05/03/2026 | Press release | Distributed by Public on 05/03/2026 06:09
Stéphane Kounandi Coulibaly, Directeur de l'Innovation, des Startups et du Secteur privé au ministère de la Transition numérique et de l'Innovation technologique : "De plus en plus, la Côte d'Ivoire devient une référence en termes de développement des startups"
Dans cet entretien, Stéphane Kounandi Coulibaly revient, entre autres, sur la politique de l'État concernant l'Intelligence artificielle, les startups, ainsi que l'état d'avancement du projet de la Cité de l'innovation annoncée par le Président de la République le 31 décembre 2024.
À ce jour, quelle est la politique du gouvernement en matière d'Intelligence artificielle ?
Ce qui est important à savoir, c'est que le gouvernement, dès 2024, a commencé à élaborer une stratégie nationale de l'Intelligence artificielle (IA) et de la gouvernance des données pour justement adresser ce sujet. Il est en effet important que la Côte d'Ivoire soit positionnée comme un pays acteur du développement de l'IA en Afrique et qu'on soit un pôle hub, un leader au niveau régional. C'est dans ce cadre que nous avons élaboré une stratégie nationale pour adresser l'Intelligence artificielle en Côte d'Ivoire.
Nous sommes dans la phase de déploiement de cette stratégie qui va adresser les trois piliers principaux de cette stratégie, notamment l'investissement sur les fondations, en termes d'infrastructures, de données (sans données, il n'y a pas d'IA), de développement des compétences de nos populations, et en termes de recherche. Le deuxième pilier repose sur l'inclusion dans l'usage et le déploiement de l'IA, c'est-à-dire toutes les couches sociales, les genres (femmes, hommes), que cela touche l'ensemble du territoire national et dans tous les secteurs d'activité, tous les métiers. Il est donc important que l'on puisse faire un déploiement de l'IA qui soit inclusif. Et enfin, le troisième pilier qui est la gouvernance. S'assurer que l'IA soit déployée de manière éthique, respecte les réglementations (évite les abus), ainsi que la gouvernance pour piloter la mise en place de cette IA, et aussi, s'assurer de l'impact qu'elle aura sur notre économie et sur notre société.
Le 31 décembre 2024, le Chef de l'État, dans son adresse à la Nation, annonçait la création d'une cité de l'innovation. Où en sommes-nous aujourd'hui avec ce projet ?
Nous avons eu plusieurs approches à la mise en œuvre de cette initiative, qui est tellement importante. Elle sera véritablement un fondement du développement du numérique aussi bien en Côte d'Ivoire et on l'espère dans la sous-région. Nous voulons faire de cette cité de l'innovation et de la culture une référence en Afrique. Nous prenons, pour ce faire, le temps de bien la cibler avant de la lancer. Plusieurs discussions, des benchmarks et des visites ont déjà été faites. Nous sommes en train de finaliser l'approche de la mise en œuvre du premier lancement de la construction de cette cité, qui va abriter en son sein un volet culturel, un volet innovatif, ainsi que plusieurs ressources disponibles pour la jeunesse de Côte d'Ivoire afin de développer le numérique et exercer cette influence et notre positionnement en tant que leader régional.
En son sein, vous aurez des activités, des moyens de pouvoir laisser libre cours à la créativité de notre jeunesse en termes de culture et d'innovation technologique. Nous pourrons avoir des incubateurs, des formations, ainsi que des volets recherche ou d'innovation. Quelque chose d'assez grand, en un mot. Et donc, nous prenons le temps de bien le calibrer avant de le lancer.
Peut-on percevoir ici une Silicon Valley bis que vous êtes en train de préparer ?
C'est très bien dit et c'est un peu dans ce sens que nous essayons de positionner cette cité.
Il est aussi question, concernant le ministère dans lequel vous êtes, de prendre en charge des startups afin de leur permettre de progresser. Aujourd'hui, qu'en est-il de ces startups qui sont sous votre direction et pensez-vous que la Côte d'Ivoire est bien lancée en matière de régulation et de promotion des startups ?
Il y a certes beaucoup qui reste à faire, mais les startups ivoiriennes se débrouillent déjà pas mal. Nous ne partons pas de zéro. Il y a un acquis qui a été développé et déployé ces dernières années. De plus en plus, la Côte d'Ivoire devient une référence en termes de développement des startups. Nous avons cependant beaucoup à faire. C'est dans ce cadre que nous avons déployé le Programme d'Accompagnement et de Développement des Startups (PADS), qui s'articule autour de cinq grands axes, qui sont le volet législatif avec le déploiement du comité de labellisation qui leur donnera accès à des avantages fiscaux et douaniers ; le volet financement, les startups ayant besoin de financement, il faut justement leur faciliter l'accès à ces financements, que ce soit en termes d'un fonds d'appui à l'innovation ou de faciliter les différents investisseurs qui peuvent mettre un peu de ressources à leur disposition afin que ceux-ci puissent bénéficier d'avantages fiscaux également ; le volet formation des startupers eux-mêmes, il s'agit en effet de les faire revenir sur le campus pour réapprendre à se structurer, à devenir des entreprises, d'autant plus que beaucoup sont des jeunes avec des idées technologiques qui sont très bonnes, qui répondent à des besoins du marché, mais il leur reste de pouvoir bien structurer leur business plan, de pouvoir pitcher, notamment en anglais, pour attirer plus d'investissements, de s'entourer d'une équipe capable de les aider à progresser. Il est donc important que l'on puisse véritablement travailler avec nos startupers pour qu'ils puissent être mieux structurés et revenir à l'école de l'apprentissage de la création d'entreprises, car ce n'est pas juste qu'une idée, mais ils doivent devenir maintenant des futurs directeurs d'entreprises.
Le quatrième volet consiste en la mise en place d'une plateforme, qui va servir pour l'écosystème startup, recueillir les candidatures et faire le processus de labellisation. Elle va être étendue et devenir la plateforme de mise en relation de l'écosystème startup entre elles, mais aussi avec le gouvernement, afin qu'elles puissent bénéficier de marchés publics, et permettre par ailleurs que les investisseurs étrangers puissent avoir une place ou interagir avec elles. Il y a enfin, en dernier ressort, la promotion des activités que le gouvernement fait autour des startups. C'est également la promotion de nos startups elles-mêmes.
Nous avons fait partir 10 startups à la Silicon Valley pour leur immersion dans ce qui se passe aux États-Unis et pouvoir aussi montrer qu'en Côte d'Ivoire, il y a de belles startups qui sont en train de se développer. Beaucoup d'investisseurs américains ont été très emballés à l'idée de pouvoir revenir en Côte d'Ivoire et apprendre un peu plus sur notre écosystème. Nous en avons fait partir 10 autres au Japon, où il y a eu un échange avec des startups japonaises qui sont venues ici en Côte d'Ivoire. Nous nous apprêtons en outre à faire partir une vingtaine de startups à Vivatech à Paris pour le grand forum Vivatech en France. Ce sera une autre opportunité pour nos startups de pouvoir montrer leur capacité à impacter notre écosystème et aussi de pouvoir récolter des partenariats que ce soit en termes d'investisseurs ou de partenariats techniques.
C'est la promotion de nos startups, et partant, de notre écosystème de manière générale. Nous avons organisé la première édition de l'Ivoire Tech Forum l'année dernière en juillet. Nous allons reconduire ce grand événement, ce grand rendez-vous de la tech nationale et l'ouvrir à l'international afin que cela devienne une grande vitrine de tout ce qui se passe en Côte d'Ivoire en termes d'innovation technologique et d'entrepreneuriat technologique.
L'un des volets de votre direction est le développement des compétences des startups et aussi de l'ensemble des Ivoiriens. Aujourd'hui, est-il possible que l'on ait une idée de ce secteur ? Comment est-il conduit et quelles sont ses finalités ?
L'une des pièces centrales pour arriver à accomplir notre mission au sein du ministère est de pouvoir développer les compétences en termes de numérique, de manière générale, compétences digitales, mais en particulier avec les nouvelles technologies qui viennent, notamment l'Intelligence artificielle. Dans ce cadre, il est important que nous puissions travailler avec l'existant, avec les Universités et Grandes écoles (INP-HB, ESATIC), renforcer nos liens dans ce sens.
Il faut voir encore plus grand. Je pense que l'approche que nous voulons avoir, c'est une formation en masse, tous azimuts, pour l'ensemble de la population ivoirienne. Cela va commencer déjà par la formation de formateurs, ainsi que des partenariats internationaux avec de grandes universités qui vont nous venir aide. De même que par la formation de notre jeunesse. Au plus bas âge, leur apprendre l'acculturation autour de ces nouveaux concepts d'IA. Et par exemple, avec des activités ludiques, leur apprendre le coding, la robotique, etc. Plusieurs actions sont en train d'être mises en œuvre dans ce domaine. Il s'agit par ailleurs de travailler avec les ministères de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur, et de l'Enseignement technique, afin de pouvoir insérer certaines de ces notions dans les curricula des différents programmes scolaires que les étudiants doivent faire.
Nous voulons également avoir des partenariats avec des universités afin de pouvoir avoir des diplômes, des doubles diplômes, des bourses d'études pour nos étudiants pour avoir le meilleur de la connaissance dans ces nouvelles technologies pointues et qu'ils puissent revenir en Côte d'Ivoire apporter leur plus, d'autant plus que c'est l'un des défis. En Côte d'Ivoire, nous formons très bien, mais il y a une fuite de cerveau. Il est donc important que nous adressions cette problématique pour que les jeunes étudiants formés puissent rester et contribuer au développement économique et social de notre pays.
Monsieur le Directeur, avant votre mot de fin, vous aviez évoqué plusieurs projets et initiatives du gouvernement à l'attention des jeunes, dont plusieurs vont assurément suivre cette émission. Comment peuvent-ils entrer en contact avec vous afin de bénéficier de ces projets ? Comment peuvent-ils être intégrés dans ces projets ?
Je vous remercie pour cette opportunité de pouvoir partager avec l'ensemble de la population ivoirienne, surtout notre jeunesse, parce que quand on parle de numérique, de l'Intelligence artificielle, c'est vraiment eux qui seront les fers de lance du succès de ce déploiement de l'IA en Côte d'Ivoire. Donc, c'est important qu'ils soient impliqués.
L'appel que j'ai pour eux, c'est de ne pas attendre que les choses arrivent à eux, que le gouvernement fasse le pas vers eux nécessairement, mais c'est à eux de prendre en main leur futur, d'avoir cette curiosité, cet intérêt à vouloir se cultiver, apprendre ce qu'est l'IA, tester les nouvelles technologies qui sortent et puis se former afin de pouvoir être des acteurs et non des consommateurs seulement de cette révolution industrielle, cette révolution technologique.
Donc le gouvernement est à leur côté. Nous avons un site internet sur lequel vous pouvez nous contacter et obtenir des informations sur les différentes actions que le ministère entreprend. Nous communiquons autour de toutes les activités que nous avons. Il est donc important que la jeunesse reste connectée, s'implique et participe aux différents événements, notamment au prochain Ivoire Tech Forum qui va se passer dans la deuxième partie de l'année. Nous allons faire une grande cérémonie de lancement autour de cette activité. Ce serait bien que le maximum de jeunes puisse venir y participer, voir ce qui s'y passe, voir comment les startups se débrouillent ici, et ce qu'ils peuvent faire à leur niveau pour y contribuer.
Aujourd'hui, avec Internet et l'IA, ils ont accès à toutes les informations, à tous les cours des universités américaines, françaises. Tout est disponible. Ils peuvent traduire dans toutes les langues tout ce qui a été développé jusqu'à aujourd'hui et essayer de l'ajuster et le customiser au goût local et pouvoir sortir quelque chose d'innovant pour nous. La jeunesse, la balle est donc dans votre camp. Le ministère reste à vos côtés pour vous accompagner afin qu'on puisse devenir ce champion d'Afrique, cet Éléphant d'Afrique en termes d'IA et de numérique.