09/24/2026 | Press release | Distributed by Public on 09/24/2026 09:36
Ce 23 septembre, le journaliste d'investigation Ravi Nair s'est vu refuser sa libération, alors qu'il est détenu depuis le 17 septembre dans la prison centrale de Sabarmati, dans l'État du Gujarat pour une affaire de diffamation au pénal déposée par l'entreprise Adani Enterprises Limited. Reporters sans frontières (RSF) alerte sur un acharnement judiciaire contre le journaliste d'investigation, visé par plusieurs procédures judiciaires liées à son travail d'investigation sur le vaste conglomérat indien dirigé par le milliardaire Gautam Adani.
En Inde, enquêter sur le groupe Adani peut conduire un journaliste en prison. Pour le journaliste d'investigation indépendant Ravi Nair, c'est l'aboutissement d'une affaire qui remonte à septembre 2021, lorsque Adani Enterprises Limited (AEL) a engagé une procédure pénale en diffamation contre lui à propos d'une série de 17 posts diffusées sur X entre octobre 2020 et juillet 2021. Ces messages relayaient notamment des articles de presse tels ceux du média indépendant NewsClick, du Guardian ou du site indépendant sri-lankais Newsfirst, dont quatre de ses propres enquêtes, et des informations déjà publiques.
Le 10 février 2026, un tribunal de Mansa l'a condamné au pénal pour diffamation à un an de prison. Ravi Nair a fait appel devant la haute cour du Gujarat et obtenu, le 9 mars, la suspension de sa peine et sa remise en liberté sous caution. À une audience du 3 septembre, pour laquelle il avait demandé une dispense de comparution pour raisons médicales, le juge a refusé la dispense et émis un mandat d'arrêt sans possibilité de libération sous caution. Le 17 septembre, Ravi Nair s'est présenté en personne devant le tribunal, qui a rejeté sa demande de retrait du mandat d'arrêt et ordonné son incarcération. Le journaliste a saisi la haute cour du Gujarat le 19 septembre pour contester son arrestation et sa détention. Ce mercredi 23 septembre, la haute cour du Gujarat a mis son jugement en délibéré et a rejeté sa demande de libération provisoire. Une nouvelle audience est prévue le 30 septembre 2026 pour examiner sa demande d'annulation du mandat d'arrêt.
""L'arrestation de Ravi Nair alors qu'un appel est en cours contre sa condamnation dans une affaire pénale de diffamation montre de façon choquante comment les lois sont utilisées comme une arme par de puissants intérêts privés pour faire taire le journalisme indépendant. Emprisonner un journaliste d'investigation pour avoir mis sous les projecteurs un conglomérat comme le groupe Adani sur des questions d'intérêt public crée un précédent inquiétant pour la liberté de la presse en Inde. RSF demande aux autorités judiciaires de libérer immédiatement le journaliste victime d'une procédure-bâillon. Le gouvernement indien doit adopter une loi contre les poursuites-bâillons présentant des garanties de nature à empêcher que la diffamation ne puisse être invoquée abusivement devant les tribunaux et conduise à des peines particulièrement sévères. Les journalistes qui enquêtent sur des sujets d'intérêt public doivent être protégés, pas criminalisés.
Journaliste d'investigation indépendant de 52 ans, Ravi Nair a réalisé de nombreuses enquêtes sur les pratiques commerciales et les liens politiques du groupe Adani. Une grande partie de son travail d'investigation sur le groupe a été publiée sur la plateforme d'investigation Adani Watch. Ses articles ont également été publiés dans des médias tels que le Huffpost, le Leaflet, Frontline et Caravan. Affilié à l'Organised Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), Ravi Nair a participé à une enquête d'août 2023 publiée par le Financial Times et le Guardian, qui révélait que deux investisseurs secrets du groupe Adani avaient des liens étroits avec la famille Adani, soulevant des questions sur d'éventuelles violations de la loi indienne. Plus récemment, en octobre 2025, Ravi Nair a co-réalisé une enquête du Washington Post selon laquelle des responsables indiens auraient rédigé une proposition visant à orienter environ 3,9 milliards de dollars d'investissements de la Life Insurance Corporation of India, une entreprise publique, vers les entreprises du groupe Adani.
Ravi Nair est actuellement visé au total par trois procédures en diffamation liées à ses reportages et à ses publications sur les réseaux sociaux concernant le groupe Adani. Ces affaires s'inscrivent dans une offensive judiciaire plus vaste du groupe Adani, documentée par RSF, visant des médias et des journalistes qui enquêtent sur le conglomérat.