08/03/2026 | Press release | Distributed by Public on 08/04/2026 12:42
Reporters sans frontières (RSF) s'inquiète de la suspension, par le gouvernement de Trinité-et-Tobago, des contrats de publicité publique avec les organes de presse, alors que les médias indépendants du pays sont confrontés à des difficultés financières croissantes. Depuis l'annonce de cette mesure en mai 2025, un quotidien national a fermé ses portes et un autre a annoncé des licenciements au sein de sa rédaction - dans un pays qui ne compte que trois journaux. La perte continue des recettes publicitaires publiques risque d'affaiblir davantage le journalisme indépendant et le pluralisme des médias dans l'un des pays des Caraïbes où la liberté de la presse est la plus solide.
Dans le cadre d'un vaste plan de réduction des dépenses, la Première ministre Kamla Persad-Bissessar a suspendu, le 13 mai 2025, "jusqu'à nouvel ordre" toutes les publicités des ministères et des entreprises publiques dans les médias traditionnels et sur les comptes de réseaux sociaux des médias - audiovisuel, presse écrite et numérique. La publicité du secteur public représentait une part importante des recettes de nombreux organes de presse dans les Caraïbes, mais Kamla Persad-Bissessar a déclaré que ces mesures étaient nécessaires pour faire face à ce qu'elle a décrit comme un déficit estimé à 4,42 milliards de dollars trinidadiens pour le mois de mai et un déficit prévisionnel de 11 milliards de dollars trinidadiens pour 2025.
"Le journalisme indépendant à Trinité-et-Tobago subit déjà d'importantes pressions économiques. La suppression d'une source majeure de recettes publicitaires aura des conséquences qui dépasseront largement le simple bilan financier des rédactions. Justifier ces coupes par des mesures d'économie est une erreur, car les études montrent systématiquement un lien évident entre un écosystème médiatique solide et la performance économique. Trinité-et-Tobago s'est longtemps distingué comme l'un des pays les plus performants des Caraïbes en matière de liberté de la presse et se classe 32e sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse. Il est profondément regrettable de voir des décisions politiques menacer directement ce bilan, et nous exhortons le gouvernement à faire marche arrière, à veiller à ce que toute réforme de l'attribution de la publicité d'État soit mise en œuvre de manière transparente et en consultation avec les acteurs du secteur des médias, et à aider les institutions médiatiques à opérer la transition vers des modèles de financement plus durables."
Selon les journalistes trinidadiens et les membres de l'association des médias interrogés par RSF, il est difficile de quantifier l'ampleur réelle des dépenses publicitaires du gouvernement, car celles-ci sont décentralisées. Les différents ministères, organismes publics et entreprises publiques achètent leurs espaces publicitaires de manière indépendante, et il n'existe aucun bilan public complet de ces dépenses. Le président de l'Association des médias de Trinité-et-Tobago (TTPBA), Douglas Wilson, a averti, dans un communiqué, que le retrait d'une source importante de revenus aux organes de presse indépendants pourrait avoir de graves conséquences sur le paysage médiatique du pays. Il a déclaré au Trinidad Express que la publicité gouvernementale avait déjà chuté de plus de 50 % ces dernières années - un chiffre qui reste difficile à vérifier.
Les mesures d'austérité qui menacent la vitalité de l'écosystème médiatique risquent de se révéler contre-productives, car une presse indépendante financièrement viable est un élément essentiel d'une économie saine. De plus en plus d'études montrent que le journalisme indépendant réduit la corruption, améliore la responsabilité des pouvoirs publics, favorise le développement économique et renforce la protection des consommateurs. Sur les petits marchés médiatiques des Caraïbes, où la publicité publique reste une source importante de revenus pour les médias indépendants, des coupes brutales risquent d'affaiblir davantage le pluralisme des médias et l'accès du public à un journalisme d'investigation qui est le fondement d'une gouvernance transparente et responsable.
Les mesures d'austérité qui menacent la vitalité de l'écosystème des médias d'information risquent de se révéler contre-productives, car une presse indépendante financièrement viable est un élément essentiel d'une économie saine. De plus en plus d'études montrent que le journalisme indépendant réduit la corruption, améliore la responsabilité des pouvoirs publics, favorise le développement économique et renforce la protection des consommateurs. Sur les petits marchés médiatiques des Caraïbes, où la publicité publique reste une source importante de revenus pour les médias indépendants, des coupes budgétaires brutales risquent d'affaiblir davantage le pluralisme des médias et l'accès du public à un journalisme d'investigation qui est le fondement d'une gouvernance transparente et responsable.
Une période délicate pour le journalisme à Trinité-et-Tobago
La suspension reste en vigueur alors que le secteur des médias indépendants de Trinité-et-Tobago subit des pressions économiques croissantes. Après plus de 32 ans de parution, le Trinidad and Tobago Newsday a cessé ses activités en janvier 2026, ne laissant au pays que deux quotidiens nationaux. Daily News Limited, l'éditeur du Newsday, a invoqué à la fois l'effondrement des recettes publicitaires dans la presse écrite, la hausse des coûts de production et les changements structurels dans le secteur des médias pour justifier sa décision de saisir la Haute Cour afin de mettre la société en liquidation. Les responsables de l'entreprise ont décrit cette fermeture comme le résultat d'une "parfaite tempête" qui avait rendu le journal financièrement non viable.
Cinq mois plus tard, Caribbean Communications Network (CCN), éditeur du journal The Trinidad Express, a annoncé un plan de restructuration prévoyant des licenciements, dont les journalistes n'ont pas été épargnés. The Trinidad Express a informé le Syndicat des travailleurs de la banque, de l'assurance et des services généraux (BIGWU), qui représente son personnel, que la société allait réduire ses effectifs rédactionnels de 33 à 26 personnes. Ensemble, la fermeture d'un journal national et les réductions d'effectifs dans un autre illustrent la situation économique de plus en plus précaire à laquelle est confronté le journalisme indépendant à Trinité-et-Tobago.
Selon les journalistes interrogés par RSF, qui ont souhaité garder l'anonymat par crainte de représailles, le problème va au-delà de la disparition de certains organes de presse. La diminution des ressources des rédactions réduit la capacité à mener des enquêtes journalistiques, limite la couverture des communautés mal desservies et prive les citoyens de sources d'information indépendantes capables de demander des comptes aux gouvernements et autres acteurs puissants. "C'est sans aucun doute une perte pour le pays, pour notre démocratie, où, en particulier à l'ère des réseaux sociaux, des médias professionnels crédibles sont plus que jamais nécessaires", a déclaré l'ancienne rédactrice en chef de Newsday Judy Raymond, à l'agence de presse Associated Press.
Une tendance générale dans les médias des Caraïbes
Les événements survenus à Trinité-et-Tobago reflètent une tendance plus générale dans l'ensemble des Caraïbes, où les organes de presse indépendants sont confrontés à un marché publicitaire en recul, à une hausse des coûts d'exploitation et à la concurrence des plateformes numériques mondiales. La fermeture de Newsday a été suivie par celle du Stabroek News au Guyana, un autre journal indépendant réputé pour ses enquêtes journalistiques, ce qui souligne les pressions économiques croissantes auxquelles est confronté le journalisme indépendant dans toute la région. En mars, RSF a expliqué en détail comment ces difficultés financières ont rendu le paysage médiatique des Caraïbes plus vulnérable à la propagande et à l'influence étrangère de l'État chinois.
Selon le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 de RSF, Trinité-et-Tobago figure toujours parmi les pays des Caraïbes les mieux classés en matière de liberté de la presse et occupe la 32e place au niveau mondial. Cependant, ces dernières années, le Classement a souligné que la fragilité économique constitue l'une des principales menaces pesant sur le journalisme indépendant à l'échelle mondiale, les organes de presse affaiblis financièrement étant de moins en moins en mesure de remplir leur rôle démocratique.