04/27/2026 | Press release | Distributed by Public on 04/27/2026 10:57
Bangui - À Bangui, le Forum national sur la planification familiale s'est poursuivi bien au-delà des discours d'ouverture pour entrer dans le cœur des enjeux. Pendant deux jours, les échanges ont mis en avant les expériences vécues et les voix de celles et ceux qui accompagnent, au quotidien, les femmes et les familles. Ces travaux, menés les 22 et 23 avril, ont accordé une place centrale aux réalités du terrain et aux défis rencontrés sur le terrain.
Au fil des discussions, un constat s'est imposé avec force : ce sujet est largement reconnu comme un levier essentiel pour réduire la mortalité maternelle, mais son impact reste limité tant que les barrières sociales, culturelles et structurelles ne sont pas vraiment prises en compte. Les participants ont insisté sur la nécessité d'aller au-delà des politiques et stratégies pour s'attaquer aux causes profondes qui influencent les choix des femmes et des couples.
La question des normes socioculturelles a traversé de nombreux échanges. Les rumeurs, les fausses idées et les tabous autour de la contraception continuent de freiner l'accès aux services, même lorsqu'ils existent. Pour plusieurs intervenants, il est essentiel de dialoguer avec les communautés, d'impliquer les leaders religieux et traditionnels, et de renforcer la communication de proximité afin d'instaurer la confiance.
Dans ce contexte, la voix des sages-femmes a occupé une place particulière. Présentes au plus près des femmes, souvent premier point de contact avec le système de santé, elles font le lien entre les politiques nationales et la réalité du terrain. Régina Patricia Pepa, présidente de l'Association des sages-femmes et infirmières accoucheuses de Centrafrique, a rappelé leur rôle clé : « Les sage-femmes constituent un pilier essentiel de la santé des mères et de la santé reproductive. Nous intervenons à toutes les étapes, que ce soit pour les consultations prénatales, l'accouchement ou encore la planification familiale. Lorsqu'on nous donne les moyens de travailler correctement, beaucoup de situations à risque peuvent être évitées. »
Son intervention a aussi mis en lumière les difficultés auxquelles elles font face : manque de personnel, répartition inégale sur le territoire, ruptures d'intrants et conditions de travail parfois précaires. Selon elle, il est essentiel d'impliquer pleinement les sages-femmes dans les décisions et les actions qui suivront le forum afin que les recommandations aient un impact concret.
Les organisations de femmes ont, quant à elles, rappelé l'importance de replacer ce sujet dans la vie quotidienne des ménages. Sandrine Solet-Andji, coordinatrice de l'ONG Femme Initiative (FEMI), a insisté sur les obstacles persistants. « Le manque d'informations fiables, les tabous socioculturels et la précarité limitent fortement l'accès des femmes aux services. La planification familiale est un outil de protection, d'équilibre et de dignité qui doit être mieux compris et soutenu par tous », a-t-elle expliqué. Elle a également souligné le rôle des organisations de la société civile dans l'information, l'accompagnement et le plaidoyer.
Du côté médical, les discussions ont permis de rappeler l'ampleur des enjeux. Le Professeur Richard Norbert Ngbale, président de la Société centrafricaine de gynécologie obstétrique, a qualifié la mortalité maternelle « d'injustice sociale profonde ». « Ce sujet est le premier pilier de la prévention. Une part importante des décès maternels est liée aux grossesses non désirées et aux complications d'avortements à risque », a-t-il souligné. Pour lui, mieux travailler ensemble - entre gynécologues, sages-femmes et acteurs communautaires - est essentiel pour atteindre les zones les plus isolées.
L'attention portée aux jeunes et aux adolescents des deux sexes a également marqué ces deux journées. Les échanges ont mis en évidence la nécessité de services adaptés, confidentiels et accessibles, capables d'atteindre les jeunes avant que des grossesses précoces n'affectent leur santé et leur parcours scolaire. Plusieurs participants ont souligné que la prévention et l'éducation à la santé reproductive dès le plus jeune âge sont un investissement important pour l'avenir.
Progressivement, les discussions ont aussi fait émerger la question du financement et de la coordination. Dans un contexte de ressources limitées, le fait que plusieurs secteurs doivent travailler ensemble et planifier de manière coordonnée a été présenté comme une condition essentielle pour renforcer l'impact des actions. Éviter de faire les mêmes actions en parallèle et concentrer les efforts là où les besoins sont les plus importants est apparu comme une priorité partagée.
Le rôle de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a également été largement souligné. Le Dr Léopold Ouédraogo, conseiller régional pour la santé de la reproduction au Bureau régional de l'OMS pour l'Afrique, a mis en avant l'importance du travail conjoint de plusieurs secteurs. « Ce forum a montré qu'aucune solution durable n'est possible sans la mobilisation de l'ensemble de la société. Ce sujet ne relève pas uniquement du secteur de la santé », a-t-il affirmé, saluant l'engagement observé durant ces travaux.
Au terme des échanges, la présentation des recommandations et de la feuille de route post-forum a constitué un moment clé. Plus qu'une conclusion, cette étape a rappelé la nécessité de s'assurer que chacun rende compte des engagements pris et que les actions suivent réellement sur le terrain.
Les travaux des 22 et 23 avril ont ainsi permis de remettre les réalités du terrain au centre des décisions. En donnant la parole aux professionnelles de santé, aux organisations de femmes et aux experts, le Forum national sur la planification familiale a posé les bases d'une action collective nécessaire. Investir dans la santé, la dignité et dans l'avenir des femmes de la République centrafricaine nécessite une planification familiale adaptée aux réalités des familles.