09/30/2026 | Press release | Distributed by Public on 09/30/2026 12:02
Entre lundi 28 septembre et mercredi 30 septembre, la police égyptienne a arrêté tous les journalistes de la rédaction du site d'information indépendant spécialisé dans l'investigation Matsada2sh. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une répression brutale et appelle les autorités égyptiennes, qui n'ont pas confirmé leur détention malgré les preuves, à libérer immédiatement les six journalistes.
C'est une première, même en Égypte : toute une rédaction derrière les barreaux. Tôt ce matin du 30 septembre, dans les rues du Caire, des policiers ont enlevé deux journalistes salariés du site indépendant d'investigation Matsada2sh ("N'y croyez pas"), Mohamed Mahmoud et Mohamed Adel. Ils étaient les deux derniers membres de l'équipe éditoriale de ce média à être encore en liberté après une vague d'arrestations qui a duré 48 heures. Six membres de la rédaction, tous basés en Égypte, sont maintenant derrière les barreaux. Les premières arrestations ont commencé ce lundi 28 septembre, à 21h. Des policiers ont alors perquisitionné le domicile du rédacteur en chef, Mohamed Ashraf ; le lendemain, c'était au tour de la maison du journaliste Abdullah Qadri. Plus tard dans la journée, deux autres collègues ont été interpellés : la journaliste Islam Barakat, à son domicile dans le gouvernorat de Gharbeya, au nord de l'Égypte, et Omar Hilal à son domicile à Port-Saïd, au nord-est. Ces arrestations ont été confirmées par un communiqué publié sur la page Facebook de Matsada2sh, par trois autres membres du média actuellement en exil.
À l'heure actuelle, RSF ne dispose d'aucune information concernant le lieu où les journalistes sont détenus, les motifs de leur détention ni les chefs d'accusation officiels. Ils n'ont pas été autorisés à passer des appels téléphoniques ni à recevoir la visite d'un avocat, et le gouvernement égyptien n'a fourni aucune information officielle quant à leur arrestation : une violation de la constitution égyptienne - malgré tout courante. Les journalistes détenus en Égypte sont souvent victimes de disparitions forcées pendant plusieurs jours avant d'être inculpés et de de comparaître devant un tribunal.
"Au cours des denières 48 heures, les forces de sécurité en Égypte ont arrêté les six journalistes de Matsada2sh, soit toute une rédaction. Ce site d'information indépendant accomplit un travail essentiel de vérification des faits pour informer le public égyptien et lutter contre la propagande d'État et la désinformation. Une noble mission qui vraisemblablement dérange la dictature policière d'Abdel Fattah al-Sissi. RSF est pleinement mobilisée pour la libération des six journalistes. Nous appelons les autorités égyptiennes à communiquer immédiatement des informations sur le lieu où ils se trouvent et les motifs de leur arrestation. Les journalistes doivent pouvoir consulter leurs avocats. Nous demandons leur libération immédiate, ainsi que celle de leurs 18 autres collègues actuellement détenus."
Matsada2sh : des enquêtes qui dérangent
Matsada2sh, l'une des rares plateformes de vérification des faits de la région, a été fondée en 2018 pour "lutter contre la propagation de fausses informations ou d'informations trompeuses", selon leur site. Le média d'investigation vérifie régulièrement les déclarations des responsables égyptiens, et révèle des informations essentielles sur l'actualité qu'elle soit politique, économique ou sociale. Selon les informations de RSF, le gouvernement égyptien menaçait régulièrement les journalistes de leur retirer leur licence et de bloquer leurs sites, et le 19 Août 2023, le journaliste Karim Asaad, ancien membre de la rédaction, a été arrêté à son domicile, obligé à effacer des posts qu'il avait publiés sur Facebook concernant des révélations sur un avion privé égyptien retenu en Zambie.
Une mobilisation internationale pour la libération des journalistes
Le syndicat égyptien de la presse a dénoncé, lundi, une atteinte à la liberté de la presse, avant de qualifier ces arrestations, deux jours plus tard, d'une "escalade inquiétante [...] visant la presse indépendante". Une réunion avec des représentants de la société civile est prévue ce jeudi 1er octobre au siège du syndicat pour discuter des recours possibles, et une lettre ouverte, signée par RSF et 33 autres organisations réclame également "la libération de l'ensemble de la rédaction de la plateforme égyptienne". Avec ces six nouveaux journalistes incarcérés, le nombre de reporters détenus en Égypte s'élève désormais, selon RSF, à 24, soit le chiffre le plus élevé de la région. Le 27 septembre, l'un de ces journalistes, Hamdy Al-Zaeem, en détention provisoire depuis 2021, a enfin comparu devant un juge. Il est accusé de "diffusion de fausses informations", "d'utilisation abusive des réseaux sociaux" et "d'appartenance à une organisation terroriste". RSF a demandé à plusieurs reprises sa libération.