03/06/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/06/2026 16:26
Ce matin de mi-janvier est particulier pour Natacha Paul, une femme qui défie les normes de genre en travaillant comme conductrice d'engins lourds. Depuis le début des travaux dans la ville historique du Cap-Haïtien, le rôle de Natacha est fondamental : elle manœuvre fièrement une chargeuse-pelleteuse, un engin lourd qui permet de consolider le sol avant la pose des couches d'asphalte de la nouvelle route SOS, s'étendant sur 6 km.
« Je vivais à Port-au-Prince lorsque j'ai appris que COAMCO, l'entreprise contractée par le gouvernement, recrutait des femmes. Après avoir réussi le processus de sélection, j'ai décidé de m'installer dans la région Nord, car j'y voyais une opportunité de travailler et de contribuer au développement des infrastructures routières de mon pays », explique Natacha, rappelant qu'elle maîtrise les excavatrices, les « backhoe loaders » et les rouleaux compresseurs.
Dans un pays où les hommes dominent le secteur de la construction, Natacha fait partie des rares femmes qui contribuent à rééquilibrer la situation, malgré des obstacles marqués par des barrières sociales, un accès limité à la formation et la discrimination fondée sur le genre. « J'ai appris à manier des engins lourds il y a plus de 15 ans, mais aujourd'hui encore, les hommes hésitent à croire que nous, les femmes, pouvons être aussi performantes, voire meilleures qu'eux. Une situation qui génère de la frustration et même des formes de boycott », souligne-t-elle.
Faible représentation des femmes dans l'emploi formel
Une évaluation de genre publiée par la Banque mondiale en 2023 a révélé que la ségrégation sectorielle fondée sur le genre est élevée sur le marché du travail et que les femmes font face à des taux de chômage plus élevés ainsi qu'à une participation au marché du travail plus faible que celle des hommes. Ces réalités sont souvent liées à des phénomènes structurels ainsi qu'à des normes culturelles et sociales. Les femmes sont plus fréquemment employées dans les services, le commerce de détail, le négoce et l'industrie textile, tandis que les hommes dominent des secteurs tels que la construction.
Deux diagnostics successifs menés par le gouvernement haïtien et publiés en 2023 montrent une très faible présence féminine dans le secteur du transport urbain ; il en va de même dans le secteur aéronautique, où seulement 28 % du personnel est composé de femmes. Ces constats concordent avec le Recensement des agents de la fonction publique coordonné par l'Office de Management et des Ressources Humaines (2014), qui révèle que 33 % des agents de l'administration publique sont des femmes, mais que seules 16 % occupent des postes stratégiques nécessitant au minimum un diplôme de licence, tandis que 40 % se trouvent dans des postes requérant un niveau d'éducation primaire de base.
« La Banque mondiale travaille avec les parties prenantes haïtiennes afin de lever les obstacles qui empêchent la pleine participation des femmes à la société », a déclaré Anne-Lucie Lefebvre, cheffe des opérations de la Banque mondiale pour Haïti. « L'autonomisation économique des femmes est essentielle pour stimuler la productivité économique, réduire la pauvreté, renforcer la cohésion sociale et améliorer le bien-être à travers les générations. »
« Je suis fière d'inspirer d'autres femmes »
Pour lutter contre la discrimination et les inégalités auxquelles les femmes sont confrontées dans l'emploi, la finance et les activités productives, la Banque mondiale veille à ce que les femmes jouent un rôle clé dans la mise en œuvre des projets, en transformant leur capital humain en emplois significatifs, ce qui est essentiel pour stimuler la productivité, l'innovation et la création d'emplois.
« Nous organisons des formations à destination des entreprises locales de construction sur les écarts de genre dans leur secteur. Nous les encourageons à former les femmes au sein des communautés, à offrir des incitations susceptibles de favoriser la participation féminine au processus de recrutement, mais aussi à rendre les chantiers plus accueillants pour elles », explique Evelyne Larieux, responsable des questions sociales et de genre à l'Unité centrale d'exécution du ministère des Travaux publics.
Avec un investissement de la Banque mondiale de 366 millions de dollars américains (soit 30,8 % du portefeuille) dans le secteur des infrastructures, la formation accrue de femmes aux métiers de la construction renforcera leur capacité à contribuer à la main-d'œuvre et au développement de leurs localités respectives.
Depuis le lancement de la route SOS en octobre 2025, dans le cadre du Projet de développement urbain du Cap-Haïtien, 4 209 femmes/journées de travail ont été générées. Par ailleurs, le Projet de connectivité résiliente et d'accessibilité au transport urbain, qui réhabilite environ 290 km de routes dans la région sud du pays, a jusqu'à présent créé 21 379 femmes/journées de travail pour des emplois non qualifiés au sein des communautés, ainsi que 53 emplois formels pour les femmes.
« Depuis ma certification, j'ai contribué à plusieurs projets de construction de haut niveau, notamment port privé, bâtiment pénitentiaire ou des segments routiers importants comme la route SOS, qui améliorera la connectivité au sein de la ville du Cap-Haïtien. Je suis très fière, car aujourd'hui, j'ai inspiré d'autres femmes à devenir conductrices d'engins lourds », conclut-elle.