10/21/2026 | Press release | Distributed by Public on 10/21/2026 10:18
Au moins 12 journalistes et professionnels des médias ont été agressés physiquement alors qu'ils couvraient les manifestations en Albanie entre le 13 et le 19 octobre. La plupart de ces incidents impliquaient des policiers. Reporters sans frontières (RSF) condamne ces violences et réclame des sanctions contre les responsables, l'application effective des mesures existantes pour protéger la sécurité des journalistes ainsi qu'un contrôle parlementaire de la réponse des autorités.
RSF a recensé 28 signalements de violences, d'intimidations et d'entraves au travail journalistique en Albanie entre le 13 et le 19 octobre, visant au moins 23 professionnels des médias. Au moins dix incidents ont donné lieu à des violences physiques contre au moins 12 journalistes : coups de poing, coups de pied, bousculades ou expulsion forcée de la zone où ils effectuaient leur reportage. Certains journalistes ont également signalé des confiscations ou des tentatives de confiscation de leurs téléphones et des dégradations de leur matériel professionnel, ainsi que des blessures causées par des dispositifs policiers de gestion des foules.
Outre les menaces auxquelles ils sont exposés sur le terrain, les journalistes font face à des intimidations de la part du Premier ministre de l'Albanie, pays candidat à l'adhésion à l'Union européenne (UE). Le 18 octobre, par exemple, Edi Rama a accusé sans fondement le propriétaire de News24 d'inventer des récits de révolte étudiante dans le but de faire tomber le gouvernement.
"Malgré les tensions entourant les manifestations étudiantes, les journalistes doivent pouvoir documenter les agissements de la police sans être frappés, repoussés, arrêtés ou empêchés d'une quelconque manière de filmer. Dès lors que les professionnels des médias respectent les instructions légitimes des forces de l'ordre, celles-ci doivent garantir leur droit tout aussi légitime à informer. Les autorités doivent faire appliquer les directives existantes en matière de sécurité des journalistes et sanctionner tout comportement agressif de la part des policiers ou des manifestants. Nous appelons également le Premier ministre Edi Rama à cesser d'intimider les médias qui couvrent les manifestations : c'est leur rôle. Nous demandons au Parlement albanais d'examiner les violences commises par la police, et à l'UE d'évaluer la manière dont les engagements du pays candidat en faveur de la liberté de la presse se traduisent concrètement.
Dans la seule journée du 18 octobre, au moins huit professionnels des médias ont signalé des violences policières. Selon l'Association des journalistes d'Albanie (AGSH), la police a recouru à la force pour empêcher le photojournaliste Hameraldi Agolli, collaborateur de l'agence Associated Press (AP), de faire son travail. Renaldo Salianji, journaliste pour News24, a quant à lui été frappé par des policiers. Taulant Kopliku a déclaré à SYRI TV qu'un policier l'avait frappé à l'épaule et lui avait confisqué son téléphone. Lorsque celui-ci lui a été restitué, les images qu'il avait enregistrées avaient été supprimées. Par ailleurs, SYRI TV a rapporté que deux de ses journalistes avaient été agressés par les forces de l'ordre lors de deux incidents distincts. Marshi Korreshi a reçu un coup de casque dans le dos et a été bousculée alors qu'elle couvrait en direct un incendie au commissariat n° 3. Elkier Bushkolaj a, pour sa part, été blessé à la jambe par un projectile en caoutchouc tiré par la police. Le journaliste Juljan Hoxha et le photojournaliste Felix Bilani auraient également été frappés aux jambes par des policiers, qui les auraient repoussés à coups de casque pour les éloigner des abords du siège du Premier ministre. L'AGSH a par ailleurs signalé que Glidona Daci, journaliste pour Klan News, avait été touchée par des jets de pierre lors d'un incident imputé à des policiers.
L'agence Reuters a indiqué que deux de ses journalistes avaient été touchés par des projectiles en caoutchouc alors qu'ils couvraient les affrontements à Tirana, le 17 octobre. Le même jour, le photojournaliste indépendant suisse Raimond Lueppken a raconté qu'il filmait des hommes vêtus de noir dans la ville côtière de Durrës lorsque deux autres hommes en civil s'étaient approchés de lui et lui avaient demandé d'effacer les images, ce qu'il a refusé de faire. Selon les informations recueillies par RSF, le groupe qu'il filmait portait des gilets arborant des insignes de police. Le photojournaliste soupçonne que les deux hommes étaient liés à ce groupe, mais leur identité et leur appartenance éventuelle aux forces de l'ordre n'ont pas été confirmées.
L'un des cas les plus violents s'est produit dès le début des manifestations, le 13 octobre. Izmir Akulli, rédacteur en chef du site d'information en ligne Dosja.al, a dû être hospitalisé après avoir été roué de coups de poing et de coups de pied par plusieurs policiers près de la Banque d'Albanie. Il filmait alors une interaction entre des policiers et un étudiant. D'après le témoignage qu'il a publié, les violences se sont poursuivies même après qu'il a indiqué être journaliste.
Les entraves au travail journalistique se sont poursuivies. Dans la soirée du 19 octobre, selonNews24, la police a empêché son journaliste, Osman Stafa et d'autres professionnels des médias de suivre et de filmer des interpellations policières dans les ruelles adjacentes à la Rruga e Dibrës, à Tirana.
Les engagements en matière de sécurité doivent être respectés
Selon un communiqué publié le 18 octobre par le réseau SafeJournalists, l'Agence albanaise de contrôle de la police a ouvert une enquête sur des fautes professionnelles présumées et suspendu sept policiers. Il n'est toutefois pas établi que ces mesures concernent les incidents visant des journalistes.
Dans une lettre ouverte cosignée par RSF le 14 octobre, des organisations de défense de la liberté de la presse et de la société civile ont appelé à la pleine application des Lignes directrices pour la sécurité des journalistes, adoptées par la police nationale en mai 2025. Elles ont également réclamé des enquêtes indépendantes sur les violences présumées et les entraves au travail de la presse, menées par les organes de contrôle compétents, ainsi que la tenue d'une audition parlementaire consacrée à cette question. Malgré cet appel, de nouveaux incidents ont été signalés par la suite.
L'Albanie occupe la 83e place sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 de RSF.