recommandations du Comité. La Colombie a ainsi adopté des réformes institutionnelles qui visent à garantir une prise en charge rapide et adaptée sur l'ensemble du territoire national, en intégrant des approches différenciées afin de reconnaître la diversité ethnique, culturelle et territoriale, ainsi que les besoins spécifiques des enfants et des adolescents handicapés, victimes de violence, migrants ou déplacés.

M. Gallón Giraldo a également mentionné les démarches faites pour appliquer le Code de l'enfance et de l'adolescence. Il a indiqué que le Gouvernement avait augmenté les investissements publics dans l'enfance de même que dans les systèmes d'information et de statistiques, et pris des mesures pour éradiquer toutes les formes de violence à l'encontre des enfants.

M. Gallón Giraldo a ensuite souligné que le Gouvernement colombien avait accompli des progrès importants dans la généralisation du système préscolaire et dans la scolarisation primaire. Le Gouvernement s'emploie à faire en sorte que les enfants bénéficient des infrastructures nécessaires ainsi que d'enseignants qualifiés, a-t-il insisté.

Le Représentant permanent a en outre fait état de progrès en matière de vaccination et de lutte contre la mortalité infantile. De plus, a-t-il ajouté, avec le concours du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), la Colombie se penche sur la manière de protéger les enfants contre les effets des changements climatiques.

Le chef de délégation a d'autre part assuré que son Gouvernement partageait les préoccupations du Comité s'agissant de l'augmentation du recrutement, de l'utilisation et de l'exploitation d'enfants et d'adolescents dans le conflit armé, et en particulier de la violence sexuelle dont sont encore victimes les filles et les femmes dans ce cadre.

L'objectif du Gouvernement, a conclu le Représentant permanent, est de progresser dans la recherche de solutions qui le rapprochent de la garantie universelle des droits pour tous les enfants et adolescents en Colombie.

Questions et observations des membres du Comité

Le Comité avait chargé une équipe spéciale (ou groupe de travail) composée de plusieurs de ses membres de procéder à l'examen du rapport de la Colombie : Mme Rosaria Correa, M. Rinchen Chophel, Mme Hynd Ayoubi Idrissi et M. Philip Jaffé.

Coordonnatrice de cette équipe, MME CORREA a d'abord salué les réformes juridiques, l'adoption de politiques publiques, la création d'institutions et l'adoption d'autres mesures visant à garantir les droits des mineurs en Colombie. Elle a relevé que, dans le même temps, des défis importants persistaient, tels que les inégalités, la violence structurelle et la violence sexuelle, la pauvreté infantile, l'accès aux services, la crise climatique, et la mise en œuvre inégale de l'accord de paix de 2016, qui a créé des vides de pouvoir dans les zones rurales où des groupes armés persistent.

L'experte a fait état d'inégalités dans la manière dont les politiques publiques bénéficient aux enfants en Colombie, dans un contexte où la pauvreté est un « état de fait structurel », a-t-elle fait remarquer. Mme Correa a insisté sur l'importance de donner des pouvoirs aux autorités locales pour trouver des solutions aux problèmes observés, en particulier s'agissant de la violence contre les enfants.

Mme Correa a demandé ce qui était fait pour mieux protéger les enfants contre la violence et contre l'exploitation des enfants sur Internet.

Il n'est pas toujours possible d'enquêter sur les plaintes déposées pour violations graves commises par des militaires sur des enfants dans les régions touchées par le conflit armé, a par ailleurs regretté l'experte.

Mme Correa a par la suite demandé si la Colombie entendait ratifier le troisième Protocole facultatif se rapportant à la Convention, qui institue une procédure de plainte individuelle devant le Comité.

M. CHOPHEL a voulu savoir pourquoi 20% des enfants issus des communautés autochtones ne sont pas enregistrés à l'état civil. Il a estimé que les enfants migrants en Colombie étaient classés en différentes catégories de manière arbitraire et discriminatoire, et a recommandé que des services mobiles soient déployés pour assurer l'enregistrement de toutes les naissances.

Plusieurs raisons, notamment le conflit, rendent difficile l'exercice de la liberté de réunion pacifique, a en outre fait remarquer M. Chophel.

L'expert a lui aussi voulu savoir comment les enfants étaient protégés contre les risques dans le monde numérique.

M. Chophel a prié la délégation de dire ce qui serait fait pour lutter contre le travail forcé et l'exploitation d'enfants immigrés, en particulier dans les villes de Medellín et de Bogotá qui, a fait observer l'expert, sont très touchées par ce problème.

M. Chophel a par la suite demandé ce qu'il en était des mesures prises pour faire cesser le recrutement d'enfants par des groupes armés ou par les forces militaires colombiennes.

MME AYOUBI IDRISSI s'est enquise de l'impact des programmes d'accompagnement psychosocial et de parentalité positive mis en place par l'État, et de ce qu'il en était des protocoles de prise en charge d'enfants migrants non accompagnés en Colombie.

L'experte a salué le fait que le Gouvernement privilégie la désinstitutionnalisation des enfants privés de milieu familial. Elle a demandé comment les enfants placés en famille d'accueil étaient suivis et a voulu savoir ce qu'il en est de la réglementation des adoptions en Colombie.

Mme Ayoubi Idrissi s'est ensuite enquise de l'impact des mesures de soutien aux familles pauvres et à leurs enfants mises en place par l'État.

L'experte s'est également enquise des dispositions prises par l'État pour que tous les enfants aient accès au préscolaire. Tous les enfants n'accèdent pas au système scolaire colombien dans les mêmes conditions d'égalité, a fait remarquer Mme Ayoubi Idrissi: en particulier, les enfants handicapés n'ont pas suffisamment accès à une éducation inclusive, a-t-elle souligné.

Mme Ayoubi Idrissi a reconnu que la Colombie avait accompli des progrès en matière d'éducation, mais elle a relevé qu'une grande proportion d'enfants de 10 ans éprouvaient toujours des difficultés à lire un texte simple.

M. JAFFÉ a demandé si le Gouvernement colombien disposait de statistiques précises sur la situation des enfants handicapés lui permettant de pouvoir prendre des décisions éclairées, et s'est enquis de l'objectif du Gouvernement en matière de désinstitutionnalisation des jeunes handicapés.

L'expert a dit avoir été frappé, lors d'une visite en Colombie, par les difficultés que les enfants de certains quartiers éprouvent à accéder à des soins de santé de qualité, en particulier à cause d'un manque de psychologues et de psychiatres spécialisés dans les hôpitaux et dans l'ensemble du système de protection de l'enfance. Il s'est enquis des mesures prises pour remédier à ce problème, en particulier pour les communautés autochtones et afro-colombiennes.

M. Jaffé a par ailleurs indiqué que de nombreux enfants lui avaient fait part de leurs difficultés à accéder à l'eau et à l'assainissement. L'expert a d'autre part demandé ce qui était fait pour réglementer les substituts du lait maternel et les aliments ultra-transformés commercialisés à destination des enfants.

M. Jaffé a salué le travail de désinstitutionnalisation des enfants handicapés mené en Colombie. Il a toutefois fait remarquer que les enfants ayant un handicap intellectuel ou psychosocial étaient placés d'office dans des institutions, et non dans des familles d'accueil.

Une autre experte a constaté que les enfants autochtones étaient les plus exposés au problème du recrutement forcé en Colombie.

D'autres membres du Comité ont fait part de préoccupations s'agissant de la vulnérabilité de certains enfants face au problème du recrutement forcé. Il a par ailleurs été demandé si le Gouvernement colombien luttait contre les violences sexuelles perpétrées sur des enfants par des militaires et par des membres du clergé; et dans quelle mesure les défenseurs des droits de l'environnement en Colombie pouvaient s'acquitter de leurs missions.

D'autres questions ont porté sur les mesures prises pour prévenir et sanctionner les agressions sexuelles contre des enfants colombiens. Il a aussi été demandé si la Colombie avait l'intention de réglementer l'intelligence artificielle.

Réponses de la délégation

La délégation a d'abord indiqué que des mesures avaient été prises pour combler les écarts dans l'allocation des dépenses, biens et services publics entre le niveau national et celui des territoires. L'approche est centrée sur une priorisation des besoins des municipalités et autres collectivités où des écarts sont constatés, en particulier dans les régions confrontées au conflit. Quelque 39% des dépenses publiques sont actuellement délégués aux pouvoirs locaux, à charge pour eux d'améliorer l'accès l'eau et à la santé, par exemple : cela a entraîné une amélioration perceptible au profit des enfants, a expliqué la délégation. Le pouvoir central a conclu des « Pactes territoriaux » pour remédier concrètement aux effets du conflit armé dans les régions concernées, a-t-elle ajouté.

S'agissant en particulier du comblement des écarts en matière de pauvreté, la délégation a fait état d'un recul à 24%, en 2025, du taux de pauvreté multidimensionnelle, soit une baisse de 14 points de pourcentage depuis quelques années. Elle a aussi mentionné des progrès dans la lutte contre la mortalité infantile.

La délégation a insisté sur le recul considérable de la pauvreté et de la pauvreté extrême en Colombie depuis plusieurs années.

La Colombie a mobilisé des ressources pour mieux protéger les enfants contre la violence, avec notamment la création d'un système de justice familiale, l'introduction de mesures d'accompagnement ou encore l'ouverture de 103 unités de protection de l'enfance dans tout le pays, a poursuivi la délégation. Elle a fait état d'un recul, depuis dix ans, du nombre de cas de violence contre les enfants et adolescents en Colombie. Les autorités veillent à ce que les enfants victimes de préjudices soient indemnisés, le Gouvernement accordant la priorité à la prise en charge des victimes, notamment des victimes de violences sexuelles.

La délégation a précisé que le Défenseur de la famille - instance instituée par le système de justice familiale susmentionné - avait pour mission, entre autres, de faire respecter les droits des enfants victimes de violences sexuelles et de la traite des êtres humains.

Dans les municipalités qui ne disposent pas de structures adaptées, le ministère public gère des centres d'accueil pour enfants confrontés à la violence familiale, a par la suite indiqué la délégation.

Actuellement, a précisé la délégation, les autorités recensent quelque 180 000 enfants et adolescents victimes de violence sexuelle, représentant 62% de toutes les victimes de violences sexuelle en Colombie. Le Code de procédure pénale a été modifié afin d'adapter la procédure aux besoins des enfants qui portent plainte et, parallèlement, un programme de prévention est mené dans les écoles, a indiqué la délégation.

Plusieurs religieux auteurs d'agressions sexuelles ont été poursuivis et condamnés par la justice, a par ailleurs indiqué la délégation.

S'agissant de l'accès à la justice, la délégation a notamment souligné que les fonctionnaires étaient formés pour tenir compte des besoins des enfants et des adolescents dans le système judiciaire.

La délégation a ensuite précisé que la Constitution de 1991 avait introduit un mécanisme permettant aux enfants et aux adolescents de saisir directement la justice par le biais d'un tuteur. L'utilité de ce mécanisme, qui donne effet aux droits des enfants, est bien reconnue en Colombie, a assuré la délégation.

Les jeunes en conflit avec la loi bénéficient toujours, en Colombie, d'une approche pédagogique, d'une justice réparatrice et, autant que possible, de mesures alternatives à la détention, a expliqué la délégation. Chaque adolescent concerné est suivi par un plan de prise en charge individualisé, des mesures étant prises pour qu'il puisse finir son éducation et, à terme, s'insérer dans la société, a-t-elle précisé. Pour les délinquants mineurs, la privation de liberté est décidée uniquement dans les cas les plus graves, a par la suite insisté la délégation.

Elle a par ailleurs précisé que le Gouvernement avait pris les mesures nécessaires pour que les femmes détenues dans les prisons de haute sécurité du pays puissent voir leurs enfants au moins une fois par mois.

Malheureusement, l'Accord de paix de 2016 n'a pas été complètement appliqué, a poursuivi la délégation. Ainsi, le conflit s'est subdivisé en huit sous-conflits qui sévissent dans autant de régions, avec des violations des droits de l'homme et des incidences directes pour les droits des enfants et des adolescents, ainsi que pour les droits des peuples autochtones. Face à cette forte agitation, le Gouvernement a dû décréter l'état d'exception dans une province, a rappelé la délégation.

Le Gouvernement a adopté des stratégies pour prévenir les violences, y compris sexuelles, commises par des militaires contre de jeunes membres de certains peuples autochtones, a d'autre part indiqué la délégation.

Le Gouvernement a par ailleurs élaboré une nouvelle stratégie pour prévenir le recrutement - voire l'enlèvement - de jeunes dans le conflit armé. Cette stratégie tient compte des dynamiques actuelles: le Gouvernement a ainsi fait fermer des comptes TikTok et d'autres médias sociaux utilisés pour tromper des enfants, a précisé la délégation. Les enfants recrutés par les factions armées sont désormais considérés comme des victimes; ils bénéficient notamment, à ce titre, de prestations matérielles et d'une aide au retour dans leur famille, a-t-il été précisé.

La délégation a ensuite précisé que les autorités s'efforçaient de prévenir le recrutement d'enfants par des groupes armés, et que cinq régions très exposées au recrutement de mineurs étaient prioritaires pour l'action du Gouvernement. Le recrutement, qui se fait beaucoup par le biais des médias sociaux, vise en particulier les jeunes paysans et autochtones, a indiqué la délégation.

Contre ce recrutement, le Gouvernement applique une stratégie sur cinq ans impliquant dix-neuf instances regroupées au sein d'une commission intersectorielle. Une sensibilisation intensive, par les moyens de communication numérique, est menée en direction des adolescents, portant sur les dangers qu'ils courent aux mains des recruteurs. De nombreuses initiatives contre le recrutement sont aussi organisées au niveau communautaire, engageant de nombreux acteurs, y compris les femmes autochtones, a ajouté la délégation.

Depuis 2023, le Gouvernement peut activer une « alerte rose » à l'échelle nationale pour lancer des recherches afin de retrouver des femmes ou des jeunes disparus. Plusieurs ministères et autres institutions de l'État, coordonnés par le ministère public, sont impliqués dans ces recherches, a fait savoir la délégation.

La délégation a ensuite rappelé que son pays assistait depuis un certain temps à un flux migratoire important en provenance du Venezuela. Le Gouvernement a passé des « protocoles d'accord en matière de migration » avec plusieurs pays du continent afin, notamment, que chaque enfant puisse être inscrit à l'état civil pour éviter les situations d'apatridie et bénéficier, si nécessaire, d'un regroupement familial. De très nombreux enfants ont été inscrits à l'état civil rétroactivement, a souligné la délégation.

L'État est conscient de la grande vulnérabilité des enfants migrants face à des risques tels que l'exploitation, a ensuite souligné la délégation. Après avoir recensé les différents risques, le Gouvernement a mis en place un plan de protection et de prise en charge destiné à garantir les droits des jeunes concernés, en particulier ceux des migrants non accompagnés, a-t-elle fait valoir. Tous les enfants et adolescents migrants en Colombie jouissent des mêmes droits que les jeunes Colombiens, a précisé la délégation.

Les jeunes Vénézuéliens reçoivent des permis de séjour temporaire, a poursuivi la délégation. Les jeunes nés en Colombie de parents vénézuéliens, même lorsqu'ils sont en situation irrégulière, ont le droit d'être inscrits à l'état civil colombien, a-t-elle ajouté.

La délégation a aussi décrit les activités des unités mobiles chargées par l'état civil d'aller enregistrer les naissances dans les régions reculées du pays.

Les chiffres de l'exploitation d'enfants restent stables depuis plusieurs années en Colombie, a indiqué la délégation, avant de préciser que ce problème touche particulièrement les filles, qui représentent 85% des victimes. Les autorités s'inspirent des expériences de pays voisins pour s'attaquer au problème; ce faisant, elles mettent notamment l'accent sur la prévention et sur une meilleure coordination de l'action publique.

La police a créé une équipe d'agents chargés de la recherche des enfants victimes d'exploitation et de traite, a ajouté la délégation.

La délégation a par ailleurs souligné que le Code de l'enfance et de l'adolescence prévoyait plusieurs modalités concernant la consultation des jeunes et leur participation à la prise de décisions les concernant, y compris à l'école.

Après les mouvements sociaux de 2021, les autorités ont introduit des protocoles régissant le comportement à adopter par les forces de l'ordre face aux jeunes qui prennent part à des manifestations, a d'autre part fait savoir la délégation.

Quelque 38% des adoptions en Colombie sont des adoptions internationales, chaque procédure étant surveillée et coordonnée par les autorités, a indiqué la délégation.

Un projet de loi sur la gestation pour autrui, en particulier sa dimension commerciale, est à l'étude, a par ailleurs fait savoir la délégation.

La délégation a ensuite indiqué que la Colombie appliquait une politique centrée sur l'inclusion et l'autonomisation des enfants handicapés. L'État investit, en particulier, dans des aménagements raisonnables dans le secteur de la santé ainsi que dans la prise en charge complète des jeunes autistes. Il s'efforce aussi de lever les obstacles administratifs liés à l'obtention du certificat de handicap.

Les autorités, qui défendent un modèle social et non plus médical du handicap, privilégient la prise en charge des enfants handicapés par des familles d'accueil ou par le biais de quelque 35 000 « espaces d'accueil » adaptés à leurs besoins, a en outre souligné la délégation. Une minorité de jeunes handicapés est placée dans des institutions classiques, a-t-elle ajouté.

Il a par la suite été précisé que le processus de désinstitutionnalisation en Colombie ne concernait pas seulement les enfants handicapés, mais aussi tous les enfants concernés par une procédure de restitution de leurs droits et qui doivent pouvoir, dans ce cadre, rester ou revenir dans leur famille. L'État prend des mesures pour mettre les familles concernées en mesure d'assumer leurs responsabilités et, plus généralement, pour renforcer l'environnement de protection des enfants, a souligné la délégation.

En matière de santé, le Gouvernement renforce les prestations de base par le biais d'équipes d'experts sanitaires, comprenant des psychologues, qui fournissent des services dans les régions reculées. La santé mentale des enfants et des adolescents est prioritaire pour le système sanitaire colombien, a-t-il été précisé: les jeunes à risque sont ainsi identifiés et dirigés vers des services spécialisés. Des mesures sont aussi prises pour prévenir le suicide et la consommation de stupéfiants parmi les jeunes.

La stratégie nationale pour l'environnement jusqu'en 2030 tient compte des droits et besoins des enfants dans ce domaine, tout en prévoyant leur participation, a par ailleurs indiqué la délégation.

En ce qui concerne l'éducation, la délégation a indiqué qu'entre 2019 et 2024, quelque 500 000 enfants supplémentaires avaient été scolarisés en maternelle et dans le primaire. Elle a donné des précisions concernant les taux d'inscription à l'école des enfants appartenant à certains groupes ethniques. Elle a aussi fait état du triplement des fonds destinés au système étendu de cantines scolaires.

Des enfants sont associés à la conception des programmes scolaires, lesquels tiennent compte du droit des enfants de jouer et de bénéficier de loisirs, a par ailleurs indiqué la délégation.

La délégation a d'autre part mentionné l'adoption d'une politique de gestion du risque et des urgences en milieu scolaire. Elle a également attiré l'attention sur les progrès accomplis, en matière de doctrine des forces armées, pour prévenir l'utilisation d'installations scolaires à des fins militaires.

« La Colombie avance d'un pas ferme vers le développement technologique du pays », a d'autre part indiqué la délégation, précisant que cette démarche s'accompagnait d'une stratégie de sensibilisation à l'intelligence artificielle auprès des élèves des écoles.

Enfin, la délégation a fait savoir que la Colombie avait lancé, en 2024, une procédure de consultation relative à une ratification du troisième Protocole facultatif à la Convention, qui institue une procédure de plainte devant le Comité.

Remarques de conclusion

MME CORREA a relevé que la Colombie s'était dotée d'un cadre institutionnel robuste, ayant notamment permis des progrès en matière d'accès à la justice, mais que persistaient des problèmes tels que le recrutement d'enfants par des groupes criminels ou encore la pauvreté. L'experte a recommandé que la Colombie façonne un véritable système de protection des droits humains et adopte des politiques qui prennent en compte la sécurité et le bien-être des enfants et des adolescents.

M. GALLÓN GIRALDO a cité un rapport de la Commission de la vérité au sujet des causes et des effets du conflit armé sur les enfants colombiens dans un contexte où, notamment, les écoles ont été prises pour cible par les groupes armés et où des milliers d'enfants et d'adolescents ont été empêchés d'apprendre. Il a insisté sur le fait que son Gouvernement entendait de tout cœur venir à bout du recrutement d'enfants qui se poursuit aux mains de groupes armés.

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Ce document produit par le Service de l'information des Nations Unies à Genève est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel.

Les versions anglaise et française de nos communiqués sont différentes car elles sont le produit de deux équipes de couverture distinctes qui travaillent indépendamment.

CRC26.005F

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