Ministry of Culture of the French Republic

09/01/2026 | Press release | Distributed by Public on 09/01/2026 07:51

Hommage de Catherine Pégard, ministre de la Culture, à Jean-François Leroy

C'est avec une profonde tristesse que j'apprends la disparition de Jean-François Leroy, survenue ce lundi 31 août, au moment même où se tient à Perpignan la 38ème édition du festival Visa pour l'image, celui-là même qu'il avait imaginé, porté et façonné pendant près de quatre décennies avec une énergie que rien, jamais, n'était venu entamer.

Rien ne prédestinait le jeune homme à la formation de magicien, passé par une faculté de médecine, à devenir l'une des figures tutélaires du photojournalisme mondial. C'est en croisant la route de Goksin Sipahioglu, directeur de l'agence Sipa Press, qu'il découvre un métier qui deviendra une vocation, puis un sacerdoce.

Rédacteur en chef de Photo Magazine, reporter, agent, homme de l'ombre au service du regard des autres avant de devenir lui-même un bâtisseur : en 1989, avec l'aide de Roger Thérond et Michel Decron, il fonde à Perpignan Visa pour l'image. D'une idée et d'une obstination, il fait naître de toutes pièces une institution, la première et la plus considérable manifestation mondiale consacrée au photojournalisme. Il en est demeuré, jusqu'à son dernier souffle, le visage, la voix et le gardien intraitable.

Toute sa vie, Jean-François Leroy s'est fait l'avocat acharné des photojournalistes, de leur droit à une juste rémunération, à la maîtrise de leur création, à la reconnaissance d'un métier trop souvent invisible et pourtant si nécessaire. Chaque année, à Perpignan, il offrait à ces témoins du monde un espace où leur travail était révélé dans tout ce qu'il a d'essentiel. Par ce geste à la conviction inépuisable, il a permis à des générations entières de photographes de continuer à regarder le monde en face pour que d'autres puissent le voir.

Sa disparition prend un relief singulier alors que la France célèbrera dans quelques jours le bicentenaire de l'invention de la photographie. Que le fondateur de l'un de ses plus grands festivals s'éteigne au cœur même de cet anniversaire donne à son œuvre une résonance particulière. Deux siècles après les premières images fixées par la lumière, Jean-François Leroy a été un homme entier, sans concession, qui aura consacré sa vie à défendre la valeur de la photographie, son exigence et sa vérité.

Cette exigence de vérité, précisément, a été son premier et dernier grand combat. Il n'aura eu de cesse de dénoncer la fabrique du faux et la crédulité face aux images générées de toutes pièces par l'intelligence artificielle. Loin du renoncement, il y voyait au contraire une chance à saisir : celle d'un photojournalisme irremplaçable, seul capable de fournir au monde des images vérifiées, incarnées, authentiques. C'était aussi cela, Jean-François Leroy : la conviction qu'il est nécessaire d'apprendre à regarder des images comme on apprend à lire des mots, et pour cela rendre le festival gratuit, accueillir le plus de monde possible et notamment le public scolaire.

Ce combat pour le réel, mené avec la même fougue que celle de ses débuts, restera l'un des legs les plus actuels de son parcours.

J'adresse mes condoléances les plus sincères à sa famille, à ses proches, ainsi qu'à toutes les équipes de Visa pour l'image et à la communauté des photojournalistes du monde entier, à qui il a tant donné.

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