Ministry of Culture of the French Republic

10/28/2026 | Press release | Distributed by Public on 10/28/2026 06:44

Discours de Madame Catherine Pégard, Ministre de la Culture à l'occasion de la remise du prix Albert-Londres - mardi 27 octobre 2026

- Seul le prononcé fait foi -

Monsieur le maire de Paris, cher Emmanuel Grégoire,

Cher Hervé Brusini,

Chère Elsa Boublil,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Le Prix Albert Londres… Comment imaginer que je doive évoquer aujourd'hui, de façon si officielle, ce mythe, ce symbole pour tous les journalistes ?

Du plus loin qu'il m'en souvienne, ce prix a été considéré par tous ceux que j'ai croisés comme la consécration ultime, et cela même par les plus rétifs aux récompenses. Parce qu'il témoigne de la noblesse de cette profession, dont on oublie parfois l'exigence envers soi comme envers les autres.

Me voici donc devant vous ce soir, émue de pouvoir vous dire - si vous le permettez - comme une ancienne consœur, mon respect et mon estime. Je veux rendre hommage au métier que j'ai exercé pendant trente ans avec passion, et qui demeure pour moi une façon de regarder le monde.

En même temps, je m'exprime ici en tant que ministre de la Culture, en ce moment particulier, inédit par bien des aspects, où la violence semble submerger nos vies, et singulièrement pouvoir s'en prendre aux vôtres, dans l'exercice quotidien de votre métier.

Être avec vous ce soir, c'est d'abord vous dire mon soutien.

Les menaces, les invectives, les attaques dont ont été victimes de nombreux journalistes ces dernières semaines sont inacceptables, j'allais dire, inconcevables, d'où qu'elles viennent.

Alors que notre pays entre dans une période politique décisive, il faut réaffirmer qu'il ne saurait y avoir de démocratie sans liberté d'informer, et par conséquent sans que les journalistes puissent travailler librement, sans craindre pour leur sécurité.

Nous vivons dans une époque de transformations et de ruptures profondes, sur tous les plans, géopolitique, économique, technologique… Ce constat nous rappelle combien votre métier de journaliste est nécessaire, y compris bien au-delà de nos frontières.

Sans vous, le cours du monde serait réduit au tumulte. Il serait dénué de sens et privé de toute compréhension. C'est grâce à vous, en France et dans le monde, que nos concitoyens peuvent se former une opinion sur l'actualité qui les assaille. Je tiens d'ailleurs à saluer tous les professionnels étrangers qui sont ici ce soir. Je sais que certains continuent de travailler malgré les restrictions, les interdictions, les risques, les peurs… Qu'ils soient assurés de notre soutien.

Avec le recul de la démocratie dans le monde, avec la multiplication des crises et des conflits armés, c'est aussi la sécurité, la liberté et la vie même des journalistes qui sont directement menacées. Là où la démocratie est attaquée, il faut le répéter, la liberté des journalistes l'est aussi ; là où l'on porte atteinte au droit international par le recours illégal à la force, la sécurité et l'intégrité des journalistes est elle aussi mise en danger.

Je veux ici avoir une pensée pour Christophe Gleizes dont la France exige la libération immédiate et inconditionnelle. Je veux dire à sa famille et à ses proches, qui endurent cette épreuve, que nous pensons aussi à eux.

Chers amis,

Je m'adresse donc à vous avec émotion, mais aussi avec gravité. Je ne peux pas me tenir ici parmi vous sans rappeler le rôle crucial que vous jouez pour notre vie démocratique, en produisant une information fiable et de qualité. Je n'ignore pas les inquiétudes que suscitent la situation économique des médias et les bouleversements qui affectent leur modèle.

À l'heure où les manipulations de l'information prolifèrent, où la désinformation menace, où la confusion semble parfois l'emporter sur l'analyse, nous avons plus que jamais besoin de cette information rigoureuse issue du travail de journalistes professionnels.

Nos concitoyens ne s'y trompent pas : ils gardent davantage confiance dans les médias éditorialisés, qui reposent précisément sur ce travail journalistique que nous récompensons aujourd'hui. Un travail de vérification scrupuleux même quand le temps manque qui se défie des approximations, des rumeurs pis des fausses révélations qui l'entâchent.

Soutenir le travail journalistique, veiller à la liberté de la presse et au pluralisme des médias s'impose donc comme une évidence.

C'est le rôle de l'État et du ministère de la culture. Son action se déploie, de ce point de vue, dans plusieurs directions.

Elle concerne tout d'abord la lutte contre les ingérences étrangères, en particulier en matière d'information. Disons-le clairement : la guerre d'agression de la Russie contre l'Ukraine s'accompagne de campagnes de désinformation massives. Ainsi, en ce qui concerne la presse et les médias, les mesures qui s'imposaient ont été rapidement prises, notamment au niveau européen avec l'interdiction de canaux de propagande et la mise en place de sanctions européennes. Ces manœuvres ciblent également directement nos démocraties à travers des campagnes d'ingérence informationnelle qui cherchent à déstabiliser nos sociétés. Pour y répondre, la France s'est dotée de moyens de veille, de détection et d'attribution, à travers VIGINUM.

Le Gouvernement porte également un projet de loi relatif à la lutte contre les ingérences étrangères dans la vie démocratique, qui a été adopté la semaine dernière par le Sénat. Ce combat, je l'ai dit, nous le portons également à l'échelle européenne, et la commission européenne en a fait l'une de ses priorités.

L'autre objectif de l'action de l'État, c'est évidemment le soutien au modèle économique de l'information. Un modèle actuellement en difficulté, du fait des mutations très rapides des usages et des transformations numériques : domination croissante des grandes plateformes de contenus et des réseaux sociaux, mais aussi, désormais, émergence de l'intelligence artificielle comme mode d'accès à l'information.

Soutenir ce modèle économique de l'information passe par les aides directes et indirectes de l'État à la presse écrite. Le Gouvernement prévoit de les maintenir à un niveau élevé dans le projet de loi de finances pour 2027, en tenant compte des évolutions du secteur.

Nous engageons ainsi une évolution importante des aides au pluralisme : leur répartition est appelée à moins dépendre de la diffusion des titres pour davantage tenir compte de leur investissement éditorial, et en particulier de la rémunération versée aux journalistes professionnels. Le principe est simple : plus un titre investit dans sa rédaction, plus il doit être soutenu.

Cette logique est déjà celle qui régit, en partie, la répartition de l'aide au pluralisme des services de presse tout en ligne, créée en 2022. Nous l'étendrons dès l'année prochaine à l'aide au pluralisme des quotidiens nationaux.

Concrètement, cela signifie soutenir directement l'emploi de journalistes, et ainsi valoriser votre travail, vos enquêtes, vos investigations.

Le développement accéléré de l'intelligence artificielle générative, dont les effets sur la fréquentation des sites de presse sont déjà significatifs ne doit pas nous faire oublier qu'elle est - et doit rester - un outil au service des journalistes, pour augmenter leurs capacités d'investigation et d'analyse, et non pour se substituer à leur travail.

C'est pour cette raison que soutenir le modèle économique de l'information suppose aussi des mesures de régulation. Force est de constater, en effet, que les plateformes de contenus et les réseaux sociaux contribuent insuffisamment au financement de l'information, qui leur apporte pourtant un trafic significatif.

Notre cadre législatif offre déjà des outils, dont le secteur a pleinement su se saisir, en matière de propriété intellectuelle.

La nouvelle frontière, désormais, est l'intelligence artificielle. Comme je l'ai dit à de nombreuses reprises, la protection du droit d'auteur et des droits voisins est une exigence intangible. Elle est au fondement du modèle économique de la production d'œuvres de l'esprit, en France comme en Europe. Il est indispensable que le dialogue entre la filière de l'IA et les secteurs des médias se poursuive, afin de faire émerger ce marché de licences, au bénéfice tant des développeurs que des titulaires de droits.

Avant de conclure, je veux enfin souligner l'importance de la langue française dans nos échanges et pour votre profession. Car ce prix Albert Londres est un prix francophone. À quelques semaines du Sommet de la Francophonie qui aura lieu au Cambodge fin novembre, il faut le saluer pour cela aussi. La langue française tisse entre nous un lien profond. Par votre travail, vous êtes aussi les artisans de sa promotion et de sa vitalité à travers le monde : le journalisme de langue française que vous illustrez est synonyme d'indépendance et de liberté.

Mesdames et Messieurs, chers amis,

J'ai été trop longue, mais je voulais vous dire combien votre travail était essentiel.

Toutes mes félicitations aux lauréats de ce prix qui nous est si cher, parce qu'il est le symbole de tout ce à quoi nous croyons dans le chaos du monde.

Je vous remercie.

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