01/13/2026 | Press release | Distributed by Public on 01/14/2026 06:31
L'audience devant la chambre criminelle de la Cour de cassation du journaliste du site d'information Warning Trading, Philippe Miller, dans un dossier déterminant pour l'avenir de la protection des sources journalistiques en France, a lieu ce 13 janvier. Le journaliste conteste la saisie et l'exploitation de son matériel professionnel, survenus durant une interpellation, suivie d'une garde à vue en décembre 2024, à la suite de la publication d'un article sur un cabinet d'avocats parisien. Pour Reporters sans frontières (RSF), cette procédure pénale met en avant les failles de la législation française en matière de protection des sources journalistiques.
Un an après sa garde à vue de 48 heures, l'une des plus longues privations de liberté arbitraire d'un journaliste dans le cadre de l'exercice de ses fonctions en France, le journaliste Philippe Miller, rédacteur en chef de Warning Trading, spécialisé sur les arnaques financières, n'a toujours pas récupéré ses équipements professionnels. Alors qu'il rencontrait une source en décembre 2024, le journaliste avait été interpellé par une dizaine de policiers dans un restaurant parisien. Le juge des libertés et de la détention avait alors autorisé l'exploitation de son matériel bien que le journaliste n'eût pas été mis en cause. Il avait alors statué en faveur du versement de ses notes manuscrites à la procédure ainsi que de la fouille de son ordinateur et de son téléphone par un expert judiciaire. Une décision déjà dénoncée par RSFqui, selon le juge des libertés et de la détention, se justifierait par la supposée prépondérance du secret professionnel de l'avocat sur le secret des sources journalistiques.
Le pourvoi en cassation du journaliste, qui conteste la saisie et l'exploitation de son matériel professionnel, est audiencé par la chambre criminelle de la Cour de cassation ce 13 janvier 2026. Elle doit se prononcer sur les dispositions du Code de procédure pénale introduites par la loi de 2010 relative à la protection du secret des sources des journalistes, en particulier.
Au-delà de cette affaire, RSF, aux côtés de plus de 130 organisations, avait de nouveau appelé, en décembre 2025, le gouvernement à mieux garantir ce principe essentiel à la liberté de la presse dans le pays, viacinq recommandations clés : mieux encadrer les conditions de la levée du secret des sources, qui est aujourd'hui possible dans le cas, mal défini, d'un "impératif prépondérant d'intérêt public" ; exiger une autorisation par un juge indépendant avant toute levée du secret des sources ; étendre le secret des sources aux collaborateurs de médias, réalisateurs et auteurs de livres ou documentaires ; permettre à tous les journalistes de se défendre face à une violation du secret de leurs sources, en créant une voie de recours ; renforcer les voies de recours et sanctions en cas de violation du secret des sources.
"Dans l'affaire qui concerne la saisie et l'exploitation du matériel professionnel du journaliste Philippe Miller, la Cour de cassation devra notamment trancher sur un enjeu inédit : la protection dont bénéficient les journalistes contre les perquisitions et la saisie de leur matériel s'applique-t-elle uniquement dans les locaux de l'entreprise de presse et à leur domicile ? La Cour de cassation a l'occasion d'envoyer un signal fort en faveur de la protection du secret des sources journalistiques et du droit à l'information du public. Cela doit également passer par le renforcement urgent d'un cadre juridique, aujourd'hui insuffisant, via une réforme de la loi Dati relative à ces enjeux.
À l'origine de cette affaire : une plainte du cabinet d'avocats Ziegler et associés pour vol de données confidentielles, recel de vol et violation du secret professionnel déposée après la publication par Philippe Miller d'un article dans le média en ligne Warning Trading.Intitulée "Jocelyn Ziegler : les étranges méthodes d'un avocat influenceur", l'enquête remet en cause les pratiques de ce cabinet parisien. Le journaliste n'a pas été condamné dans cette affaire et son article a été reconnu par la justice comme contribuant à un "but d'intérêt légitime du public".