06/26/2026 | News release | Distributed by Public on 06/27/2026 00:41
Vendredi, devant le Conseil de sécurité, le nouveau chef de la mission de maintien de la paix de l'ONU dans le pays (MONUSCO), James Swan, a résumé cette tension en une formule prudente. « Il est désormais impératif que l'élan soit maintenu et que les engagements pris par les signataires soient pleinement mis en œuvre », a-t-il déclaré.
Derrière la retenue du diplomate américain, le constat est limpide : les accords existent, mais la guerre leur échappe encore.
Après la percée militaire fulgurante réalisée en janvier 2025 par le Mouvement du 23 mars (M23) dans les provinces congolaises du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, la signature, quelques mois plus tard à Washington, d'un accord de paix entre la RDC et le Rwanda - que les Nations unies accusent de soutenir la rébellion se réclamant de la défense des Tutsis congolais - avait redonné un souffle à la diplomatie.
© MONUSCO James Swan, Représentant spécial et chef de la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUSCO), arrive à Goma, au Nord-Kivu, pour réaliser un suivi du cessez-le-feu, en avril 2026.Parallèlement aux discussions entre Kinshasa et Kigali, le processus de Doha, associant le gouvernement congolais et le M23, ouvrait la voie à une négociation plus large, sous la médiation du Qatar, des États-Unis, de la Suisse et de l'Union africaine.
Mais le terrain demeure fragmenté. Selon James Swan, de violents combats se poursuivent entre le M23, toujours soutenu par les forces rwandaises, et l'armée congolaise, alliée aux groupes d'autodéfense Wazalendo. Dans certaines localités, le gouvernement de Kinshasa est également appuyé par les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hutu fondé par d'anciens responsables du génocide des Tutsis de 1994, que Kigali considère comme une menace directe. Les affrontements se concentrent notamment autour de Rubaya, important bassin minier du Nord-Kivu, ainsi que dans les hauts plateaux du Sud-Kivu.
Dans ces zones, la guerre a changé de visage. Drones offensifs, artillerie, armes lourdes : les combats exposent toujours davantage les civils et les infrastructures. Le M23 s'est certes partiellement retiré de certaines localités, conformément aux engagements pris dans le cadre des négociations.
Mais ces replis n'ont rien d'un désengagement complet. Le mouvement poursuit la consolidation d'administrations parallèles dans les territoires qu'il contrôle, notamment à Goma et Bukavu, les deux principales villes de l'est congolais. Il cède du terrain ici, tout en consolidant son pouvoir ailleurs.
La priorité affichée est désormais la vérification du cessez-le-feu. Le mécanisme prévu dans le cadre du processus de Doha doit encore quitter les salles de négociation pour s'installer sur le terrain. James Swan, dont il s'agissait de la première intervention au Conseil depuis sa nomination au mois de mars, a appelé à son déploiement rapide. La MONUSCO, qu'il dirige, a déjà fourni au mécanisme des bureaux à Goma et des équipements de protection.
Cette architecture diplomatique repose toutefois sur une condition essentielle. Les groupes armés doivent accepter d'être réellement contrôlés et tenir leurs engagements.
La menace, toutefois, ne se limite pas au M23.
Au Nord-Kivu et en Ituri voisine, les Forces démocratiques alliées (ADF), groupe armé d'origine ougandaise affilié à l'organisation État islamique, poursuivent leurs attaques. Depuis la précédente réunion du Conseil consacrée à la RDC, elles ont tué 287 civils en Ituri, dont 44 femmes. Dans le territoire de Beni, leur violence a repris ces dernières semaines, faisant 66 morts supplémentaires, parmi lesquels 17 femmes et trois enfants.
Pour les habitants, ces chiffres traduisent un quotidien plus qu'ils ne décrivent une statistique. Depuis le 19 mars, la MONUSCO a documenté 632 morts civils au Nord-Kivu et en Ituri. Sur la même période, les Nations Unies ont recensé 1 221 violations des droits humains, dont des violences sexuelles liées au conflit commises aussi bien par des groupes armés que par des membres des forces de sécurité. Elles ont fait 2 968 victimes, dont 392 femmes et 378 enfants.
© MONUSCO / Sébastien Kitsa La MONUSCO a financé un projet d'approvisionnement en eau bénéficiant à 4 000 personnes dans la ville de Beni, au Nord-Kivu, en République démocratique du Congo.La mission onusienne affirme avoir renforcé ses patrouilles et ses bases opérationnelles mobiles autour des zones ciblées par les ADF et des sites accueillant les déplacés. Depuis le 19 mars, la MONUSCO et l'armée congolaise ont conduit plus 2 000 patrouilles conjointes.
Mais la mission est elle-même rattrapée par la crise financière qui frappe les opérations de maintien de la paix, au moment même où les besoins explosent.
La crise humanitaire, elle, dépasse largement les lignes de front. Près de 27 millions de personnes, soit plus d'un quart de la population congolaise, souffrent d'insécurité alimentaire. Le plan humanitaire de 2026 prévoit d'aider en priorité 7,3 millions de personnes, mais son financement n'est assuré qu'à un peu plus de la moitié.
À cette crise s'ajoute désormais l'épidémie d'Ebola, déclarée le 15 mai. Elle frappe une région où les combats entravent déjà le fonctionnement des structures de santé et compliquent l'acheminement des secours. Si l'Organisation mondiale de la santé (OMS) coordonne la riposte, le risque d'une propagation de l'épidémie demeure élevé.
Dans ce contexte, la paix ne dépend plus seulement des accords signés à Washington ou à Doha. Elle suppose la réouverture des routes, des banques et des aéroports, la protection des travailleurs humanitaires, le recul effectif des groupes armés et le rétablissement d'une autorité de l'État qui ne se limite pas à la carte administrative du pays.
James Swan a conclu en appelant les parties aux accords de Washington et de Doha à « tenir le cap vers une paix durable ». Reste à savoir si, dans l'est de la RDC, la réalité militaire acceptera enfin de suivre le calendrier diplomatique.