05/05/2026 | News release | Distributed by Public on 05/05/2026 22:36
Les défaillances des infrastructures numériques pourraient déclencher des perturbations en cascade à travers les secteurs et les frontières, met en garde un nouveau rapport d'experts publié par le Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe, l'Union internationale des télécommunications (UIT) et Sciences Po Paris.
Le rapport décrit des scénarios dans lesquels ces défaillances se propagent en cascade à travers les systèmes. Une tempête solaire de l'ampleur de celle qui a frôlé la Terre en 2012 pourrait perturber les satellites et les réseaux électriques, interrompant les transactions financières et les communications, tandis qu'une vague de chaleur pourrait surcharger les centres de données, affectant les hôpitaux et les services d'urgence.
Les dommages causés aux câbles sous-marins, qui acheminent plus de 99 % du trafic Internet mondial, pourraient isoler des régions entières pendant des semaines, provoquant des perturbations économiques et logistiques.
© ILO/Bobot Go Aux Philippines, un ouvrier installe un nouveau câble électrique au sommet d'un pylône.Des scénarios catastrophes alors que le rapport souligne à quel point les sociétés modernes sont devenues profondément dépendantes de systèmes numériques interconnectés. Ceux-ci restent vulnérables à des chocs allant des risques naturels aux pannes d'infrastructure, en passant par les tempêtes solaires, les débris spatiaux et les phénomènes météorologiques extrêmes.
Il révèle que jusqu'à 89 % des perturbations numériques ne proviennent pas du choc initial, mais d'effets en cascade à travers les systèmes, tandis que le nombre de personnes touchées peut être jusqu'à « 10 fois supérieur à celui des personnes initialement exposées ».
« Et si nos systèmes numériques s'effondraient… maintenant ? », a lancé la cheffe de l'Union internationale des télécommunications devant les journalistes à Genève, comme pour faire frissonner la salle de presse.
« Nous ne pourrions pas suivre cette conférence de presse en direct. Les lumières de cette salle s'éteindraient probablement. Les systèmes de paiement finiraient par se bloquer, les appels d'urgence auraient du mal à passer et il serait de plus en plus difficile d'accéder à des informations fiables sur la conduite à tenir. Une telle panne est plus probable que vous ne le pensez », a déclaré Doreen Bogdan-Martin.
© Unsplash/Kevin Ache Des serveurs dans un centre de données.Au cœur de ces risques se trouve un réseau dense d'interdépendances entre systèmes, mais aussi une interdépendance géographique.
Le rapport identifie quatre domaines d'infrastructure essentiels - les réseaux électriques, les câbles sous-marins, les satellites et les centres de données - dont les interconnexions constituent le fondement des systèmes numériques mondiaux.
Aujourd'hui, quelque 5,5 milliards de personnes - près de 70 % de la population mondiale - utilisent Internet. Cette utilisation est vitale pour leur vie, les systèmes de santé, les marchés financiers, les services publics et même les élections s'appuyant tous sur un réseau complexe d'infrastructures numériques qui s'étend désormais aux quatre coins de la planète.
Cette intense interconnexion mondiale présente clairement de grands avantages, mais elle comporte également de grands risques.
Un piratage réussi contre une petite entreprise de logiciels ukrainienne peut sembler anodin pour le reste d'entre nous, mais moins d'un an après la violation des serveurs de M.E.Doc en 2017, l'incident NotPetya avait coûté plus de 10 milliards de dollars aux entreprises du monde entier.
Photo courtesy of ASN Des bouées rouges marquent le tracé d'un câble sous-marin posé dans l'océan.Or pour tous ces scénarios catastrophes et imprévisibles, les pays ne sont pas préparés à faire face à des pannes de satellites à grande échelle, à des coupures d'électricité ou à des ruptures de câbles sous-marins. Le rapport met aussi en évidence un manque de préparation face aux perturbations non intentionnelles causées par des catastrophes naturelles ou des défaillances d'infrastructures.
Selon l'ONU, la gravité de ces impacts et la nécessité d'une réponse concertée et collective. Le document recommande donc de renforcer les normes internationales, de maintenir des capacités de secours analogiques et d'améliorer la coordination concernant les systèmes spatiaux, les câbles sous-marins et les centres de données.
Outre la sensibilisation, le rapport préconise aussi une coordination renforcée, des cadres de gestion des risques actualisés et des efforts visant à mieux identifier les risques, à cartographier les interdépendances intersectorielles et à améliorer la préparation.
« Comme le souligne le rapport, le risque d'une catastrophe numérique n'est pas une question de [si], mais de [quand]. Nous ferions donc mieux de commencer à nous y préparer dès maintenant », a insisté Kamal Kishore, le Chef du Bureau des Nations Unies pour la prévention des catastrophes (UNDRR).