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06/17/2026 | News release | Distributed by Public on 06/17/2026 13:25

Les femmes : premières à payer le prix de la guerre, dernières à négocier la paix

Les femmes sont partout dans les conflits : parmi les personnes déplacées, les victimes de violences sexuelles, les responsables d'associations qui distribuent l'aide ou tentent de maintenir un semblant de cohésion sociale. Mais lorsqu'il s'agit de négocier la paix, elles sont mises sur la touche.

Un quart de siècle après l'adoption de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui consacrait le droit des femmes à participer aux décisions touchant à la paix et à la sécurité, le constat dressé par plusieurs responsables internationales est sévère. Alors que les conflits armés se multiplient, les femmes sont toujours tenues à l'écart des tables de négociation.

« Les femmes disparaissent des processus de paix et de médiation », a averti mercredi Sima Bahous, la directrice d'ONU Femmes, lors d'un débat sur la question organisé au Conseil. « Je suis convaincue que nous finirons tous par le regretter ».

ONU Photos / Mark Garten Sima Bahous, directrice d'ONU Femmes, au Conseil de sécurité des Nations Unies (archive).

Le paradoxe est devenu difficile à ignorer. Depuis plus de deux décennies, études et retours d'expérience convergent. Les accords sont plus solides lorsque les femmes participent aux négociations. Mme Bahous rappelle que les sociétés sont généralement plus pacifiques lorsque les femmes sont en sécurité, que leur exclusion de la vie publique accroît le risque de conflit et que les mouvements de femmes contribuent à réduire la violence avant, pendant et après les guerres.

Pourtant, au moment où le monde connaît le plus grand nombre de conflits depuis la création de l'ONU, les processus de paix continuent de se négocier largement entre hommes.

Des tables de négociation toujours plus masculines

Du Soudan à l'Ukraine, de la Palestine à la République démocratique du Congo, les femmes demeurent marginalisées dans les négociations censées dessiner l'après-guerre.

Invitée à participer au débat du Conseil, Kaavya Asoka, qui dirige un groupe de travail des ONG sur les femmes, la paix et la sécurité, est revenue sur les pourparlers de paix entamés en 2015 entre le groupe armé M23 et les autorités congolaises.

« Les acteurs armés ont été invités aux négociations. Les femmes, non », a-t-elle affirmé, citant le témoignage livré à l'époque par la militante congolaise Julienne Lusenge.

Pour celles et ceux qui défendent les droits des femmes, cette exclusion ne relève pas seulement d'un déficit de représentation. Elle reflète une conception persistante de la paix selon laquelle la légitimité appartient avant tout à ceux qui portent les armes.

« Souvent, on dit que les hommes font la guerre et qu'ils devraient donc négocier la paix », a noté la militante libérienne Leymah Gbowee, prix Nobel de la paix 2011, qui participait également à la réunion. « Ce sont des slogans qui ont perdu leur pertinence ».

Cette logique continue selon elle de structurer de nombreuses négociations contemporaines. Les chefs militaires, les dirigeants de groupes armés ou les responsables politiques dominent les discussions, tandis que les organisations de femmes, pourtant profondément impliquées dans la survie des communautés pendant les conflits, restent reléguées à la périphérie.

ONU Photos / Christopher Herwig Linda Mensah, l'une des 41 femmes membres du bataillon ghanéen de l'ex-Mission des ONU au Libéria (MINUL), en 2009.

Cette tendance est accentuée par le déclin du multilatéralisme.

Selon Sima Bahous, les Nations Unies n'ont dirigé que trois processus de paix l'an dernier, contre plus d'une douzaine il y 15 ans. Or les processus soutenus par l'ONU sont précisément ceux où la participation féminine est généralement la plus élevée. À mesure que les négociations se déplacent vers des formats plus informels, plus bilatéraux ou plus opaques, les femmes perdent souvent les espaces qu'elles avaient progressivement conquis.

Parallèlement, les organisations féministes font face à une offensive plus large contre les droits des femmes.

En Iraq, a rappelé Kaavya Asoka, les défenseuses des droits humains sont visées par des campagnes de haine et même le terme « genre » a été interdit dans le langage officiel. En Afghanistan, plus de 230 décrets ont progressivement exclu les femmes de la vie publique. Au Soudan, elles demeurent absentes des négociations malgré leur rôle central dans la réponse humanitaire et la médiation locale.

Les femmes absentes des accords, présentes sur le terrain

Cette mise à l'écart contraste avec la place occupée par les femmes dans les sociétés déchirées par les conflits.

Au Soudan, ONU Femmes a recensé des dizaines d'organisations féminines engagées dans la médiation communautaire, la lutte contre les discours de haine ou encore les efforts de désarmement auprès des jeunes. En Afghanistan, plus de 200 organisations continuent de travailler malgré les restrictions imposées par les taliban. Au Liban, selon l'agence onusienne, 80 % des femmes impliquées dans la consolidation de la paix participent aux réponses à la crise sans bénéficier du moindre financement.

Pour Leymah Gbowee, cette réalité n'a rien de théorique. Elle remonte à ses premières expériences auprès de réfugiées sierra-léonaises dans les années 1990, alors que la guerre faisait rage dans leur pays.

Chaque jour, raconte-t-elle, ces femmes marquées par les violences, les déplacements et les traumatismes se réunissaient pour imaginer l'avenir de leur pays.

ONU Photos / Rick Bajornas La Libérienne Leymah Gbowee, prix Nobel de la paix, au Conseil de sécurité (archive).

« Elles ne se préparaient pas à une vie de réfugiées ; elles se préparaient à retourner en Sierra Leone et à transformer leur future société », a-t-elle expliqué.

À l'époque, reconnaît-elle, elle peinait à comprendre comment des femmes ayant subi des violences aussi extrêmes pouvaient encore croire à la réconciliation.

« Lorsque les femmes travaillent ensemble, elles peuvent apporter la paix dans leur communauté », lui avaient répondu ces réfugiées.

Cette conviction est devenue le fil conducteur de son engagement. Elle est aussi au cœur de l'exemple libérien, souvent cité comme l'une des démonstrations les plus convaincantes du rôle des femmes dans la consolidation de la paix.

Plus de 20 ans après la fin de la guerre civile, le pays n'a pas replongé dans le conflit armé. Pour Mme Gbowee, cette stabilité doit beaucoup à la présence constante des femmes dans les mécanismes de prévention des crises, les initiatives communautaires et les processus politiques qui ont accompagné la reconstruction du pays.

La légitimité des armes contre celle de la société

Le problème n'est plus l'absence de preuves. Il est politique.

Les données accumulées depuis 25 ans montrent que la participation des femmes améliore la durabilité des accords de paix et renforce la résilience des sociétés après les conflits. Pourtant, les négociations continuent de privilégier ceux qui contrôlent les armes plutôt que ceux qui maintiennent les communautés debout pendant les guerres.

« Je suis choquée du fait que seuls les hommes armés de fusils soient invités pour trouver des solutions à la guerre », a déclaré Mme Gbowee. « Les femmes sont souvent les plus grandes victimes et ne sont invitées qu'en tant qu'observatrices ».

Derrière cette critique se dessine une remise en cause plus large des mécanismes internationaux de règlement des conflits. Les trois intervenantes ont appelé les États à passer des déclarations aux actes : financement des organisations de femmes, protection des militantes, quotas de représentation et conditionnement du soutien international à une participation effective des femmes dans les négociations.

Pour Kaavya Asoka, le recul observé aujourd'hui ne menace pas seulement les droits des femmes. Il fragilise les perspectives mêmes de paix.

« Le coût de l'exclusion des femmes des processus décisionnels est parfaitement clair : des cycles de violence qui se répètent, des systèmes politiques moins représentatifs, moins de contre-pouvoirs face à ceux qui détiennent l'autorité et des sociétés toujours plus répressives ».

POUR EN SAVOIR PLUS, lire, ci-dessous, la couverture en direct assurée par nos collègues de la Section de la couverture des réunions des Nations Unies :

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UNOG - United Nations Office at Geneva published this content on June 17, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on June 17, 2026 at 19:25 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]