03/11/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/12/2026 02:14
Une étude récente publiée par la World Obesity Foundation nous alerte sur le fait que plus de 220 millions d'enfants seront obèses d'ici 2040 si des mesures radicales ne sont pas mise en place rapidement. Les pays et organisations européens œuvrent pour lutter contre cette évolution. Dans ce contexte, l'Observatoire européen de l'audiovisuel, qui fait partie du Conseil de l'Europe à Strasbourg, vient de publier son dernier rapport "Advertising of 'junk food' in European and national law: focus on self-regulation" (Rapport sur le cadre régissant la publicité pour la « malbouffe » dans le droit européen et national et les dispositifs d'autorégulation).
Cette publication se penche sur la manière dont les cadres juridiques européens et nationaux s'appuient sur les mécanismes d'autorégulation pour répondre à l'un des problèmes de santé publique les plus urgents du moment, à savoir la publicité omniprésente pour des aliments riches en matières grasses, en sucre et/ou en sel, que l'on appelle communément la « malbouffe ». Ce défi en matière de règlementation est étroitement lié à la protection des enfants dans l'environnement des médias traditionnels et numériques.
Cette étude menée par Eric Munch, analyste juridique à l'Observatoire européen de l'audiovisuel, met en lumière un contexte médiatique en constante évolution et une progression des taux d'obésité infantile à l'échelle européenne et mondiale. Ce rapport établit que si la Directive Services de médias audiovisuels ouvre la voie dans ce domaine, sa mise en œuvre concrète s'avère néanmoins complexe et disparate au sein de l'Europe.
Qu'est-ce que la « malbouffe » ?
L'environnement dans lequel évolue la publicité pour la malbouffe est complexe. Le rapport se penche sur la signification concrète du terme « aliments et boissons riches en matières grasses, en sucre et en sel » et examine leur impact sur les enfants. Il met en lumière les éléments de preuve établissant un lien entre la commercialisation d'aliments ultra-transformés et l'augmentation mondiale de l'obésité infantile et des maladies non transmissibles. Il explique clairement que l'instauration de mesures contraignantes en matière de communications commerciales audiovisuelles aux fins de protéger les publics vulnérables est d'une importance cruciale pour la santé publique.
Eric Munch expose également comment le droit européen exige des États membres qu'ils encouragent la corégulation et l'autorégulation, notamment par le biais des articles 9, par. 4 et 28 ter, par. 2 de la Directive Services de médias audiovisuels. Cela implique l'instauration de codes de conduite au niveau national pour atténuer l'image positive des aliments riches en graisses, sucre et sel et protéger les enfants d'une exposition inappropriée. Il est à noter que, contrairement au tabac ou aux médicaments délivrés sur ordonnance, la publicité pour les aliments riches en graisses, sucre et sel ne fait pas l'objet d'une interdiction formelle au niveau de l'UE.
La « malbouffe » dans le droit des médias national en Europe
La directive est ensuite interprétée dans le droit national à travers le continent. Il existe une remarquable diversité des approches.
Certains pays imposent directement aux fournisseurs de services de médias l'obligation d'élaborer et d'appliquer des codes d'autorégulation visant à limiter les publicités pour aliments riches en graisses, sucre et sel autour des émissions pour enfants. Les mesures exécutoires peuvent aller d'une simple amende jusqu'à une injonction de mise en conformité assortie de délais contraignants.
Plusieurs États membres de l'UE chargent spécifiquement les organismes d'autorégulation de l'élaboration et du contrôle des normes publicitaires pour les denrées alimentaires à la télévision et sur les plateformes en ligne, avec un régime harmonisé pour les fournisseurs linéaires et non linéaires.
D'autres pays, notamment l'Irlande, ont investi les autorités de régulation nationales d'un pouvoir de contrôle, ce qui leur permet d'instaurer des normes telles que l'interdiction de toute publicité pour des aliments inappropriés en lien avec des contenus destinés aux enfants, ou l'utilisation de personnages appréciés des enfants et d'offres promotionnelles dans ce type de publicité.
Cette analyse comparative révèle toutefois que les règles sont parfois divergentes, tant en ce qui concerne le niveau de contrainte que les entités impliquées. L'analyse établit en particulier que dans certains États membres, les plateformes de partage de vidéos sont soumises à des règles plus souples ou moins détaillées, ce qui contribue au caractère disparate et, partant, partiellement inopérant du dispositif de protection des jeunes publics.
Lire le rapport "Advertising of 'junk food' in European and national law: focus on self-regulation" dans son intégralité