09/15/2026 | Press release | Distributed by Public on 09/16/2026 21:20
Une coalition d'organisations de défense de la liberté de la presse et des droits humains, dont Reporters sans frontières (RSF) et Amnesty International, appelle le régime chinois à garantir la libération pleine et entière de la journaliste Sophia Huang Xueqin, figure emblématique du mouvement #MeToo en Chine. Alors qu'elle doit être libérée dans les prochains jours, elle risque de faire l'objet d'une surveillance et de restrictions de déplacement.
[Lire la déclaration conjointe]
Le vendredi 18 septembre 2026, la journaliste Sophia Huang Xueqin aura purgé sa peine de prison, mais sa condamnation prévoit qu'elle soit privée de ses droits politiques, ce qui lui interdirait notamment d'exercer le journalisme et de voyager à l'étranger, tout en la soumettant à une surveillance continue des autorités. La coalition de 60 organisations non gouvernementales (ONG) appelle les autorités chinoises à garantir sa libération immédiate et à veiller à ce qu'une fois libre, elle puisse poursuivre son activité de journaliste sans être soumise à la surveillance, au harcèlement, à des représailles ou à d'autres restrictions.
Sophia Huang Xueqin est incarcérée depuis son arrestation, en septembre 2021, la veille de son départ pour le Royaume-Uni, où elle devait poursuivre ses études. Inculpée d'"incitation à la subversion du pouvoir de l'État", aux côtés de l'activiste syndical Wang Jiabing - depuis libéré - la journaliste a été condamnée, en juin 2024, à cinq ans de prison, assortis de quatre années supplémentaires de privation de ses droits politiques.
D'après un ami proche de la journaliste, qui s'est confié à RSF sous couvert d'anonymat pour des raisons de sécurité, les autorités devraient continuer à soumettre Sophia Huang Xueqin à une "pression, une surveillance et une censure incessantes" après sa libération, notamment en s'immisçant dans sa vie personnelle et en cherchant à compliquer son retour à la vie en société.
"Après des années de harcèlement et d'abus incessants, il est temps que les autorités chinoises mettent fin à la persécution de Sophia Huang Xueqin et lui rendent sa pleine liberté. Cette liberté n'est pas négociable et doit inclure sa capacité à reprendre son travail de journaliste. Nous appelons aussi la communauté diplomatique à rester particulièrement vigilante quant à sa situation et à faire de sa sécurité une priorité absolue dans ses relations avec Pékin. Sophia Huang Xueqin doit pouvoir reconstruire sa vie et exercer à nouveau son métier sans craindre d'être surveillée, harcelée ou victime de représailles.
Torture et détérioration de son état de santé
Selon les proches de de Sophia Huang Xueqin, les autorités ont également infligé à Sophia Huang Xueqin des méthodes d'interrogatoire brutales après son arrestation, notamment l'utilisation de la "chaise du tigre", un dispositif de torture tristement célèbre. Elle a été maintenue à l'isolement pendant cinq mois sans accès à un avocat, et sa santé s'est beaucoup détériorée notamment avec une perte de poids extrême, un arrêt de ses règles, une grave carence en calcium, une hypoglycémie et une hypotension.
Née en 1988, la journaliste a commencé sa carrière au sein de l'agence de presse d'État China News Service avant de se tourner vers le journalisme indépendant pour échapper à la censure étatique. En 2015, elle rejoint le Southern Metropolis Weekly - un journal régional de la province du Guangdong réputé pour avoir révélé d'importants scandales politiques et sociaux - en tant que journaliste d'investigation.
En 2018, l'une de ses enquêtes a révélé l'ampleur des violences sexistes dans le secteur des médias. Elle a ainsi permis aux victimes de prendre la parole et remis en cause le silence profondément enraciné dans le secteur, contribuant à donner un nouvel élan au mouvement #MeToo en Chine.
En Chine, la répression ne s'arrête pas à la porte des prisons
Le cas de Sophia Huang Xueqin illustre la persécution du journalisme indépendant par le régime chinois. Les autorités persécutent souvent les journalistes après qu'ils ont purgé leur peine, comme le montre le cas de Zhang Zhan. Après avoir purgé une première peine de quatre ans de prison, cette journaliste, qui avait couvert les débuts de l'épidémie de COVID-19, est restée introuvable après la fin de sa peine en mai 2024. Les autorités avaient alors refusé de fournir la moindre information à son sujet. À la suite d'une mobilisation internationale, elle a été libérée en mai 2024, avant d'être à nouveau arrêtée quelques mois plus tard sur la base d'accusations fabriquées de toutes pièces. Elle a alors été condamnée à quatre années supplémentaires de prison.
La Chine est la plus grande prison du monde pour les professionnels des médias - 120 d'entre eux sont actuellement détenus - et occupe le 178e rang sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 de RSF.