03/06/2026 | News release | Archived content
NAIROBI, Kenya - Dans le monde entier, les systèmes juridiques ne rendent pas aux femmes et aux filles qui subissent des violences la justice qu'elles méritent. C'est particulièrement vrai lorsqu'il s'agit de violences facilitées par la technologie, un phénomène mondial, très répandu et qui prolifère rapidement, mais qui n'est que rarement criminalisé ou poursuivi.
Ce mois-ci, des leaders du monde entier vont se rassembler au bureau des Nations Unies de New York afin de défendre les droits et de réclamer justice et action pour soutenir toutes les femmes et les filles. C'est le thème central de la Journée internationale des femmes et de la 70e session de la Commission de la condition de la femme.
Pourtant, la justice en matière de violence basée sur le genre est un domaine dans lequel le monde a fait des progrès extrêmement insuffisants ces dernières décennies. On estime ainsi que 840 millions de femmes dans le monde ont déjà subi des violences sexuelles ou exercées par leur partenaire intime - parmi elles, près de 316 millions en ont subi de la part de leur partenaire au cours des 12 derniers mois. Pourtant, moins de 40 % des survivantes, toutes formes de violence basée sur le genre confondues, demandent de l'aide, et elles sont encore moins nombreuses à se tourner vers des institutions légales comme la police. L'injustice reste la norme.
La situation est encore plus inquiétante lorsqu'on prend en compte les outils numériques émergents, qui sont de plus en plus utilisés comme arme contre les femmes et les filles, dans une impunité presque totale.
Cependant, les survivantes et les militantes du monde entier s'élèvent pour appeler à des protections juridiques et à l'application des lois et règlementations existantes.
Trop souvent, les législateur·rice·s, les fonctionnaires de la justice, la police et parfois même les membres de la communauté ne reconnaissent pas les dommages profonds et bien réels que provoque la violence facilitée par la technologie, ou bien en font porter la responsabilité aux victimes plutôt qu'aux agresseurs.
Telle est la situation dans laquelle s'est trouvée Queentah Wambulwa, au Kenya. « En me réveillant, j'ai vu un million de notifications sur mon téléphone, en tout cas c'est l'impression que j'ai eue. Quelqu'un avait publié des photos et vidéos de moi nue sur le groupe Facebook de mon village », raconte-t-elle à l'UNFPA, le Fonds des Nations Unies pour la population, qui est l'agence chargée de la santé sexuelle et reproductive. « Il s'agissait de photos que j'avais partagées en privé avec mon ex-petit ami lorsque nous étions en relation à distance. »
Sans son consentement, ces images se sont répandues sur toutes les plateformes. Sa détresse a été accentuée par le cyberharcèlement, puis les menaces bien réelles et le harcèlement qui ont suivi. « Dans la rue, des hommes venaient me voir pour me dire qu'ils avaient aimé voir mon corps nu sur ces photos et vidéos […] Je recevais des appels de personnes prétendant être de la police, qui menaçaient de venir m'arrêter pour avoir partagé des images indécentes de moi. »
Elle a finalement tenté de porter plainte, mais s'est heurtée à de la culpabilisation et à de la honte. « Les agents auxquels j'ai parlé ont commencé par me réprimander et par me dire qu'il ne s'agissait pas d'un crime, mais plutôt d'un cas de comportement indécent de ma part. » Elle a à nouveau voulu déposer plainte, mais on lui a conseillé d'engager un·e avocat·e et elle n'en avait pas les moyens. Même si elle avait réussi à faire retenir des charges contre l'agresseur, il n'y aurait pas eu beaucoup de conséquences juridiques pour lui : « la peine encourue pour le partage d'images intimes, qui est de deux ans de prison et une amende de 250 000 shillings kenyans, n'aurait jamais réparé le traumatisme avec lequel je devrai vivre toute ma vie », déclare Mme Wambulwa.
De nombreuses survivantes de ce type de violences se retirent de la vie numérique, se privant d'opportunités éducatives, communautaires et économiques qui leur auraient été accessibles sur les espaces en ligne. C'est pourtant tout l'inverse qu'a fait Mme Wambulwa : elle ne s'est pas laissé faire et est devenue thérapeute et militante en faveur d'un changement législatif.
« J'ai lancé la Girls For Girls Africa Mental Health Foundation, une association à but non lucratif qui propose un soutien psychosocial aux survivantes, en prenant en compte leurs traumatismes », précise-t-elle. Elle travaille également « à faire évoluer les mesures existantes afin que les femmes et les filles soient plus en sécurité en ligne. »
L'UNFPA vient de clôturer son symposium virtuel de deux jours sur l'élimination de la violence basée sur le genre facilitée par la technologie, co-organisé par l'UNFPA, Affaires mondiales Canada et l'Association for Progressive Communications. Cet événement a rassemblé des défenseur·e·s des droits ainsi que des expert·e·s de la technologie pour évoquer ces nouveaux dangers.
Des efforts supplémentaires pour faire pression en faveur de la justice se tiendront la semaine prochaine à New York : la Championne mondiale de l'UNFPA Shudufhadzo Musida portera haut l'étendard des femmes et des filles, alors qu'auront lieu plusieurs événements lors desquels l'UNFPA et ses partenaires animeront les discussions et appelleront à l'action.
Mme Musida connaît bien l'effet dévastateur du harcèlement en ligne : « lorsque la violence est perpétrée dans le monde virtuel, la peur, l'anxiété, la perte de l'estime de soi, et le sentiment d'impuissance sont bien réels et durables », conclut-elle.