Ministry of Europe and Foreign Affairs of the French Republic

01/23/2026 | Press release | Archived content

Vœux au corps diplomatique - Discours de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères (Paris, 23 janvier 2026)

Madame la Ministre, chère Éléonore Caroit,
Monsieur le Ministre, cher Benjamin Haddad,
Monsieur le Secrétaire général adjoint,
Mesdames les ambassadrices, Messieurs les ambassadeurs,

Soyez les bienvenus au Quai d'Orsay, où j'ai l'honneur et le plaisir de vous accueillir, à l'orée de cette nouvelle année.

C'est dans ces murs, à quelques mètres de nous, dans le salon des ambassadeurs, qu'il y a 170 ans, le 30 mars 1856, fut signé le traité de Paris. Il mit fin à la guerre de Crimée, entre la Russie d'une part, et la France, le Royaume-Uni, l'empire Ottoman et le royaume de Sardaigne d'autre part. Le Congrès de Paris, qui permit d'aboutir à ce traité, resta dans l'histoire comme un véritable printemps des diplomates. Napoléon III était parvenu à freiner les velléités d'expansion de la Russie dans la mer Noire, sans pour autant humilier le tsar Alexandre II. Les négociateurs avaient réussi à s'extraire des questions techniques et ponctuelles, telles que les tribus de guerre, pour établir un nouvel équilibre de sécurité sur le continent européen. Puisse cet esprit de Paris nous encourager à bâtir ensemble un nouveau printemps des diplomates. Nous en aurons bien besoin, Monsieur le Nonce, tout au long de cette année 2026, qui a commencé il y a 21 ou 22 jours, et qui a déjà été particulièrement chargée.

C'est aussi dans ces murs que fut signé il y a 75 ans, bientôt 76, le traité de Paris instituant la Communauté européenne du charbon et de l'acier. C'était le 18 avril 1951. Autour de la table, la Belgique, la France, l'Italie, la République fédérale d'Allemagne, le Luxembourg et les Pays-Bas. Il établit une assemblée parlementaire ainsi qu'une haute autorité dotée de pouvoirs supranationaux. Ainsi fut concrétisé le projet visionnaire de Jean Monnet et Robert Schuman, dont l'ambition fut partagée par leurs homologues européens, au premier rang desquels le chancelier Konrad Adenauer. La mise en commun des productions de charbon et d'acier assura immédiatement l'établissement de bases communes de développement économique, « première étape de la Fédération européenne », avait déclaré Robert Schuman quelques mois plus tôt. Elle changera le destin de ces régions longtemps vouées à la fabrication des armes, dont elles ont été les plus constantes victimes.

Cet acte fondateur nous rappelle que la prospérité passe par la paix, les échanges commerciaux et la coopération économique. Et au moment où se réveillent les guerres commerciales, les États et les peuples sortent toujours perdants. C'est pourquoi il est de notre responsabilité, ici en Europe, de relancer cet élan fondateur. Relançons le moteur de l'Europe. Profitons de cet anniversaire de la naissance de la CECA pour jeter les fondations d'une mise en commun de notre puissance de calcul, de nos talents, de nos données, à l'ère de l'intelligence artificielle et du quantique. Faisons du numérique le charbon et l'acier de demain, au service de l'Europe, de son renforcement et de sa prospérité.

L'année qui s'ouvre sera porteuse de nombreux symboles. Nous fêterons le 250e anniversaire de la fondation des États-Unis d'Amérique, qui nous rappellera le rôle joué par la France aux côtés des insurgés américains. Ce fut le marquis de La Fayette, qui devint le héros des deux mondes, qui tissa des liens étroits avec George Washington et Thomas Jefferson, lequel rédigeait alors la déclaration d'indépendance dont les premiers mots résonnent encore : « Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. » La liberté et le bonheur seront toujours des idées neuves, et nous serons toujours du côté de leurs défenseurs.

Il y a 80 ans, le 5 mars 1946, c'est Winston Churchill qui prononçait à l'université de Fulton un discours qui fit date, dans lequel il nommait clairement les choses. De Szczecin sur la Baltique à Trieste sur l'Adriatique, un rideau de fer est descendu à travers le continent. Face à la menace des régimes autoritaires, le monde démocratique libre devait s'organiser.

Par un clin d'œil de l'histoire, nous célébrerons aussi en 2026 les 35 ans de la dissolution de l'Union soviétique. Un effondrement politique sans défaite militaire, la fin d'un régime fondé sur la négation des libertés individuelles, la fin du face-à-face structurant entre deux blocs que certains interprétèrent tort comme la victoire définitive du modèle occidental. L'illusion d'un monde enfin pacifié par le droit, le marché et la démocratie s'installa dans les esprits. Avec une assurance qui confinait parfois à l'arrogance, on célébra la fin de l'Histoire, alors qu'on assistait en réalité au début d'une nouvelle ère.

2026 marquera également le 25e anniversaire des attentats tragiques du 11 septembre, la fin de l'hyperpuissance américaine et l'entrée brutale dans l'ère du terrorisme global. Au lendemain de cette attaque terroriste sans précédent, l'éditorialiste Jean-Marie Colombani avait écrit dans les colonnes du quotidien Le Monde « Nous sommes tous Américains. Dans ce moment tragique où les mots paraissent si pauvres pour dire le choc que l'on ressent, la première chose qui vient à l'esprit est celle-ci. Nous sommes tous Américains. Nous sommes tous New-Yorkais, aussi sûrement que John Kennedy se déclarait, en 1963 à Berlin, Berlinois. » Dans les tragédies comme face aux guerres, il existe une solidarité humaine inébranlable, manifestation de l'élan fraternel des peuples. La communauté diplomatique que vous représentez l'incarne mieux que quiconque.

Car oui, Mesdames et Messieurs les ambassadrices et les ambassadeurs, vous appartenez à une communauté singulière : la communauté diplomatique. Une communauté qui ne renonce jamais. Instruite par l'histoire, elle sait combien le fil ténu de la paix est précieux, communauté pétrie de lucidité et d'humilité.
La lucidité, c'est celle de l'ambassadeur d'Allemagne, von Lichnowsky, en poste à Londres en 1914, qui multiplie les démarches pour alerter sa capitale, mais aussi le secrétaire d'État britannique aux affaires étrangères, Edward Gray. Il écrit, insiste, argumente pour arrêter l'Europe somnambule qui marche vers la guerre. Il dira d'ailleurs que la guerre aurait pu être évitée si la diplomatie n'avait pas été court-circuitée par la mécanique funeste des alliances.

La solidarité, c'est celle que l'on ressent dans les cafés de Vienne au milieu des années 50. Entre les deux blocs de la guerre froide, ils accueillent aussi bien des diplomates occidentaux que des représentants du pacte de Varsovie. Ces conversations informelles jouent un rôle important lors des crises de Berlin ou des débats sur les armements conventionnels et nucléaires en Europe centrale. Elles permettent de tester des intentions, de clarifier des lignes rouges, d'éviter des malentendus dangereux. La diplomatie se renforce dans la confiance et l'intuition personnelle des membres du corps diplomatique. Ils sont des capteurs autant que des acteurs.

L'humilité enfin, c'est celle de l'ambassadeur de France à Bonne, François Seydoux, qui déclare en juin 1960 avec humour : « La relation franco-allemande se porte si bien que l'on pourrait se demander à quoi sert d'avoir des ambassadeurs à Bonne et à Paris ». La formule amuse, mais elle dit une vérité profonde. Si la relation franco-allemande fonctionne si bien après deux guerres mondiales sur le continent européen, c'est précisément parce que des générations de diplomates des deux côtés du Rhin, ont patiemment bâti des habitudes de confiance, appris à se parler sans dramatiser chaque désaccord, désamorcer les malentendus pour qu'ils ne dégénèrent en crise politique. Et avant tout accord, tout traité, il y a un travail invisible de chancellerie, un labeur consciencieux, qui souvent doit beaucoup aux relations humaines entre diplomates. Cette cohésion du corps diplomatique dépasse les clivages nationaux et la défense des intérêts des États. Nous continuerons à la cultiver ici, à Paris, où nous sommes si heureux et honorés de vous accueillir en 2026. Et la diplomatie française, quant à elle, continuera également, comme elle l'a fait en 2025, à jouer de ses trois cartes maîtresses, de ses atouts maîtres : une voix singulière, une diplomatie créative, un ministère au service des Françaises et des Français.

Je ne reviendrai pas sur les succès que nous avons obtenus et que j'ai rappelés devant les ambassadrices et les ambassadeurs français réunis en conférence il y a quelques jours : la libération d'une dizaine de nos compatriotes retenus en otage ou détenus arbitrairement à l'étranger ; l'initiative qui a abouti à la reconnaissance de l'État de Palestine et qui a permis de réouvrir le chemin vers la paix au Proche-Orient ; la plus grande manifestation jamais organisée pour la préservation des océans, accueillie à Nice, et qui a permis la ratification et l'entrée en vigueur du traité sur la haute mer. L'année écoulée a été riche. Et je veux vous remercier de vous être fait les relais des initiatives nombreuses que nous avons présentées.

L'année a été riche, mais tant de chantiers sont encore devant nous. Au Venezuela, en Arctique, en Iran, en Afrique, sur le flanc oriental de l'Europe et dans le champ informationnel, dans le cadre de la présidence française du G7, nous nous emparerons de la question des grands déséquilibres mondiaux et de leur résolution. Surproduction chinoise, sous-investissement européen, surendettement américain et sous-développement des pays les moins avancés… Par un diagnostic partagé et des politiques coordonnées, nous rechercherons un nouvel équilibre soutenable pour tous. Sur chacun de ces dossiers, et sur bien d'autres - je pense en particulier, pour les ambassadrices et ambassadeurs du continent africain, au sommet Africa Forward, qui se tiendra les 11 et 12 mai à Nairobi, sur lequel nous allons, avec les ministres du Quai d'Orsay, nous mobiliser, et qui sera un moment fort de manifestation de la relation renouvelée de la France et de l'Europe avec le continent africain -, sur tous ces dossiers, je le disais, et sur bien d'autres, la France sera à l'initiative afin de poursuivre nos efforts engagés au service de la paix.

Monseigneur, Monsieur le Nonce, vous avez évoqué la situation intérieure de la France, disant que la stabilité de l'Europe dépend de la stabilité de la France. Et c'est vrai, je ne vous contredirai pas sur ce point. Comme bien d'autres démocraties éprouvées par le temps, la France est confrontée à des phénomènes de fatigue démocratique qui sont amplifiés par l'émission, dans nos vies quotidiennes, des réseaux sociaux, qui antagonisent, qui segmentent, qui fragmentent nos sociétés. Des sociétés qui sont d'ailleurs touchées par un doute lié à la progression de l'individualisme, qui ronge les liens de solidarité. Et cette « usure dévorante », pour reprendre les mots que Léon XIII pointait déjà dans son encyclique Rerum novarum, est un véritable défi pour la société française comme pour bien des sociétés occidentales.

Ce matin, à l'Assemblée nationale, le Premier ministre s'est exprimé sur les blocages politiques qui ont retardé l'adoption du budget de l'État. Permettez-moi de le citer devant vous : « Rien de ce qui s'est passé ces derniers mois n'a été inutile. Nous avons appris. Nous avons éprouvé nos institutions. Nous avons vu ce qui fonctionnait, ce qui ne fonctionnait pas. Nous avons vu qui, lucidement, prenait au sérieux le contexte international actuel et qui n'en tirait aucune conclusion pour le pays. Un avant et un après s'ouvrent aujourd'hui. » Oui, la période qui s'ouvre est porteuse d'espérance, mais « on ne va jusqu'à l'espérance qu'à travers la vérité, au prix de grands efforts », écrivait Bernanos. Alors il nous faut être prêts à de grands efforts pour relever les défis que nous avons devant nous, ici en France, pour nous-mêmes et pour l'Europe, et dans chacun de vos pays respectifs, au moment où l'ordre international est de toute évidence bouleversé.

Mesdames les ambassadrices, Messieurs les ambassadeurs, dans cette entreprise, nous pouvons compter sur notre communauté diplomatique, qui se distingue par son amour du dialogue, sa capacité à nouer des partenariats, par son dévouement au service d'une cause plus grande qu'elle-même. Et en disant cela, je veux avoir une pensée pour tous les diplomates qui œuvrent nuit et jour dans des pays en crise, en guerre, parfois au péril de leur sécurité ou de leur vie. Ils forcent notre admiration et notre respect, et ils nous obligent.

Pour vous toutes et tous, que 2026 soit plus que jamais une année au service de la stabilité et de la paix, et qu'à titre personnel, pour vous-même et pour vos proches, qu'elle offre la santé pour avancer, le bonheur pour aimer, le succès pour accomplir ensemble de grandes choses.

Bonne et heureuse année 2026 à toutes et tous !

Ministry of Europe and Foreign Affairs of the French Republic published this content on January 23, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on January 27, 2026 at 10:29 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]