06/11/2026 | Press release | Distributed by Public on 06/11/2026 15:43
Trente minutes après son arrivée, le 10 juin, à l'aéroport Ben Gurion en Israël, d'où elle devait rejoindre la Cisjordanie pour un reportage, la journaliste française Alice Froussard, collaboratrice de Radio France Internationale (RFI), a été interpellée, interrogée puis expulsée du pays par la police israélienne. Reporters sans frontières (RSF) exprime sa pleine solidarité avec cette journaliste, spécialiste de la Cisjordanie depuis de nombreuses années, et dénonce une mesure liberticide d'une extrême gravité, révélatrice d'une volonté d'entraver la couverture de la Cisjordanie par la presse étrangère.
Après le blocus imposé aux médias étrangers à Gaza, est-ce le tour de la Cisjordanie ? Les autorités israéliennes ont refoulé une journaliste étrangère à l'aéroport de Ben Gurion, à Tel Aviv, alors même qu'elle disposait de tous les documents requis pour entrer dans le pays et exercer son métier sur un territoire qu'elle arpente depuis des années.
La journaliste française indépendante Alice Froussard, correspondante en Cisjordanie pour plusieurs médias français, a atterri en Israël a 22 heures, ce mercredi 10 juin, pour se rendre à Ramallah, en Cisjordanie occupée, comme à son habitude, en mission journalistique officielle pour Radio France International (RFI). À 22 h 30, elle fut appréhendée, selon les informations de RSF, par les agents de contrôle aux frontières, interrogée, puis renvoyée plus de 10 heures plus tard vers la France.
L'interdiction officielle, émise par l'Administration des contrôles aux frontières et consultée par RSF, invoque comme motifs du refus "des considérations de sécurité publique, de sûreté publique ou d'ordre public" et "des considérations liées à la prévention de l'immigration clandestine". La journaliste disposait pourtant de toutes les pièces requises, d'un visa et d'un contrat officiel avec RFI. "La personne susmentionnée sera expulsée d'Israël conformément à l'article 10(A) de la loi dès que possible et, d'ici là, sera détenue dans un lieu désigné à cet effet" stipule la lettre qui précise également qu'Alice Froussard devra présenter une demande préalable avant toute future visite en Israël.
"L'expulsion d'Alice Froussard d'Israël est injustifiable. Cette correspondante expérimentée, qui couvre la Cisjordanie depuis des années, fait partie des journalistes qui ont le courage de se rendre dans les territoires palestiniens occupés pour travailler auprès de leurs confrères palestiniens, malgré les risques sécuritaires croissants auxquels ils sont exposés. Le refus de la laisser exercer son métier révèle jusqu'où les autorités israéliennes sont prêtes à aller pour priver l'opinion publique internationale d'informations en provenance de la Palestine. Alors qu'elles imposent un blocus médiatique sur Gaza depuis bientôt trois ans, elles entravent désormais encore davantage l'information sur la Cisjordanie. Nous exprimons notre solidarité avec Alice Froussard, nous dénonçons son expulsion et nous appelons les autorités israéliennes à lever immédiatement cette interdiction aberrante qui viole toutes les normes du droit international."
Après l'expulsion, la diffamation
Le ministre israélien de la Diaspora et de la Lutte contre l'antisémitisme Amichai Chikli s'est quant à lui félicité de cette expulsion sur le réseau social X, en émettant des accusations infondées de "soutien au Hamas" contre la journaliste. La recommandation d'expulser la journaliste aurait été adressée ce ministre sur avis du directeur général de son ministère selon le site d'information israélien I24News. "Les autorités lui reprochent notamment d'avoir qualifié certaines lois israéliennes de 'draconiennes', d'avoir affirmé que le système judiciaire israélien était dual et constituait un exemple 'd'apartheid', ainsi que d'avoir déclaré, au sujet du massacre du 7 octobre, que 'l'attaque devait être examinée dans son contexte'."
RFI a dénoncé dans un communiqué "le refoulement de la journaliste Alice Froussard à son arrivée en Israël" qui intervient comme le précise la direction du média "dans un contexte de difficultés croissantes rencontrées par les journalistes pour couvrir l'actualité de la région".
Des représailles politiques ?
L'interdiction d'entrée sur le territoire imposée à Alice Froussard intervient au lendemain de l'annonce par le ministère français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, d'une interdiction de séjour en France envers le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, pour "incitation à la violence" et pour avoir promu "l'annexion de la Cisjordanie". Un éventuel amalgame entre l'État français et une journaliste indépendante française est apparu plus clairement à la suite d'une autre déclaration du ministre Amichai Chikli. Alors que l'ambassade de France à Jérusalem a exprimé son indignation ce jeudi face à l'expulsion d'Alice Froussard, Amichai Chikli a répondu en s'adressant au président Macron et à Jean-Noël Barrot, pour dénoncer les sanctions prises par la France.
Pressions croissantes sur la presse internationale
RSF avait déjà alerté il y a quelques semaines sur la pression croissante qu'exerce Israël sur la presse internationale après l'interdiction d'entrée sur le territoire de la journaliste espagnole Queralt Castillo, ainsi que la révocation des visas de la journaliste française Khadija Toufik et du journaliste italien Alessandro Stefanelli. Ces interdictions renforcent la pression sur les journalistes palestiniens de Cisjordanie, eux-mêmes dans le viseur des forces israéliennes depuis des années : arrestations, intimidations et violences, voire assassinat, comme cela a été le cas de Shireen Abu Akleh, correspondante emblématique d'Al Jazeera, tuée en reportage par un sniper israèlien, le 11 mai 2022.