03/06/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/06/2026 03:42
Suite aux frappes conjointes des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, quelles seront les conséquences sur l'économie mondiale et sur les marchés financiers ?
Les frappes conjointes des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, suivies de représailles, ont fait entrer le conflit dans une phase plus conséquente, susceptible d'affecter l'économie mondiale selon son intensité et sa durée. L'Iran a élargi le champ des hostilités en impliquant plusieurs pays du Golfe, même si ceux-ci se limitent pour l'instant à intercepter les attaques. L'enjeu central reste le risque de fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transite une part majeure du pétrole et du GNL (gaz naturel liquéfié) mondial.
Face à la dégradation sécuritaire, les navires évitent désormais ce passage stratégique, ce qui a propulsé le pétrole au-delà de 80 $. La hausse reste toutefois limitée grâce à une production mondiale abondante et à des routes alternatives, même si celles-ci ne compensent qu'en partie le rôle du détroit d'Ormuz.
Pour le gaz, l'Europe subit une hausse marquée après la suspension de la production qatarie, mais les prix restent bien inférieurs aux pics de 2022. La diversification des sources et la fin de l'hiver atténuent le risque d'un choc durable.
L'incertitude reste forte et plusieurs trajectoires sont envisageables. Une courte guerre d'usure, au terme de laquelle les États-Unis pourraient affirmer avoir atteint leurs objectifs, pourrait ramener les tensions à un niveau plus contenu, permettant une détente progressive des prix du pétrole. À l'inverse, un scénario de chaos, avec perturbations prolongées du transport maritime, pourrait pousser les prix bien au-delà de 100 $. Le scénario d'un changement de régime en Iran, souhaité par Washington et Tel-Aviv, demeure hautement hypothétique.
À l'approche des élections de mi-mandat, Washington cherchera probablement à éviter une envolée durable des prix de l'énergie, source d'impopularité. Il est donc vraisemblable que les États-Unis ne souhaitent pas prolonger les hostilités, conformément aux déclarations de Donald Trump.
Une perturbation durable alimenterait l'inflation et freinerait la croissance. Bien que les chocs géopolitiques aient traditionnellement un effet "stagflationniste", l'économie mondiale aborde cette crise avec une résilience accrue. L'impact potentiel pourrait davantage toucher l'inflation : une hausse de 15 $ du baril pourrait ajouter environ 0,5 % d'inflation en Europe et aux États-Unis. En outre, les pressions inflationnistes liées à l'énergie pourraient compliquer les perspectives de politique monétaire. Si les prix de l'énergie restent durablement élevés, les anticipations d'inflation pourraient repartir à la hausse, rendant la politique monétaire plus complexe et retardant la poursuite de la baisse des taux, notamment aux États-Unis.
L'incertitude accroît logiquement l'aversion au risque : repli des actions, élargissement des spreads de crédit et remontée du billet vert. Ces mouvements restent contenus mais, à moyen terme, la réaction dépendra de la durée et de la gravité du conflit. Historiquement, depuis les années 1980, les chocs géopolitiques militaires n'ont engendré que des effets temporaires (quelques mois) sur le pétrole et les marchés boursiers, qui ont tendance à rebondir une fois la situation stabilisée.
Les doutes qui pèsent sur les marchés, en particulier sur les actions, pourrait perdurer encore un certain temps. Cela étant, beaucoup d'entreprises demeurent solides, rentables et capables de générer de la croissance, même dans un contexte moins favorable. Dans une telle situation, l'investisseur en actions doit avant tout ne pas paniquer et rester investi (voire renforcer ses positions s'il le peut) en gardant à l'esprit que, sur le long terme, les marchés offrent historiquement un rendement positif et attractif.
Olivier Colsoul
Senior Strategist Investment Office AG Insurance