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United Nations Security Council

01/22/2026 | Press release | Distributed by Public on 01/22/2026 15:28

Syrie: la réintégration de l’est de l’Euphrate dans le giron gouvernemental et le respect des minorités au cœur des débats au Conseil de sécurité

Le Conseil de sécurité s'est réuni, ce matin, pour examiner les volets politique et humanitaire de la situation en République arabe syrienne, dans un contexte marqué par une escalade des tensions entre les forces gouvernementales syriennes et les Forces démocratiques syriennes (FDS), à majorité kurde, dans le nord-est du pays.

Dans son exposé liminaire, le Sous-Secrétaire général pour le Moyen-Orient, l'Asie et le Pacifique a regretté que les discussions tenues le 4 janvier entre le Gouvernement syrien et les FDS sur la mise en œuvre de l'accord du 10 mars 2025 n'aient débouché sur aucune avancée. Toutefois, a noté M. Khaled Khiari, les forces kurdes se sont retirées, le 11 janvier, à l'est de l'Euphrate et, à partir du 17 janvier, les forces gouvernementales syriennes ont pris le contrôle de vastes zones précédemment tenues par les FDS, illustrant une reconfiguration rapide et instable de la situation sécuritaire sur le terrain.

Un accord de cessez-le-feu et d'intégration totale a été annoncé le 18 janvier, à la faveur d'une médiation des États-Unis et de partenaires internationaux, avec pour objectif de placer l'ensemble du nord-est syrien, notamment la province de Hassaké, sous l'autorité de l'État central. Mais des divergences sur les modalités de mise en œuvre de cet accord ont rapidement conduit à une reprise des combats.

Le 20 janvier, un « entendement partagé » entre les autorités syriennes et le général Mazloum, commandant des FDS, a accordé à ces dernières un délai de quatre jours pour mener des consultations internes, tandis qu'elles réaffirmaient leur engagement en faveur d'un cessez-le-feu.

Alors qu'il ne reste que deux jours avant la fin de cette échéance, M. Khiari a exhorté les parties à respecter le cessez-le-feu, à mettre en œuvre les accords conclus et à soutenir une intégration pacifique du nord-est syrien dans le cadre de la transition politique du pays, une position très largement partagée par les membres du Conseil.

Les atermoiements des FDS dénoncées par plusieurs délégations

Pour sa part, le Gouvernement syrien reproche aux FDS de ne pas avoir respecté les accords d'intégration de leurs forces dans les institutions de l'État, de pratiquer l'obstruction politique et la procrastination, et de déplacer des leaders kurdes influents vers des zones échappant au contrôle de l'État, a expliqué son représentant. Face à cette résistance, Damas a lancé une « opération sécuritaire ciblée », présentée comme respectueuse du droit international humanitaire, pour protéger les civils et mettre fin aux présences militaires illégales dans le nord-est du pays. La Türkiye s'y est déclarée favorable, estimant que les FDS ne sont « ni syriennes ni démocratiques », mais constituent une extension du groupe PKK/YPG [Parti des travailleurs du Kurdistan/Unités de protection du peuple].

Dans ce contexte, l'incertitude liée à la fuite de prisonniers djihadistes détenus dans des centres et camps qui étaient jusque-là étaient sous le contrôle des FDS a poussé le Sous-Secrétaire général à exiger que le transfert de ces installations au Gouvernement syrien se déroule dans le calme. M. Khiari a relevé l'annonce par les États-Unis, le 21 janvier, de leur intention de transférer les détenus de l'EIIL de Syrie vers l'Iraq. Il a précisé que 150 membres de cette organisation terroriste détenus à Hassaké ont d'ores et déjà été déplacés vers un centre de détention sécurisé en Iraq.

Pour l'Iraq, la sécurité de ces camps, notamment celui de Hol, relève de la responsabilité internationale tout en touchant directement sa propre sécurité. Au-delà de la question des fugitifs, le véritable péril tient à la génération qui a grandi dans ces camps, a mis en garde le délégué iraquien en exigeant que tous les États concernés rapatrient leurs ressortissants qui s'y trouvent.

Il est essentiel de mettre en place un plan de transition solide pour sécuriser et gérer les centres de détention, a insisté à son tour le Royaume-Uni, rejoint par la France selon laquelle la sécurité de ces camps constitue un sujet d'intérêt commun. Le Danemark a, pour sa part, appelé le Gouvernement de transition syrien à poursuivre ses efforts pour faire face à cette menace en tant que membre de la Coalition internationale contre l'EIIL, à laquelle il a récemment adhéré.

En réponse, le représentant syrien a condamné l'usage de détenus de Daech comme « carte de pression politique » par les FDS. Il a assuré que son gouvernement agit rapidement pour sécuriser les centres de détention désormais sous son contrôle et a déjà appréhendé la majorité des fugitifs. Il a également salué les transferts des prisonniers djihadistes hors du territoire syrien par les États-Unis.

Les avancées de la « nouvelle Syrie » remises en question par Israël

Il a d'autre part mis l'accent sur les efforts déployés par le Gouvernement syrien depuis un an pour lancer un processus politique très vaste, préserver les institutions publiques, éviter le chaos, initier un dialogue national, promulguer une déclaration constitutionnelle et lutter contre le trafic de Captagon, cette drogue illicite dont la production et l'exportation étaient organisées par le régime el-Assad.

Ces avancées, saluées par plusieurs autres intervenants, dont les membres du Groupe des États arabes représentés (Bahreïn, Jordanie et Somalie), ont permis à plus de 3 millions de réfugiés et de déplacés internes de rentrer dans leurs foyers, a signalé le délégué syrien.

Les engagements pris par le Gouvernement de transition syrien pour assurer une transition inclusive, dans le respect de la diversité des identités, ont été largement applaudis. La réconciliation, la justice transitionnelle et une approche internationale globale dépassant la seule aide humanitaire d'urgence pour appuyer le relèvement économique, la fourniture des services essentiels et la reconstruction sont indispensables pour une paix durable et le retour volontaire des réfugiés en Syrie, ont constaté la plupart des délégations.  

Projetant l'image d'une « nouvelle Syrie », un État uni, souverain, stable, intégré, où toutes les communautés vivent ensemble, Damas mise sur la construction nationale fondée sur l'égalité, la citoyenneté et le pluralisme, a expliqué son représentant, qui en a voulu pour preuve le récent décret reconnaissant le kurde comme langue nationale et garantissant les droits culturels et civils des Kurdes syriens. Il a remercié les membres du Conseil qui ont su faire la distinction entre les FDS, « une milice qui échappe au contrôle de l'État », et les Kurdes syriens qui font intégralement partie du pays, tout comme les Druzes.

Ces assurances n'ont pas empêché le représentant d'Israël de dénoncer une nouvelle fois les pressions et les violences exercées contre les communautés druzes dans le sud de la Syrie. Si Israël veut lui aussi la paix et la stabilité, « sa sécurité n'est pas négociable », a-t-il répété, assurant que son pays se tient prêt à participer à l'établissement de « garanties vérifiables de sécurité » dans le sud de la Syrie, y compris l'élimination des éléments radicaux et la protection des minorités.

Le délégué syrien a, lui, dénoncé les violations répétées de l'Accord sur le dégagement de 1974 par Israël et le mépris de ce pays pour les résolutions de l'ONU. Une condamnation partagée par plusieurs délégations, en particulier la Fédération de Russie, qui a sommé les dirigeants israéliens de renoncer au recours à la force pour répondre à leurs préoccupations sécuritaires, de respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale de leur voisin arabe et de se conformer à leurs obligations juridiques internationales. Les États-Unis ont préféré promettre de favoriser une « discussion constructive » entre les deux pays pour « construire un nouveau chapitre de leur histoire ».

Une situation humanitaire en léger progrès malgré les tensions

Malgré les combats et les difficultés d'accès, situation encore aggravée par une année de sècheresse et un hiver rude, l'ONU et ses partenaires poursuivent leur action humanitaire, a indiqué la Directrice de la Division de gestion des crises du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA). Mme Edem Wosornu a toutefois confirmé les premiers signes encourageants, bien qu'encore limitées, des indicateurs humanitaires. La sécurité alimentaire s'est légèrement améliorée, a-t-elle noté, même si seule une famille sur cinq parvient à couvrir régulièrement ses besoins nutritionnels.

Confiante que la réduction des besoins humanitaires en Syrie peut progresser, la responsable de l'OCHA a identifié plusieurs priorités pour les partenaires internationaux de la Syrie, à commencer par un investissement accru dans la reconstruction et le développement du pays. Elle a aussi plaidé en faveur d'un financement humanitaire suffisant et soutenu à court terme, dans la mesure où les investissements à grande échelle dans le développement mettront du temps à se mobiliser et à porter leurs fruits. « En attendant, une assistance immédiate pour sauver des vies doit se poursuivre ».

Dans l'immédiat, l'ONU entend poursuivre son accompagnement de la Syrie vers la paix, la stabilité et la prospérité, en travaillant avec les autorités syriennes et toutes les composantes de la société, a souligné M. Khiari. Pour renforcer cet appui et renforcer la présence de l'Organisation sur le terrain, un nouveau Représentant spécial adjoint, M. Claudio Cordone, de l'Italie, et une nouvelle Coordonnatrice humanitaire par intérim, Mme Nathalie Fustier, de la France, ont été nommés par le Secrétaire général, a-t-il précisé, plaidant en outre, à l'instar des États-Unis, pour un retour du Bureau de l'Envoyé spécial pour la Syrie de Genève à Damas.

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