RSF - Reporters sans frontières

10/22/2026 | Press release | Distributed by Public on 10/22/2026 11:37

Élections en Israël : l’héritage empoisonné d’un Premier ministre fossoyeur du journalisme

Depuis sa dernière investiture, en 2022, Benyamin Netanyahou a affirmé son rapport "trumpiste" aux médias : dénigrant sans cesse ses contradicteurs et sélectionnant des interlocuteurs parmi ses partisans. Dans un contexte de guerres multiples aux frontières d'Israël à la suite du 7 octobre 2023, ce mandat est aussi celui du verrouillage du territoire aux reporters internationaux et des crimes commis en masse par son armée contre les journalistes palestiniens. À l'approche du scrutin législatif, Reporters sans frontières (RSF) appelle à un sursaut des électeurs en faveur de l'indépendance du journalisme et continue d'exiger justice pour les victimes palestiniennes tuées pour leur travail d'information.

Lorsqu'il s'agit de discréditer le travail journalistique, Benyamin Netanyahou prend exemple sur Donald Trump et ne s'en cache pas. Début juillet 2026, le Premier ministre israélien, déjà candidat à sa succession lors des élections législatives prévues le 27 octobre, publiait sur son compte X une vidéo générée par intelligence artificielle calquée sur celle partagée quelques jours auparavant par le président états-unien. Benyamin Netanyahou apparaît en blouse blanche de médecin, prescripteur d'un "traitement" contre les "fake news". Ses "patients" sont deux des plus célèbres journalistes israéliens, Ben Caspit de Channel 12 et Raviv Drucker de Channel 13, contradicteurs modérés de la politique du gouvernement, bénéficiant d'une large audience.

Ces deux chaînes généralistes privées appartiennent à ce que le Premier ministre surnomme souvent les "panic channels", c'est-à-dire des médias qui, selon lui, susciteraient l'émoi de la population en raison d'un traitement alarmiste de l'actualité. Car, comme son homologue états-unien, Benyamin Netanyahou est un habitué des attaques verbales contre les médias. Dans cette atmosphère, des individus non identifiés sont passés de la parole aux actes, vandalisant des sièges de rédactions, comme ceux de Haaretz, en juin 2024, de Channel 13 en novembre 2025, ou encore ceux de Channel 12 et de nouveau de Haaretz en juillet 2026.

À l'offensive contre la presse critique du conflit

Chez celui qui détient le record de longévité à la tête du pouvoir en Israël, élu une première fois en 1996, cette tendance à disqualifier toute critique de son action n'est pas récente. Ce serait en effet pour éviter toute couverture négative dans les médias que Benyamin Netanyahou aurait conclu des pactes présumés avec des patrons de presse, à l'origine de deux de ses trois inculpations, en 2019, pour corruption, fraude et abus de confiance. Mais cette inclination à rejeter toute contradiction s'est encore accentuée au cours de son dernier mandat, débuté fin décembre 2022, et particulièrement depuis le 7 octobre 2023, avec le déclenchement des guerres de représailles menées par l'armée israélienne.

Dans ce contexte, le quotidien Haaretz, parmi les rares médias israéliens à réfuter, preuves à l'appui, le récit officiel du conflit dans la bande de Gaza, s'est retrouvé plusieurs fois dans le viseur du Premier ministre. Sa dernière offensive remonte à septembre, lorsqu'il a porté plainte pour diffamation contre le journal, ainsi que plusieurs journalistes et trois autres médias, Yedioth Aharonot, Ynet News et Channel 12. À l'origine de ces poursuites, Haaretz avait révélé que Benyamin Netanyahou aurait été prévenu fin septembre 2023 par le président émirien, Mohammed Ben Zayed, des risques d'un assaut, dix jours avant l'attaque des brigades Al-Qassam.

Multiplier les annonces pour intimider

Avant cela, son gouvernement avait, dès le début de la riposte israélienne contre l'enclave palestinienne assiégée, mis le journal basé à Tel Aviv sous pression. Fin novembre 2023, le ministre des Communications Shlomo Karhi, appelait sur X à couper les financements publics à Haaretz, parmi lesquels, des abonnements souscrits par des services de l'État. Approuvées un an plus tard, ces mesures ont abouti, selon le témoignage d'une source au sein du journal à RSF, à la cessation de trois abonnements au sein de l'armée. Mais l'enjeu est autre pour le Premier ministre qui suit la partition "trumpiste". "Cela s'apparente davantage à une forme d'intimidation, inscrite dans une campagne de dénigrement," poursuit cette source au sein de la rédaction.

Plus récemment, ce sont les journalistes du site d'investigation +972 Magazine, Rachel Szor et Yuval Abraham, qui se sont attiré les foudres du Premier ministre en raison de révélations sur le conflit à Gaza. Après la sortie de leur documentaire Naza, composé de témoignages de soldats israéliens, Benyamin Netanyahou est allé jusqu'à envisager de déchoir les deux réalisateurs de leur nationalité israélienne.

Des interviews sans contradicteurs

Un média trouve cependant grâce aux yeux du Premier ministre : Channel 14, propriété de l'oligarque russo-israélien Yitzchak Mirilashvili, partisan affiché du Premier ministre. Relais d'appels répétés à la violence, la chaîne fait office de Fox News israélien dans son soutien indéfectible à l'exécutif de droite et d'extrême-droite. C'est à elle que Benyamin Netanyahou a réservé la majeure partie de ses interviews depuis plusieurs années.

Sous la houlette du ministre des Communications Shlomo Karhi, le gouvernement de Benyamin Netanyahou a mis sur des rails, au début de l'actuelle mandature, un projet de réforme de l'audiovisuel, approuvé en première lecture par la Knesset - le Parlement - en novembre 2025. En plus d'asseoir la mainmise du gouvernement sur l'autorité de régulation du secteur, ce texte régulariserait des passe-droits dont bénéficie Channel 14, déjà deuxième en termes de parts d'audience, au détriment d'antennes généralistes privées et du diffuseur public KAN, ciblé par un projet de privatisation. Le projet prévoit en effet d'annuler deux obligations auxquelles la chaîne contrevient : celle d'être détenue par au moins deux propriétaires et celle de séparer sous deux entités les contenus commerciaux des programmes d'information.

Le sang des journalistes palestiniens

Dans cette entreprise de sape de l'édifice journalistique, qui repose sur la quête d'une vérité commune par le récit des faits, l'héritage de Benyamin Netanyahou est également taché de sang. Sous son mandat, la Palestine, occupée par Israël, est devenue le territoire le plus dangereux au monde pour les journalistes. Plus de 200 d'entre eux ont été tués par l'armée israélienne dans la bande de Gaza en trois ans, dont 67 en raison de leur travail. Sa politique de colonisation de la Cisjordanie, débridée depuis trois ans, a entraîné la multiplication des assauts contre les reporters, jusqu'à l'agression, le 16 octobre, de la photojournaliste du Washington Post Heidi Levine.

Benyamin Netanyahou n'a pas non plus hésité, afin de contrôler l'information, à mettre au pas les médias internationaux. Au cours de son dernier mandat, la presse internationale a vu ses libertés lourdement restreintes. L'adoption de la loi dite d'Al Jazeera a accordé aux autorités les moyens d'interdire la diffusion des chaînes étrangères pour le motif flou de mise en péril de la sécurité nationale, tandis que les correspondants et les envoyés spéciaux sont interdits d'accès indépendant à la bande de Gaza depuis plus de trois ans. Ce verrouillage systématique serait-il en voie d'être étendu à la Cisjordanie occupée et peut-être à Israël ? Après plusieurs cas de journalistes internationaux couvrant la Cisjordanie empêchés d'y accéder, les trois refus de visa d'entrée en Israël de reporters internationaux à l'approche des élections nourrissent cette crainte. Le Premier ministre candidat laisserait un legs empoisonné de plus au journalisme et à ceux qu'il sert : les citoyens.

Image
116/ 180
Score : 46,46
Publié le 22.10.2026
RSF - Reporters sans frontières published this content on October 22, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on October 22, 2026 at 17:38 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]