09/02/2026 | News release | Archived content
Read this article in:
Français
2 septembre, 2026Simandou, le plus grand projet minier d'Afrique, estimé entre 20 et 24 milliards de dollars, passe de sa phase d'aménagement à celle de production. La FSPMCICA (Fédération syndicale professionnelle des mines, carrières, industries chimiques et assimilées) de Guinée affirme avoir syndiqué des dizaines de milliers de travailleuses et de travailleurs sur cette implantation. Cependant, le secret salarial, l'accès restreint aux sites miniers et les menaces de suppressions d'emplois restent autant de sources d'inquiétude.
Simandou, le vaste projet d'exploitation de minerai de fer, de développement ferroviaire et portuaire situé dans le sud-est de la Guinée, entre dans sa phase opérationnelle. Les premières commandes commerciales ont quitté le pays en décembre 2025.
Ce programme ambitieux couvre deux concessions minières ainsi qu'un réseau ferroviaire et portuaire commun. Les blocs 1 et 2, connus sous le nom de Simandou Nord, sont détenus par Winning Consortium Simandou (WCS) et BaowuWinning Consortium Simandou (BWCS). La société chinoise Baowu Steel est, quant à elle, devenue actionnaire majoritaire en janvier dernier avec 51 % des parts, aux côtés de Winning International Group et de China Hongqiao/Weiqiao.
Les blocs 3 et 4, ou « Simandou Sud », appartiennent à Simfer S.A., dirigée par Rio Tinto en partenariat avec Chalco (Aluminium Corporation of China). La prise de participation minoritaire du gouvernement guinéen dans les deux concessions ainsi que dans les infrastructures ferroviaires et portuaires détenues conjointement par le biais de la CTG (Compagnie du TransGuinéen), s'élève à 15 %.
La FSPMCICA, affiliée à IndustriALL, a indiqué que la législation guinéenne autorise la désignation d'un représentant syndical dès que l'effectif atteint 25 salariés, sous-traitants compris. Le nombre d'adhérents a augmenté au cours de l'année écoulée à la suite d'une campagne de syndicalisation et d'une implantation au sein d'entreprises où le syndicat n'était auparavant pas présent, même si le recours massif à la sous-traitance sur les sites de Simandou reste l'une de ses préoccupations majeures. L'emploi devrait toutefois chuter, passant d'un niveau culminant autour de 60.000 cols bleus à moins de 15.000, à mesure que les activités seront réduites.
Face à la vague de licenciements attendue au terme du pic d'activité inhérente à la phase d'aménagement du projet, le syndicat a qualifié ces pertes d'emplois de triste réalité. Les travailleuses et travailleurs concernés étant sous contrat à durée déterminée, il a déclaré que son rôle consistait à veiller à ce que leur renvoi soit effectué conformément au droit du travail tout en faisant pression pour obtenir de meilleures dispositions en matière d'indemnités de rupture.
La FSPMCICA représente désormais plus de 85 % du secteur minier guinéen. Le recouvrement des cotisations s'avère également compliqué depuis la suppression du système de prélèvement automatique sur les salaires. Elle doit désormais percevoir directement, auprès de ses adhérents, la cotisation annuelle de 65.000 GNF (7 dollars).
Selon la FSPMCICA, le travail à Simandou s'effectue 24 heures sur 24, sept jours sur sept, par équipes de huit heures avec prestations d'heures supplémentaires, des périodes de repos et des jours fériés. L'organisation a communiqué ses inquiétudes en matière de sécurité aux exploitants, notamment Simfer, WCS/BWCS et CTG. Celles-ci concernent les normes en vigueur sur les sites et dans les camps, les horaires de travail, les tableaux de service, les périodes de repos pour les quarts de travail prolongés et de nuit, les équipements de protection individuelle, leur qualité et leur remplacement, la formation, le logement, l'alimentation, l'assainissement, l'eau potable et la participation du syndicat aux questions de santé et de sécurité. À Simandou, les négociations collectives ne se déroulent pas entre le syndicat et l'entreprise, mais entre la Chambre des mines de Guinée et la Fédération patronale FEPAMGUI d'un côté, et le syndicat de l'autre.
La main d'œuvre guinéenne est payée en francs guinéens (GNF) le 25 de chaque mois. Parmi les catégories de travailleurs manuels, les ouvriers non qualifiés commencent à 7 millions de GNF (792 dollars), les contremaîtres à 15 millions de GNF (1.698 dollars) et les cadres à 20 millions de GNF (2.264 dollars), bien au-dessus du salaire minimum national de 550.000 GNF (62 dollars). Selon le syndicat, ce manque de transparence a suscité de la frustration chez les cadres guinéens, qui ont le sentiment qu'il ne leur laisse aucune perspective concrète de promotion. Les disparités salariales et le non-respect de la législation du travail en matière d'égalité salariale et de négociation collective ont conduit 3.000 salariés de la zone de Simandou Nord à se mettre en grève en mai dernier.
Le syndicat réclame la transparence à Simandou. Bien qu'il soit un acteur de la société civile au sein de l'ITIE (Initiative pour la transparence dans les industries extractives), il a précisé que ses demandes répétées de publication du contrat Simfer/Rio Tinto avaient été rejetées. Les visites de site, a-t-il ajouté, restent sélectives, les demandes d'accès faisant systématiquement l'objet d'un refus pour des raisons de sécurité.
Marliatou Diallo, Secrétaire générale adjointe de la FSPMCICA, a déclaré : « Nos effectifs augmentent grâce à la campagne de recrutement et de syndicalisation menée par le syndicat. Nous continuerons à exiger la transparence sur les salaires des expatriés, qui sont gardés strictement confidentiels. Pour des postes similaires occupés par des travailleuses et travailleurs locaux, l'écart salarial peut atteindre un facteur de dix. »
« Nous continuons à soutenir les efforts de syndicalisation de la FSPMCICA ainsi que sa lutte en faveur de l'égalité salariale et de meilleures conditions de travail à Simandou »
a ajouté Paule-France Ndessomin, Secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne.