10/09/2026 | Press release | Distributed by Public on 10/10/2026 02:28
Insultes, coups, menaces et destructions de matériel : Reporters sans frontières (RSF) a recensé douze cas de journalistes agressés physiquement ou intimidés verbalement par des membres des forces de l'ordre, des manifestants ou des tiers, alors qu'ils couvraient les mobilisations lycéennes et étudiantes, qui se déroulent en France depuis le 21 septembre. RSF condamne fermement ces violences et entraves manifestes à la liberté de la presse, et appelle les autorités compétentes à identifier leurs auteurs qui doivent répondre de leurs actes.
De Saint-Denis à Marseille, en passant par Dijon, Montpellier et Paris, les journalistes qui couvrent les mobilisations étudiantes et lycéennes en cours depuis le 21 septembre sont confrontés à des violences répétées. Au moins douze d'entre eux ont été agressés physiquement ou verbalement : six par des manifestants ou des tiers, six par les forces de l'ordre, alors même qu'ils étaient tous clairement identifiables comme journalistes et que certains se sont, en outre, identifiés en tant que tels auprès des fonctionnaires de police. Ces atteintes à la liberté de la presse contreviennent aux dispositions du Schéma national de maintien de l'ordre (SNMO), adopté par le ministère de l'Intérieur, qui garantit notamment le droit des journalistes de couvrir les opérations de forces de l'ordre et d'être protégés par celles-ci.
"Frapper un journaliste, le menacer ou détruire son matériel porte gravement atteinte à la liberté de la presse et au droit de chacun à être informé. Les journalistes doivent pouvoir couvrir les mobilisations en toute sécurité, y compris lorsque les tensions s'exacerbent. Les autorités, elles, doivent garantir leur protection et veiller à ce que les auteurs de ces violences soient identifiés et répondent de leurs actes. Au-delà de cette réponse indispensable, la récurrence des agressions dans le cadre de la couverture de mouvements sociaux appelle un travail de fond pour combattre l'hostilité envers la presse et rappeler le rôle essentiel des journalistes dans une démocratie : documenter les faits, rendre compte des événements ainsi que des revendications et permettre le débat public.
Des journalistes pris pour cible par des manifestants…
Deux journalistes de la chaîne d'information en continu BFMTV ont été pris à partie, molestés et insultés le 29 septembre devant le lycée Paul-Éluard de Saint-Denis. Ils ont ensuite été exfiltrés par mesure de sécurité et la chaîne a annoncé porter plainte. Le même jour, à Lille, Zack Ajili, correspondant de la chaîne d'information en continu LCI ainsi qu'un journaliste reporter d'images (JRI) de la chaîne, qui a souhaité rester anonyme, ont été agressés par des manifestants, puis contraints à quitter les lieux précipitamment.
Les intimidations se sont poursuivies à Dijon le lendemain, où un journaliste du média local en ligne Dijon Actualités, clairement identifié comme tel, a été approché par un jeune homme armé d'un couteau, qui lui a intimé de cesser de filmer devant le lycée Le Castel, dont il couvrait la mobilisation. Le 8 octobre, le même journaliste a été frappé dans le dos par un individu. Deux plaintes ont été déposées.
À Marseille, un correspondant de la chaîne M6 a été encerclé puis frappé à plusieurs reprises alors qu'il couvrait, le jeudi 1er octobre, le blocage devant le lycée Saint-Exupéry, dans le 15e arrondissement de la cité phocéenne. Il a été blessé au front et sa caméra détruite. Dans l'après-midi, à Manosque, une journaliste de l'antenne locale des Alpes du sud et Haute-Provence de la chaîne d'information en continu BFM DICI a été prise à partie, insultée et bousculée alors qu'elle couvrait le mouvement de blocage des lycées dans la ville avant d'être exfiltrée du mouvement pour des raisons de sécurité.
…et confrontés à des violences de la part de membres des forces de l'ordre
Plusieurs journalistes ont également été victimes de violences commises par des forces de l'ordre. À Lyon, une journaliste du mensuel Lyon Mag a vu son téléphone projeté au sol par un CRS (membre d'une compagnie républicaine de sécurité), le 2 octobre, alors qu'elle s'était préalablement identifiée auprès de lui. Dans la même journée, à Fréjus, un journaliste du quotidien régional Var Matin a été agressé verbalement et a reçu un coup de matraque par une fonctionnaire de police, malgré la présentation de sa carte de presse.
Le même jour à Montpellier, le journaliste Valentin Levetti, directeur de publication du média en ligne indépendant Stup.media, a été percuté au tibia droit par un motard identifié comme un policier en civil, sans brassard ni matricule, alors qu'il filmait une interpellation rue Balard, à proximité du lycée Georges-Clémenceau. Il était pourtant clairement identifiable comme journaliste (brassard, casque et sac siglés "presse"). Mis en arrêt de travail par deux médecins ayant constaté un hématome et des dermabrasions, un troisième constate, quatre jours après l'agression, des lésions compatibles avec une entorse du genou droit. Le journaliste a porté plainte contre X, le 8 octobre, auprès du procureur de la République de Montpellier pour violences volontaires aggravées commises par une personne dépositaire de l'autorité publique avec une arme par destination.
Toujours à Montpellier, le journaliste Samuel Clauzier, qui collabore avec plusieurs médias dont le site d'information Rue89 Bordeaux, a été victime de trois agressions par des CRS le 6 octobre. Clairement identifiable comme journaliste - il portait un casque, quatre badges presse et un brassard - et se tenant à distance des forces de l'ordre pour ne pas les gêner dans leurs interventions, il a d'abord reçu un coup de bouclier dans la poitrine puis, quelques minutes plus tard, un CRS a frappé son téléphone avec une matraque alors qu'il le filmait en pleine intervention. Une heure plus tard, aux alentours de 17 heures, le journaliste a été violemment frappé dans le dos par un fonctionnaire de police, et son matériel a alors été projeté à plusieurs mètres.
Le même jour à Paris, un CRS a attrapé à la gorge un journaliste du quotidien L'Humanité, Mike Strachinescu, et ce à deux reprises, alors même qu'il avait présenté sa carte de presse aux forces de l'ordre.
Les violences se sont poursuivies lors de la journée de mobilisation du 8 octobre. Alors qu'il couvrait, pour le quotidien américain Wall Street Journal, un rassemblement sur la place de la Bastille à Paris en fin de journée, le photographe Patrick Wack a reçu un tir de lanceur de balles de défense (LBD) à bout portant, alors qu'il était isolé. Blessé à l'oreille, il a dû recevoir des points de suture le soir même.
Ces agressions s'inscrivent dans un contexte plus large de recrudescence des violences à l'égard des journalistes qui couvrent les mouvements sociaux en France, ces dernières années. En 2025, RSF avait dénoncé les violences policières contre plusieurs journalistes lors de la traditionnelle manifestation du 1er mai. En septembre de la même année, lors de la mobilisation du mouvement de protestation "Bloquons tout", des journalistes étaient de nouveau entravés physiquement par les forces de l'ordre. Lors des journées et nuits de révoltes déclenchées par la mort du jeune Nahel en 2023, pas moins de 18 professionnels des médias ont été agressés par des émeutiers.
Si vous êtes journaliste et avez été victime de violences ou d'intimidations dans le cadre des mobilisations en cours, contactez-nous à l'adresse : [email protected]