Ministry of Europe and Foreign Affairs of the French Republic

03/11/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/11/2026 06:01

Entretien de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, avec « TF1 » (11 mars 2026)

Q - Bonjour Jean-Noël Barrot.

R - Bonjour Adrien Gindre.

Q - Ce 12e jour de guerre donc au Moyen-Orient. Cette nuit, l'Iran affirme avoir mené la vague de frappes la plus violente sur des cibles israéliennes et américaines. Dans le même temps, les États-Unis, eux, ont annoncé avoir détruit 16 bateaux iraniens possiblement poseurs de mines dans le détroit d'Ormuz. Je rappelle que c'est par là que passe en théorie une partie du pétrole. Est-ce que vous soutenez cette action américaine, notamment pour tenter de sécuriser ce détroit d'Ormuz, d'éviter qu'il soit miné possiblement par les Iraniens ?

R - Nous avons lancé le travail pour bâtir une mission associant un certain nombre de pays autour de la France, dont vous savez qu'elle a déployé ses moyens militaires, ceux de sa marine dans la région, pour que durablement, nous puissions assurer la sécurité maritime, la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz, comme nous le faisons depuis des années en mer Rouge avec une opération européenne qui implique des bâtiments militaires français pour accompagner les porte-conteneurs ou les pétroliers. Pour vous donner un exemple, en mer Rouge, grâce à cette opération où nous sommes aux côtés des Grecs, des Italiens, des Espagnols, nous avons permis la circulation de 150 navires en mer Rouge. C'est en quelque sorte une mission similaire que nous voulons mettre en place dans le détroit d'Ormuz.

Q - Est-ce que, dans les modalités, hier, les États-Unis ont annoncé puis démenti avoir escorté militairement un pétrolier dans le détroit d'Ormuz ? Est-ce que ça pourrait prendre cette forme-là ? Est-ce que la France pourrait escorter militairement des navires dans le détroit d'Ormuz ?

R - En tout cas, nous voulons attendre que la phase de très haute intensité des hostilités s'interrompe.

Q - Donc pas dans la situation actuelle, en tout cas.

R - Pour qu'ensuite, de manière durable, on puisse avoir une mission en place, qui assure durablement cette liberté de navigation.

Q - Vu la situation qu'on voit encore ce matin, quand est-ce que vous, vous espérez une reprise de trafic ? Là, on parle au moins de plusieurs semaines de blocage, non ?

R - Il faut que ça arrive au plus vite, puisque l'économie mondiale n'a pas à être l'otage d'une guerre entre les États-Unis et Israël d'un côté, et l'Iran de l'autre.

Q - Mais là, ça change la donne quand même, y compris pour la France, le fait que ce détroit soit miné, visiblement.

R - Évidemment.

Q - Vous le dites de cette façon aussi, ça change la donne ?

R - Ce que je dis, en tout cas, c'est que cette escalade militaire emporte effectivement des risques majeurs pour la sécurité de nos ressortissants, pour nos intérêts, pour nos partenaires, mais aussi pour l'économie mondiale et donc pour notre pouvoir d'achat, comme chacun peut le constater.

Q - Mais est-ce que la France a, à son niveau, une confirmation qu'il y a bel et bien eu des mines déposées par les Iraniens dans le détroit d'Ormuz ? Parce qu'il y a une dimension qui n'est pas tout à fait claire encore ce matin, à ce sujet.

R - Ce qui est clair en tout cas, c'est qu'entraver la liberté de circulation, la liberté de navigation, c'est contraire au droit de la mer. Et donc tout cela doit cesser.

Q - On aura, cet après-midi, une réunion autour du chef de l'État notamment, du G7, des chefs d'État et de gouvernement, pour évoquer justement, vous l'évoquiez vous-même, les conséquences sur la situation énergétique, les mesures pour les atténuer. Qu'est-ce qu'il reste dans notre manche pour atténuer les conséquences énergétiques et éviter que le pouvoir d'achat des Français soit directement touché ?

R - Comment répondre à cette flambée du prix du diesel, et dans une moindre mesure de l'essence ? C'est d'abord régler le problème à la source, c'est ce qu'on évoquait à l'instant, sécuriser la circulation des navires. C'est évidemment veiller à ce que personne n'engrange des profits sur le dos des Français. C'est le Premier ministre qui a ordonné que des contrôles soient menés aux stations essence. Et puis enfin, c'est de mobiliser tous les instruments à notre disposition. Depuis lundi, un certain nombre de réunions se sont tenues au niveau des ministres du G7, notamment…

Q - Notamment pour voir si on peut libérer ce qu'on appelle les stocks stratégiques.

R - Voilà, des stocks de précaution, qui permettraient, le moment venu, de remettre du pétrole en circulation pour faire baisser la pression sur les prix.

Q - Il y a également des conseils qui vous ont été donnés au niveau européen. Le commissaire européen chargé de l'énergie dit recommander aux pays européens qui en ont les moyens de baisser les taxes sur l'énergie. Il dit qu'il faudrait que ça permette d'économiser 200 euros par an en moyenne. Il y a des pays européens, d'ailleurs, qui ont pris des mesures. La Croatie, qui est gouvernée par un gouvernement de centre-droit, qui a décidé le plafonnement des prix. Pourquoi eux et pas nous ?

R - La recommandation de la Commission, elle touche les prix de l'électricité qui, heureusement, en France, ne sont pas affectés par la crise que nous traversons. Et quant au prix de l'essence, au prix du diesel, comme je vous le disais, notre priori, puisque nous ne savons pas combien de temps ces tensions vont durer au Proche et au Moyen-Orient, c'est d'aller régler le problème à la source et de faire baisser les prix du pétrole.

Q - Quand vous dites « régler à la source », c'est-à-dire espérer que les Américains, les Iraniens réussissent à trouver une voie de sortie ?

R - Évidemment, et cela passe d'abord et avant tout par des concessions majeures et un changement radical de posture du régime iranien, qui permettent qu'une solution émerge, qui à terme permettent à l'Iran la coexistence pacifique avec son environnement régional, et qui permettent aux Iraniennes et aux Iraniens de construire librement leur avenir.

Q - Mais vous avez noté que ce matin, les Iraniens disent que le nouveau guide suprême est sain et sauf, malgré les frappes des derniers jours. Est-ce que vous avez le sentiment que ce régime peut reculer, va reculer, voire est sur le point de s'effondrer, comme l'espèrent les Israéliens, notamment ?

R - Il n'y a pas d'autre issue pour ce régime que de tout changer de fond en compte. Ces actions de déstabilisation, qui sont dangereuses pour la région, mais aussi pour nous-mêmes, la répression sanglante qui a été menée contre les manifestants, tout ça n'est en aucun cas tenable. Et ces dernières années, son refus de négocier est sans doute à l'origine des opérations militaires conduites par les États-Unis et Israël.

Q - Je voudrais qu'on parle également du Liban. Là, c'est le conflit qui oppose Israël avec le Hezbollah, qui est un soutien de l'Iran, qui déstabilise le pays. On est à pratiquement 800.000 personnes déplacées. Je ne sais pas si vous avez des chiffres actualisés ce matin, mais ce qu'on sait, c'est qu'Israël a mené de nouvelles frappes sur Beyrouth et sa banlieue sud, encore, ces dernières heures. Je rappelle que le chef de l'État avait fait des promesses pour le Liban : de l'aide militaire, notamment, des véhicules blindés, de l'aide humanitaire, plusieurs tonnes de médicaments. Vous aviez vous-même précisé, je crois, cinq tonnes. Votre ministre délégué avait dit ensuite 20 tonnes. Qu'est-ce qui est déjà arrivé, au moment où l'on se parle, et qu'est-ce qui doit encore arriver ?

R - Ce qui est déjà arrivé, c'est un soutien financier à des organisations humanitaires qui sont déjà présentes sur le terrain - quatre d'entre elles. Et ce dont nous avons décidé, c'est de tripler le volume de l'aide qui arrivera cette semaine. Cette aide, elle atteindra 60 tonnes, donc 20 fois trois, 60 tonnes d'aide humanitaire à destination des Libanais, avec des kits sanitaires, des kits d'hygiène, des matelas, des lampes, mais aussi un poste sanitaire mobile qui, grâce au soutien de la fondation CMA-CGM, parviendront au Liban jeudi pour faire face à la situation humanitaire dramatique qui est en train de se mettre en place.

Q - Donc tout sera arrivé cette semaine. Jeudi, toutes les aides promises par la France seront dans le pays.

R - Jeudi, un premier convoi de 60 tonnes envoyé par la France, qui s'ajoute à l'aide directe apportée aux organisations humanitaires sur le terrain.

Q - Et sur l'aide militaire, les véhicules blindés, vous savez s'ils sont d'ores et déjà déployés aux dispositions des forces libanaises ?

R - Ce sont plusieurs dizaines de véhicules blindés qui sont mis à disposition des forces armées libanaises. Je ne peux pas vous donner exactement le moment où ils arriveront, mais ce n'est que l'un des éléments de notre soutien aux forces armées libanaises, dont nous considérons qu'elles sont seules légitimes à assurer la sécurité du Liban. Et ce que nous souhaitons, c'est que le Hezbollah cesse ses attaques sur Israël et qu'il consente à rendre ses armes aux autorités libanaises.

Q - Il y a encore quelque chose à espérer de l'ONU, dans cette situation ? Je rappelle qu'au Liban, il y a une force qui s'appelle la Force Intérimaire des Nations unies. On en parle parfois sous le sigle FINUL. On a le sentiment que c'est l'un des absents de ce conflit, l'ONU.

R - La FINUL, donc les Casques bleus au Liban. Les Casques bleus, ce sont les soldats de la paix. Ils n'ont pas vocation à faire la guerre. Ils ont joué depuis un an et demi, depuis que nous avons, avec un cessez-le-feu, mis fin à une escalade militaire très dangereuse au Liban, ils ont joué un rôle très important pour faire avancer le processus de désarmement du Hezbollah. Et je veux rendre hommage au 700 militaires français…

Q - Donc l'ONU est encore utile ?

R - Oui, les opérations de maintien de la paix, elles ne préviennent pas tous les conflits, mais elles permettent d'en limiter l'ampleur.

Q - Je voudrais qu'on évoque aussi, Jean-Noël Barrot, le sort de nos compatriotes. En début de semaine, vous disiez, il me semble que 7.500 Français avaient demandé à être rapatriés du Moyen-Orient. Combien sont rentrés ? Combien il en reste à rapatrier ? Est-ce que c'est un chiffre, d'ailleurs, qui a évolué, le nombre de Français qui souhaitent rentrer ?

R - D'abord, je veux rendre hommage à la mobilisation du ministère des affaires étrangères et de ses agents puisque, vous le savez, sept jours sur sept, 24 heures sur 24, c'est près de 50 personnes qui, à titre bénévole, répondent aux appels téléphoniques de nos compatriotes qui sont dans la région et qui cherchent à rentrer. La semaine dernière, entre les vols que nous avons mis à disposition, que nous avons affrétés pour les Français les plus vulnérables, plus de 1.000 personnes en ont bénéficié, et les vols commerciaux, 15.000 sièges, sur les compagnies aériennes qui, de la région, ont desservi la France, c'est cet ordre de grandeur-là de personnes qui sont rentrées. Nous allons continuer de mettre à disposition des avions tout au long de cette semaine. Et quant aux compagnies aériennes, à condition bien sûr que les espaces aériens restent ouverts, c'est 30.000 places dans les avions commerciaux qui vont regagner la France depuis la région, tout au long de la semaine.

Q - Et quand vous dites « Nous allons continuer de mettre à disposition des avions », là c'est le Gouvernement français, l'armée française ?

R - Non, c'est le Gouvernement qui affrète des avions, qui peuvent être civils, qui sont parfois militaires, en fonction de la rotation de nos moyens dans la région.

Q - Ça concernera combien de personnes, cette semaine ?

R - Ça sera à nouveau un millier de personnes vulnérables qui ont donc besoin de ce soutien particulier.

Q - Et il en restera donc à faire rentrer encore ?

R - C'est un chiffre qu'il est difficile d'estimer. Je vous dis, cette semaine, c'est 1.000 personnes vulnérables qui sont rapatriées par nos soins. Et puis, c'est 30.000 sièges sur les compagnies aériennes régulières qui vont desservir la France.

Q - Merci beaucoup, Jean-Noël Barrot.

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