RSF - Reporters sans frontières

10/12/2026 | Press release | Distributed by Public on 10/13/2026 04:27

Réforme en Thaïlande : pourquoi les parlementaires sont appelés à protéger l’indépendance du média public Thai PBS

Un projet de réforme pourrait placer le financement du service public de radiodiffusion thaïlandais, le Thai Public Broadcasting Service ou Thai PBS, reconnu pour son indépendance en Asie du Sud-Est, sous le contrôle direct du gouvernement. Reporters sans frontières (RSF) appelle les parlementaires thaïlandais à rejeter tout amendement qui menacerait l'autonomie financière du groupe, indispensable à la préservation de son indépendance éditoriale.

L'indépendance éditoriale d'un média public thaïlandais pourrait-elle être remise en cause ? Le député du parti au pouvoir Bhumjaithai Suphachai Jaismut a déposé,le 30 septembre 2026, une proposition de réforme visant à modifier le mécanisme de financement de Thai PBS (Thai Public Broadcasting Service), un groupe audiovisuel de service public thaïlandais.

Actuellement son financement est prévu par la loi, avec une part des recettes fiscales sur l'alcool et le tabac qui lui est allouée. Mais si l'amendement était adopté, Thai PBS dépendrait alors d'une dotation du budget de l'État. Si le porte-parole du gouvernement, Ekkapob Pianpises, a déclaré que cette proposition visait à renforcer la transparence des finances de Thai PBS et à soumettre le groupe à un contrôle plus strict, cela l'expose surtout à une instabilité plus forte : son financement pourrait ainsi être renégocié ou réduit chaque année, ce qui l'exposerait davantage aux pressions et aux ingérences politiques. Cette proposition suscite des inquiétudes au sein des organisations de défense des médias. Le 2 octobre, une coalition de six organisations, dont l'Association des journalistes thaïlandais, a publié une déclaration soulignant que l'autonomie financière est essentielle à un média de service public, car elle lui permet de demander des comptes aux responsables politiques sans craindre d'ingérences.

"Nous mettons en garde contre toute réforme précipitée du financement de Thai PBS. Renforcer la transparence budgétaire d'un diffuseur public est un objectif légitime, mais placer son budget sous le contrôle de l'État risque de fragiliser son autonomie financière et, par conséquent, son indépendance éditoriale. Nous appelons donc les parlementaires à garantir à Thai PBS un financement indépendant, stable et prévisible à long terme, quelle que soit l'issue de cette réforme.

Cédric Alviani
Directeur du bureau Asie-Pacifique de RSF

Créé en 2008 en vertu de la loi thaïlandaise sur le service public audiovisuel (Thai Public Broadcasting Service Act), Thai PBS est devenu un modèle d'indépendance pour les médias de service public en Asie du Sud-Est. Cette indépendance lui permet d'enquêter notamment sur les monopoles économiques du pays, un travail que peu de médias osent encore mener.

Si les médias thaïlandais ne sont plus soumis au même niveau de censure que sous le gouvernement militaire, ils restent confrontés aux pressions d'intérêts politiques et économiques. L'Organisation de la communication de masse de Thaïlande (Mass Communication Organisation of Thailand, ou MCOT), un autre groupe audiovisuel public du pays, possède le statut d'entreprise publique placée sous l'autorité du cabinet du Premier ministre. Elle est souvent accusée par des organisations de défense de la liberté de la presse d'éviter les critiques du gouvernement.

À l'échelle mondiale, RSF constate une crise qui touche les médias de service public. En juillet 2025, l'organisation a publié un rapport sur les médias de service public en Europe, qui documente l'offensive dont ils font l'objet et formule des recommandations pour préserver leur indépendance vis-à-vis du pouvoir politique et garantir leur pérennité. Aux États-Unis, Donald Trump s'en est pris aux médias publics en tentant de supprimer les financements accordés par le Congrès à la National Public Radio (NPR) et au Public Broadcasting Service (PBS), mais aussi aux médias audiovisuels étrangers.

La Thaïlande se classe au 92e rang sur 180 pays et territoires au Classement mondial de la liberté de la presse 2026 de RSF, notamment en raison d'un environnement juridique et sécuritaire hostile au journalisme.

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Publié le 12.10.2026
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