05/04/2026 | News release | Distributed by Public on 05/05/2026 09:38
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4 mai, 2026ArcelorMittal est l'un des groupes sidérurgiques les plus rentables au monde. C'est aussi une entreprise où plus de trois cents personnes ont perdu la vie ces dix dernières années, où des milliers d'emplois sont supprimés sans consultation préalable, les engagements climatiques négligés et les syndicats systématiquement réduits au silence. Pour IndustriALL et industriAll Europe, la coupe est pleine.
Une nouvelle note d'information destinée aux investisseurs qui s'appuie sur les témoignages de travailleuses et travailleurs de plusieurs pays et qui relate les défaillances de l'entreprise au Kazakhstan, au Mexique, au Brésil, au Libéria, aux États-Unis et dans toute l'Europe, met en évidence le fossé flagrant et systématique entre ce qu'affirme ArcelorMittal et ce que vivent les salariés. Le tableau esquissé n'est pas celui d'échecs isolés mais d'une pratique généralisée au sein de l'entreprise consistant à faire passer les gains financiers à court terme avant la sécurité, les droits et l'avenir de son personnel.
Le bilan catastrophique d'ArcelorMittal en matière de sécurité se trouve au cœur de cette journée d'action. Entre 2013 et 2023, plus de trois cents travailleuses et travailleurs sont morts sur les sites du groupe au plan mondial. La note d'information aux investisseurs montre clairement que ces décès ne constituent pas une issue inévitable inhérente à un travail exercé au sein d'une industrie dangereuse, mais reflètent le schéma de fonctionnement d'une entreprise qui omet invariablement d'investir dans ses infrastructures, ne s'implique pas de manière significative avec les syndicats sur la question de la sécurité au travail et ne tire pas les leçons des tragédies vécues.
En octobre 2023, un incendie survenu au charbonnage d'ArcelorMittal à Kostenko, au Kazakhstan, a coûté la vie à quarante-six mineurs, ce qui en fait le pire accident industriel du pays depuis son indépendance. SteelWatch a rapporté par la suite que l'entreprise avait quitté le Kazakhstan en laissant derrière elle des milliards de dollars de dommages-intérêts non réglés en matière de santé, après avoir été confrontée à des demandes d'indemnisation des victimes et de leurs familles pour des décès et dommages corporels déclarés sur une période de près de trente ans. Un rapport d'investisseurs de l'époque qualifiait cet incendie de « malheureusement peu surprenant, compte tenu des antécédents de l'entreprise ».
En juin 2025, une explosion de chaudière au sein de la centrale électrique d'ArcelorMittal située à Lázaro Cárdenas au Mexique, a tué un superviseur et gravement blessé un ouvrier. Ce drame évitable résulte d'années de maintenance reportée. L'entreprise avait à plusieurs reprises colmaté les fuites de la chaudière au lieu de remédier aux défaillances sous-jacentes du matériel. La production a été interrompue pendant plus de six mois.
Au Brésil, la Confédération nationale des métallurgistes CNM-CUT, affiliée d'IndustriALL, fait état de vingt-deux rapports d'accidents du travail enregistrés auprès de ses sections locales au cours de la seule année écoulée ainsi que de nombreux incidents évités de justesse, notamment des défaillances de grues, des déversements d'acier en fusion, des ruptures de conduites sous pression et des chutes de charges lourdes. Les travailleuses et travailleurs font mention d'une culture de la peur, de salaires stagnants et d'une détérioration des équipements au sein de plusieurs usines.
Cette crise ne date pas d'hier. En 2024, IndustriALL et industriAll Europe ont organisé une journée mondiale d'action pour exhorter ArcelorMittal à mettre fin aux décès sur le lieu de travail.
La situation ne s'est pas améliorée pour autant.
Le dossier destiné aux investisseurs documente une tendance constante à contourner les syndicats et à ignorer le dialogue social dans l'ensemble des installations mondiales d'ArcelorMittal.
En Europe, l'entreprise a maintes fois écarté son Comité d'entreprise européen (CEE), omettant de le consulter sur des décisions de restructuration majeures, en violation tant du droit européen que de son propre accord CEE. La situation est devenue à ce point intenable qu'en mars 2026, le CEE a été contraint de requérir une médiation. Les syndicats européens qualifient l'approche de l'entreprise de manipulation mentale, celle-ci prétendant informer le CEE alors qu'elle ne le fait pas du tout en réalité.
Au Libéria, ArcelorMittal n'a pas veillé à ce que SEGAL, son sous-traitant en matière de sécurité, respecte les normes fondamentales du travail, bien que les salariés aient adhéré, en avril 2025, au Syndicat uni des travailleurs du Libéria (UWUL), membre d'IndustriALL. Lorsque les métallurgistes ont organisé une manifestation pacifique en octobre 2025, seize personnes ont été battues et arrêtées sur ordre de SEGAL. Douze agents de sécurité licenciés quelques semaines après avoir adhéré au syndicat n'ont pas été réintégrés malgré une ordonnance du ministère du Travail en ce sens.
« Si vous laissez quelqu'un enfreindre la loi dans votre maison et que vous ne réagissez pas, vous vous rendez complice de ses actes », UWUL.
Aux États-Unis, sur le site d'ArcelorMittal de Shelby, dans l'Ohio, les membres du Syndicat des Métallos USW ont été contraints de mener une grève de soixante-neuf jours, la plus longue de l'histoire de la section locale 3057, avant d'obtenir un accord équitable sur les salaires, les prestations de retraite et la couverture des soins de santé. Comme l'a souligné le syndicat, cette grève ne portait pas sur les salaires mais sur la qualité de vie.
Bien que ses domaines d'activité basés en Europe contribuent de manière significative aux bénéfices du groupe, avec des performances commerciales stables entre 2022 et 2025 et un faible ratio d'endettement, ArcelorMittal a procédé à des suppressions d'emplois massives à travers le continent.
Lors d'une première vague de restructuration en 2025, entre 1.145 et 1.400 postes équivalents temps plein ont été délocalisés vers AM/NS, entreprise issue d'une joint-venture de la société en Inde. En janvier 2026, ArcelorMittal a annoncé une deuxième vague de délocalisation concernant 5.000 à 6.000 emplois supplémentaires dans les services. IndustriALL estime que les suppressions d'emplois de production au niveau national à travers l'Europe s'ajoutent à ces chiffres, pour un total de 3.000 postes supplémentaires. Cela signifie que près d'un tiers de l'ensemble des effectifs européens d'ArcelorMittal sont menacés.
Ces changements sont mis en œuvre sans véritable consultation des syndicats ni du CEE. Et la destination de la délocalisation, la joint-venture AM/NS d'ArcelorMittal en Inde, se caractérise elle-même par une politique d'évitement syndical, un recours massif à la sous-traitance et une obstruction persistante à la liberté syndicale et à la négociation collective.
L'empreinte carbone d'ArcelorMittal est comparable à celle d'un petit pays comme la Belgique. La note destinée aux investisseurs fait valoir que l'entreprise a un rôle crucial à jouer dans la transition vers un acier propre et qu'elle choisit de n'en rien faire.
Bien qu'elle ait reçu plus de 3 milliards d'euros (3,24 milliards de dollars) de subventions publiques pour la décarbonisation en Europe et au-delà de ses frontières, selon SteelWatch, ArcelorMittal n'a pris aucune décision finale d'investissement sur aucun des cinq projets annoncés en matière de fer préréduit (DRI) sur le continent et au Canada. En 2025, l'entreprise s'est retirée d'un projet de décarbonisation en Allemagne qui bénéficiait de 1,3 milliard d'euros (1,4 milliard de dollars) de subventions publiques.
Dans le même temps, elle n'a consacré que 800 millions de dollars à la décarbonisation entre 2021 et 2024, tout en reversant 12 milliards de dollars à ses actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d'actions. SteelWatch a accusé la multinationale de revenir sur ses engagements climatiques et de renoncer à son rôle de leader du secteur.
« ArcelorMittal pourrait montrer la voie au lieu de mettre son retard sur le compte de l'incertitude économique. Ce n'est pas du leadership climatique, c'est un recul stratégique » SteelWatch
Le document s'adresse non seulement au grand public, mais aussi aux actionnaires d'ArcelorMittal qui, selon le syndicat, ont à la fois le droit et la responsabilité de demander des comptes à l'entreprise.
Il identifie sept domaines d'implication pour les investisseurs, notamment le dialogue social, le CEE, la santé et la sécurité au travail, les suppressions d'emplois en Europe, la décarbonisation, la transparence et le reporting ainsi que l'égalité de traitement des sous-traitants. Il soutient que les manquements de l'entreprise dans chacun de ces domaines l'exposent à des risques juridiques, opérationnels, financiers et de réputation entachée considérables.
Le Secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie a déclaré :
« ArcelorMittal est une entreprise rentable qui fait des choix délibérés : supprimer des emplois, ignorer la sécurité et renoncer à ses engagements climatiques. Ce sont les travailleuses et les travailleurs qui en paient le prix. Ça suffit ! »
« Avec la mise en place du plan d'action de l'UE pour l'acier et les métaux, un cadre politique favorable, des résultats financiers solides et un soutien massif de l'opinion publique rien ne justifie le fait qu'ArcelorMittal reste les bras croisés en termes d'investissement dans la décarbonisation. Investir dans la décarbonisation, c'est investir dans des emplois syndiqués décents, dans les compétences et dans l'avenir à long terme de l'acier en Europe. Et l'entreprise doit désormais y mettre du sien » a déclaré Judith Kirton-Darling, Secrétaire générale d'industriAll Europe.
IndustriALL et industriAll Europe participeront à l'assemblée générale annuelle d'ArcelorMittal à Luxembourg ce 5 mai, pour exiger des mesures concrètes à l'occasion de cette journée mondiale d'action. Des syndicalistes et des représentants des travailleuses et travailleurs issus de l'ensemble des sites mondiaux de la multinationale seront présents pour faire clairement comprendre que ces manquements ne peuvent plus être ignorés ni par l'entreprise ni par ses investisseurs.
Cette action s'appuie sur une note d'information détaillée destinée aux investisseurs qui présente sept domaines clés pour l'implication des actionnaires.
Journée mondiale d'action : 5 mai 2026, 10 h 00 CET | 24-26 Boulevard d'Avranches, Luxembourg