01/21/2026 | Press release | Distributed by Public on 01/21/2026 08:26
Depuis le 8 janvier 2026, les autorités iraniennes ont coupé quasi totalement l'accès à Internet et les lignes téléphoniques à l'échelle nationale, en répression aux manifestations populaires qui secouent le pays. Depuis le début de ce black-out numérique, la communication a été coupée avec les journalistes et les médias indépendants, inaccessibles depuis l'étranger. Reporters sans frontières (RSF) exhorte la communauté internationale à obliger les autorités iraniennes à mettre un terme à ce black-out, à cette répression et à libérer les professionnels des médias détenus.
"RSF condamne avec la plus grande fermeté ce verrouillage de l'information, qui s'apparente à une stratégie étatique de dissimulation des violations des droits humains et des violences commises contre les manifestants. RSF est profondément inquiète pour la sécurité et la situation des professionnels des médias indépendants avec qui la communication est rompue depuis le début du black-out. RSF appelle la communauté internationale à exiger des autorités iraniennes qu'elles mettent fin immédiatement au black-out numérique et médiatique dans le pays et qu'elles garantissent la libération sans condition des journalistes détenus et le respect du droit à l'information."
Black-out numérique et suspension de Ham-Mihan
Depuis le début du black-out,il est presque impossible d'obtenir des informations sur le sort des journalistes et des médias indépendants dans le pays. Depuis l'étranger, le site du quotidien réformiste le plus consulté du pays, Shargh Daily,est inaccessible depuis le début de ce mois de janvier 2026. De même pour le site du quotidien réformiste Etemad, le quotidien anglophone Iran Daily et d'autres médias indépendants.
Le quotidien réformiste Ham-Mihan, quant à lui, a été officiellement suspendu par les autorités iraniennes, le 18 janvier. La sanction a été confirmée par un message publié par le directeur du journal, Gholamhossein Karbaschi, qui s'est adressé au président iranien le 19 janvier. "Sous votre gouvernement, malgré toutes les déclarations et les slogans, [le journal] a été interdit [...] sous de faux prétextes", a-t-il écrit. Selon le site d'information indépendant pro-régime Khabar Online,le Conseil de surveillance de la presse iranien aurait invoqué la publication de deux articles sur la vague de manifestations, pour justifier sa décision - un éditorial faisant allusion aux dates islamiques de la chute potentielle du régime actuel et un article de la journaliste emblématique Elaheh Mohammadisur l'impact de la répression sur les soins médicaux. Cette correspondante de Ham-Mihan a passé près de deux ansen prison, à la suite de son reportage sur les funérailles de Mahsa Amini, en septembre 2022, dont la mort avait déclenché le mouvement "Femme, vie, liberté".
Une stratégie de censure systémique
Ce black-outn'est pas un incident ponctuel : il s'inscrit dans une politique continue de répression des médiaset de restriction du pluralisme de l'information en Iran, comme le documente RSF. Des sites de propagande et des chaînes Telegram affiliées au régime continuent d'être accessibles depuis l'extérieur du pays. Le média d'état, Press TV, par exemple, est complètement fonctionnel : "Les services de renseignement du corps des gardiens de la révolution islamique démantèlent des cellules terroristes monarchistes et du MKO dans le nord-est de l'Iran",peut on lire en une du 20 janvier, en référence à la réponse officielle de l'État aux accusations d'une répression violente. Deux des agences de presse officielles du pays, Tasnim et Mezian, sont également accessibles.
L'Iran est classé 176ᵉ sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la pressede 2025 de RSF. Plus de 100 journalistes ont été arrêtés depuis 2022, dont au moins 17 sont toujours détenus, dont la lauréate du prix Nobel de la paix, la militante des droits humains et journaliste Narges Mohammadi.