03/27/2026 | News release | Archived content
ÉTAT DU KORDOFAN DU NORD, Soudan - « L'une des expériences les plus difficiles de cette guerre concernait une femme qui a accouché de triplés, tous prématurés et nécessitant des soins intensifs », explique le Dr Hasan Babikir, dans l'État soudanais du Kordofan du Nord.
« On les a orientés vers un hôpital pédiatrique, mais aucun lit n'était disponible. Nous avons dû en regarder deux mourir sous nos yeux. »
Le Dr Babikir dirige la maternité d'El-Obeid, qui est de plus en plus sous pression car des dizaines de milliers de personnes, la plupart vulnérables et ayant cruellement besoin de soins, fuient les violences qui submergent l'État voisin du Kordofan du Sud.
Puisqu'il est le seul hôpital de référence dans tout l'ouest du Soudan, les agent·e·s de santé ont bien du mal à fournir ces soins.
« Il y a une grave pénurie de matériel général et chirurgical d'accouchement, ainsi que de produits essentiels, comme des antibiotiques, des fils de suture et des gants », explique le Dr Babikir à l'UNFPA, le Fonds des Nations Unies pour la population, qui est l'agence chargée de la santé sexuelle et reproductive. « Cela nous force à les acheter sur le marché à des prix très élevés. »
La ville d'El-Obeid subit de fréquentes attaques de drones ciblant particulièrement les établissements de santé : des agent·e·s de santé et des patient·e·s ont été tué·e·s et blessé·e·s. La maternité prend actuellement en charge plus de 230 000 personnes déplacées, dont la plupart sont des femmes et des filles aux prises avec la violence sexuelle, la faim, et l'absence quasi totale de soins.
« Aucun lit n'était disponible. Nous avons dû regarder deux des bébés mourir sous nos yeux » - Dr Babikir
En février dernier, 25 bébés en moyenne sont nés chaque jour dans cet hôpital, ce qui constitue une forte augmentation : jusque-là, la moyenne était de 17. Pourtant, les pénuries, la surpopulation, les coupures de courant et les prix très élevés du carburant rendent extrêmement difficiles les interventions chirurgicales sur les patient·e·s, et parfois même impossibles.
L'UNFPA a installé un système à énergie solaire pour atténuer les coupures de courant que connaît la maternité, a rénové des salles d'accouchement, et a également formé et déployé des agent·e·s de santé qualifié·e·s qui sont en mesure d'aider les services d'urgences obstétricales et néonatales.
« Avant, l'hôpital n'avait pas d'unité de soins néonatals intensifs », déclare le Dr Babikir. « Début 2026, nous en avons ouvert une avec seulement quatre lits, qui sont perpétuellement occupés, et nous avons urgemment besoin d'augmenter notre capacité. »
Les conditions de plus en plus instables provoquent une hausse des décès maternels, avertit-il. « Nous avons perdu des patientes à cause des délais d'attente prolongés. Bien que nous ayons deux salles d'opération d'urgence, elles sont actuellement hors service. Dans de nombreux cas, des patientes en état d'urgence arrivent alors que toutes les salles sont occupées, ce qui conduit parfois au décès de la mère ou à la perte du fœtus. »
Selon Laila Sarfo, qui est sage-femme, la vie des nouveau-né·e·s aussi est en danger. « Nous n'avons pas de tables sur lesquelles placer les nouveau-né·e·s, ni de matériel correct de contrôle des infections dans les salles d'accouchement. "Les unités de stérilisation des instruments chirurgicaux ne fonctionnent pas. Nous manquons de produits aussi essentiels que du coton ou de la gaze stérile, et nous n'avons même pas de balance pour peser les bébés. »
L'UNFPA propose une assistance en espèces et en bons d'achat pour couvrir les frais d'orientation médicale, tels que les accouchements et les césariennes, mais la crise rend très difficile pour les agent·e·s de santé de mener ces missions à bien. « Les salaires que nous recevons sont insuffisants pour couvrir un minimum de frais de transport ou les repas dont nous avons besoin pendant nos gardes », explique Insaf, sage-femme expérimentée.
Une femme enceinte qui a été contrainte de fuir sa maison du Kordofan du Sud attend d'être reçue en consultation à la maternité d'El-Obeid, soutenue par l'UNFPA et située dans le Kordofan du Nord. © UNFPA SoudanL'équipement étant limité, les patientes doivent souvent elles-mêmes acheter les gants, l'eau stérilisée et les médicaments dont elles auront besoin. « Bien souvent, les femmes arrivent sans moyens d'acheter les produits essentiels à leur accouchement, et c'est nous qui les payons de notre poche », ajoute Insaf.
Pourtant, avec ses collègues, elle est déterminée à continuer à faire son travail de soignante. « Pendant toute la guerre, jusqu'à aujourd'hui, nous avons continué à accueillir les femmes et les filles déplacées de tous les États », précise-t-elle. « Certaines sages-femmes effectuent des gardes de 24 heures pour répondre à la demande massive. »
« C'est un profond sens du devoir qui nous ramène à l'hôpital chaque jour - nous n'avons jamais cessé de travailler. »
Près de trois ans de guerre civile ont provoqué pour plus de 33 millions de personnes au Soudan un besoin urgent d'aide humanitaire. Le conflit est marqué par des violences sexuelles atroces, des enlèvements et des mariages d'enfants - les survivantes peinent à trouver des espaces sûrs ou des soins.
« C'est un profond sens du devoir qui nous ramène à l'hôpital chaque jour - nous n'avons jamais cessé de travailler. » - Insaf, sage-femme
Dans le camp pour personnes déplacées d'Al Moaskar Al Mwahhad (Kordofan du Sud), qui est surpeuplé, l'UNFPA gère une clinique de santé mobile ainsi qu'un espace sûr pour femmes et filles survivantes de violences ou risquant d'en subir.
Salma, 50 ans, est réfugiée dans ce camp depuis huit mois désormais. « Les femmes sont épuisées par la guerre », témoigne-t-elle. « De nombreux crimes ont été commis contre les femmes, notamment des viols. Beaucoup de femmes sont à présent veuves. Dans ce camp, le nombre de femmes qui sont toujours avec leur mari peut se compter sur les doigts d'une main. »
La crise affecte tous les aspects de la vie et de l'avenir des jeunes filles comme Ismailia, 16 ans. « Nous avons voyagé à dos d'âne pendant trois jours, puis des camions nous ont amenées ici », raconte-t-elle à l'UNFPA. « J'espère retourner dans mon village et mon école. Laissez-nous reconstruire nos maisons et rentrer. »
L'UNFPA travaille dans tout le pays pour proposer une prise en charge et une protection contre la violence basée sur le genre, ainsi que des services de santé sexuelle et reproductive. Pour continuer à soutenir les femmes et les filles en 2026, l'UNFPA a lancé un appel urgent à financements, à hauteur de 129 millions de dollars (USD) - 30 millions seulement ont été promis à ce jour.