06/04/2026 | Press release | Distributed by Public on 06/05/2026 09:57
Selon de nouvelles estimations publiées aujourd'hui par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), les enfants de moins de cinq ans sont exposés à un risque près de trois fois supérieur de tomber malades après avoir consommé des aliments nocifs que les enfants plus âgés et les adultes.
Bien qu'ils ne constituent que 9 % de la population mondiale, les jeunes enfants représentent près d'un tiers de l'ensemble des cas de maladies d'origine alimentaire, en particulier les maladies diarrhéiques qui peuvent être mortelles pour ce groupe d'âge vulnérable. De plus, l'exposition à des produits chimiques tels que le méthylmercure et le plomb dans les aliments peut nuire au développement du cerveau et provoquer des problèmes neurologiques et de développement à vie chez l'enfant.
D'après les estimations de l'OMS, chaque année, 866 millions de personnes tombent malades après avoir consommé des aliments nocifs et 1,5 million en meurent. Nombre de ces maladies et décès pourraient être évités grâce à des mesures telles que des pratiques améliorées en matière d'eau, d'assainissement et d'hygiène, de sécurité sanitaire des aliments, comme la pasteurisation, et à l'accès des populations vulnérables aux soins de santé. Même si la charge de morbidité totale des maladies d'origine alimentaire recule depuis 2000, d'importantes inégalités régionales persistent, l'Afrique et l'Asie du Sud-Est étant les plus durement touchées.
L'exposition à des risques biologiques, notamment des bactéries et virus d'origine alimentaire ainsi que des infections parasitaires, est responsable de la majorité des maladies d'origine alimentaire (environ 860 millions en 2021), tandis que l'exposition aux produits chimiques cause une part disproportionnée des décès. En 2021, les risques chimiques ont représenté pas moins de 73 % des décès dus à des aliments contaminés. La plupart de ces décès étaient liés à l'arsenic inorganique (42 %) et au plomb (31 %), principalement parce que ces expositions augmentent le risque de cardiopathie et de cancer.
Au-delà des conséquences sur la santé, l'étude estime qu'en 2021, les maladies d'origine alimentaire ont entraîné une perte de productivité d'environ 310 milliards de dollars des États-Unis (USD) (absentéisme pour cause de maladie). Lorsque l'impact économique est ajusté aux différences de coût de la vie entre les pays, la perte de productivité est estimée à 647 milliards USD.
« La sécurité sanitaire des aliments n'est pas une question abstraite - elle concerne chaque repas, chaque famille, chaque jour. Les aliments insalubres ont toujours constitué un problème de santé publique majeur, mais jusqu'à présent, nous n'avions pas de vision d'ensemble de leur effrayant bilan humain et économique. Ces nouvelles estimations changent la donne, affirme le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l'OMS. Pour la première fois, les pays disposent de leurs propres données pour déterminer où la charge est la plus lourde. Les gouvernements peuvent ainsi donner la priorité aux mesures nécessaires pour protéger la santé des populations. »
La nouvelle analyse de l'OMS élargit considérablement la base de données factuelles en évaluant 42 dangers d'origine alimentaire majeurs (bactéries, virus, parasites et produits chimiques) provenant de 194 pays entre 2000 et 2021. Les estimations incluent désormais de nouveaux dangers, notamment les métaux, le rotavirus et Trypanosoma cruzi (le parasite responsable de la maladie de Chagas).
Les aliments peuvent être contaminés par des produits chimiques tels que l'arsenic inorganique, le plomb et le méthylmercure provenant de sources naturelles et d'activités humaines. Une fois que ces substances sont entrées dans la chaîne alimentaire, elles sont souvent difficiles voire impossibles à éliminer. L'OMS appelle les gouvernements à prévenir la contamination à la source - par de meilleures pratiques agricoles, un renforcement des contrôles industriels et une législation environnementale plus stricte.
Bien que la présence de certains métaux dans les aliments ait diminué au fil du temps, ces estimations révèlent pour la première fois la charge des maladies cardiovasculaires, des cancers et des handicaps intellectuels résultant de l'exposition alimentaire aux métaux. L'arsenic inorganique et le plomb sont associés à plus d'un million de décès sur une année. Le méthylmercure peut nuire au développement du cerveau et provoquer des problèmes neurologiques et de développement durables chez l'enfant.
L'évolution des régimes alimentaires, les pressions environnementales, la mondialisation et les inégalités dans les systèmes alimentaires continuent de déterminer qui est le plus exposé aux aliments nocifs. Les plus exposés sont les enfants et les personnes vivant dans des communautés à faibles ressources, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. La Région africaine et la Région de l'Asie du Sud-Est représentent à elles deux près des trois quarts des maladies d'origine alimentaire et 60 % des décès dans le monde.
« Ce rapport est un signal d'alarme - mais aussi un plan d'action. Les données montrent que les maladies d'origine alimentaire sont non seulement persistantes, mais elles sont aggravées par les changements climatiques, qui augmentent les risques de contamination, et par la résistance aux antimicrobiens, qui rend les infections plus difficiles à traiter. Nous ne pouvons pas affronter ces menaces seuls, a déclaré Yuki Minato, responsable technique de l'OMS pour la sécurité sanitaire des aliments et auteur principal de l'article dans The Lancet Global Health. Une approche « Une seule santé » - intégrant la santé humaine, la santé animale, la santé des plantes et la salubrité de l'environnement - est essentielle. Les pays doivent agir de toute urgence, en utilisant ces estimations pour cibler les interventions, investir dans la surveillance et rompre avec le cloisonnement entre les secteurs de la santé, de l'agriculture et de l'environnement. Le retard coûte des vies. »
L'évaluation et les données peuvent être explorées en détail au moyen d'un tableau de bord interactif en ligne et des pages de l'Observatoire mondial de la santé mises à jour avec des cartes. Les principales conclusions sont publiées dans The Lancet Global Health, accompagnées d'un commentaire et de quatre articles portant sur des groupes de risques spécifiques et les maladies associées.
Les estimations couvrent 42 dangers d'origine alimentaire, mais de nombreux autres potentiellement importants n'ont pas pu être inclus en raison de données insuffisantes. Il s'agit notamment des bactéries résistantes aux antimicrobiens, des résidus de pesticides et des composés per- et polyfluoroalkylés (PFAS). D'autres effets sur la santé, tels que le retard de croissance dû à l'exposition à l'aflatoxine ou à des bactéries entéropathogènes, ainsi que la mortinaissance due à la listériose, ont également été exclues. Ces omissions montrent combien il est urgent de disposer de davantage de données nationales, d'investissements accrus dans la recherche et d'une surveillance renforcée afin de mieux caractériser l'étendue complète des maladies causées par plus de 200 risques biologiques connus et de nombreux risques chimiques transmissibles par l'alimentation.
Les données nationales couvrant les années 2000 à 2021 permettent aux gouvernements d'orienter leurs politiques et actions vers les zones les plus touchées. Ces estimations visent à soutenir le classement national des risques, qui permet aux gouvernements de comparer les menaces en matière de sécurité sanitaire des aliments, de classer les interventions par ordre de priorité, de renforcer la collaboration multisectorielle et d'allouer les ressources plus efficacement.
L'OMS publie ces estimations actualisées sur les maladies d'origine alimentaire préalablement à la Journée internationale de la sécurité sanitaire des aliments qui aura lieu le 7 juin 2026 et qui a pour thème : « Du fardeau aux solutions - un accès universel à des aliments sûrs ». L'édition 2026 des estimations ainsi que les outils de données interactifs fournissent une solide base de données factuelles pour la campagne, qui aide les pays et les partenaires à traduire les données en actions ciblées pour réduire la charge des aliments nocifs.
Des experts de l'OMS présenteront ces conclusions lors d'un webinaire le jeudi 4 juin 2026 à 11 h 30 CEST/10 h 30 BST/5 h 30 ET.
Pour plus de détails et pour vous inscrire au webinaire (en anglais) :